Témoignages d'anciens combattants:
Jack Gang

Armée

  • Livret de l'armée polonaise de 1939-1945, appartenant à Jack Gang.

    Jack Gang
  • Livret de l'armée polonaise de 1939-1945 appartenant à Jack Gang.

    Jack Gang
  • Jack Gang en Pologne, 1946.

    Jack Gang
  • Jack Gang en Allemagne, 1945.

    Jack Gang
  • Jack Gang, jeune garçon de 15 ans, photographié au milieu de l'Allemagne avec deux autres soldats de l'armée polonaise, 1945.

    Jack Gang
Agrandir l’image
Écoutez ce témoignage

"« Si vous devez vous battre, battez-vous comme des lions, pas comme des moutons. Je dis cela pour les générations futures. Si on doit mourir, aussi bien mourir en combattant. C’est ce que je dis toujours aux jeunes. »"

Transcription

Si je n’avais pas été là-bas, c’est difficile à croire. Croyez-moi, c’est très difficile à croire. Vous n’avez pas la moindre idée de ce qu’ils faisaient. Avant qu’ils nous mettent dans le ghetto, moi et deux autres gamins, on est allés dans notre village et sur le chemin du retour, les allemands, c’était le gouverneur ou quelque chose comme ça pour la région, il passait par là dans une belle voiture décapotable avec un autre général et nous on était trois, il voulait nous raccompagner en ville. Les deux autres y sont allés, moi pas.

Quand je suis revenu en ville, ils avaient l’habitude de faire des rafles, vous entendez, ils faisaient des rafles. Ils ont pris tous les enfants. Il y avait une école où j’allais, il y avait trois classes avant la guerre, là où j’allais, l’armée allemande l’a occupée et c’était comme une sorte d’hôpital de campagne. Ils ont pris tout le sang des enfants, tout le sang. Ils avaient l’habitude de les laisser sur la table. Ils mourraient. Les enfants, de jeunes enfants. J’ai eu de la chance. Je ne voulais pas aller dans la voiture. Il ne m’a pas forcé. Il voulait nous raccompagner. Et puis quelques mois plus tard, ils nous ont tous mis dans le ghetto.

La vie dans le ghetto ? Je vais vous dire ce que c’était la vie dans le ghetto. On mourrait de faim. Il y avait le Judenrat (conseil juif), ça s’appelait comme ça, tout simplement une assemblée juive. Ils nous donnaient un petit morceau de pain ; aux enfants, on avait droit à un demi verre de lait. Du ghetto, on habitait tout près de, juste à côté de la barrière. Alors je sortais deux, trois fois par semaine, en dehors du ghetto. Ma mère me donnait des fichus, et j’allais dans les villages. J’achetais des pommes de terre, de la farine, du pain. D’accord ? Autrement, on serait mort de faim. Les gens, tous les jours vous voyez les gens, ils meurent dans la rue. C’était ça la vie dans le ghetto. Tous les vieux, les femmes et les enfants, il n’y avait rien à faire. Il y avait les allemands, et aussi une, une sorte de caserne, ce n’était pas une caserne mais un grand, grand bâtiment. Ils étaient en garnison là. Et chaque jour, les allemands faisaient feu dans le ghetto, vous savez, les gens avaient l’habitude de marcher.

Alors cet endroit, je savais où c’était, mais vous ne pouviez pas voir quoi que ce soit. Ils l’utilisaient seulement pour s’entraîner, à tirer. C’était ça le ghetto. Et puis un jour, un samedi matin, ils faisaient toujours ces, il pleuvait, ils sont entrés avec des camions de l’armée, des gros camions ; et ils ont commencé à hurler. Raus, raus, raus (sortez), j’ai jeté un coup d’œil et puis, on habitait au premier étage, et j’ai dit à ma mère, ils sont en train de faire sortir tout le monde. Alors ma mère m’a dit, monte là-haut et cache-toi. Cache-toi. Et puis rentre, vous savez, il y avait un tas de monde. Moi je suis monté tout en haut. Je me suis caché. Ils ont pris tout les gens de l’immeuble. J’avais l’habitude de les voir en haut de l’escalier, vous savez, à cause de la pente du toit. Ils avaient l’habitude de nous frapper, vous savez. Il y avait des vieilles femmes, très vieilles femmes et des enfants. Ils ne pouvaient pas bouger. Ils les poussaient dans les camions. Ils les ont tous faits sortir. Je n’ai pas vu exactement ce qu’ils ont fait, mais ils avaient déjà préparé à l’extérieur de la ville les fosses où ils avaient l’habitude de tous les tuer. Vous arrivez à le croire ?

Je me suis enfui et je me suis retrouvé dans les bois, les villages. J’ai fait la rencontre de partisans russes. Pendant sept ou huit mois je crois, j’ai traîné avec eux. Quelque soit l’endroit où on allait, un village, une petite ville, je partais en reconnaissance et je leur faisais un rapport sur là où se trouvait l’armée allemande, où était la police, combien de soldats étaient là. Et puis fin 43, on a croisé l’armée russe. On allait du côté des forêts de Volyn (Ukraine) vous pouvez parcourir 1500 kilomètres dans la forêt. Les allemands n’allaient pas dans la forêt, ils y envoyaient les ukrainiens, la police. Ils ne sont jamais allés eux-mêmes dans les forêts. Alors on a rencontré l’armée russe et tout le monde est allé, ils appelaient tout le monde sous les drapeaux. Je n’avais nulle part où aller. Alors j’ai voulu y aller moi aussi. Alors ils m’ont demandé mon âge. Je leur ai dit.

Quoiqu’il en soit, le commandant là-bas, je crois, je ne me souviens pas de son nom, Bialov. Il leur a dit que je les avais beaucoup aidés, comme éclaireur. Ils m’ont pris. Quand ils m’ont pris, on est allés à Dubno, à une quarantaine de kilomètres. On est resté à la caserne pendant quelques jours et ils nous ont envoyés à Sumy, c’était à trois cents kilomètres à l’est de Kiev. On était dans des tentes et on a suivi l’entraînement pendant plusieurs mois. Et ensuite ils nous ont renvoyés en Ukraine. Comme on était déjà en uniformes et ils ont commencé à nous mettre comme tout le monde dans leurs détachements. Donc moi j’étais dans les transmissions. J’ai appris à être opérateur radio et on allait d’une division à l’autre et aux points d’observation pour, pour rectifier les lignes, comme les transmissions. Alors jusqu’à la fin de la guerre, j’ai été éclaireur. J’étais plus entre les allemands et les russes, au milieu en quelque sorte. On faisait des sorties de reconnaissance.

Pas tout le monde avait du sans fils. On avait des radios. On transportait les fils d’un équipement à l’autre. Et quelquefois ils se rompaient et on devait sortir en plein milieu de la nuit et aller les raccorder. Et c’est arrivé quelquefois en hiver, tellement froid, on ne pouvait même pas raccorder les fils, nos doigts. C’était les transmissions.

Et je dis aux enfants maintenant, mes enfants… J’appartiens au YMCA depuis des années, on faisait (des activités là), si vous devez vous battre, battez-vous, mais ne suivez pas comme des moutons. Ça c’est pour les générations futures. Ne suivez pas comme des moutons. Si vous devez mourir, mourez en combattant. Et c’est ce que je prône auprès de tous les enfants aujourd’hui.

Follow us