Témoignages d'anciens combattants:
Louis “Billy the Kid” Gelman

Armée

  • Certificat de citoyenneté canadienne remis en 1954.

    Louis Gelman
  • Certificat de citoyenneté canadienne remis en 1954.

    Louis Gelman
  • Article de journal de The Star, le 1er mai 1945, dans lequel Louis Gelman est mentionné.

    The Star
  • Louis Gelman est listé ici en tant que prisonnier de guerre blessé du régiment Central Ontario.

    Louis Gelman
  • Médailles de Louis Gelman.

    Louis Gelman
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"Mon officier était allongé là par terre et j’ai levé la tête, je me retourne, et il s’est fait tiré dans la tête. La compagnie toute entière s’est fait lessivée. Pourquoi ? Parce qu’ils faisaient tous plus d’un mètre quatre-vingts et moi je ne faisais que un mètre soixante-deux."

Transcription

Je me suis engagé dans l’armée parce que je sentais bien qu’ils avaient besoin d’aide. Quand j’ai été blessé, ils m’ont transporté dans un hôpital allemand et de là, je suis allé à Hambourg en Allemagne, dans un camp là-bas pour les prisonniers de guerre. Ils m’ont bien traité. J’ai été bien traité. Je faisais juste en sorte de me tenir correctement et de faire ce qu’ils me demandaient et voilà tout. La croix bleue (rouge), ils nous envoyaient des colis de nourriture et tout le reste, donc j’avais des cigarettes dedans. Alors je donnais mes cigarettes à un des gardes allemands ; et il me donnait du pain. On faisait un échange. Je n’ai jamais fumé, voilà pourquoi.

Une fois, vous allez peut-être aimer ça, j’étais assis là avec mon officier et on parlait et tout à coup, je vois une moto qui passe. Et je dis, mon commandant, ça ne ressemble pas à une canadienne, ça ressemble plus à une allemande. Et l’officier dit, oh, c’en est une. J’ai pris mon fusil et j’ai essayé de le blesser, mas j’ai tiré sur la moto. La moto est tombée, on a couru pour essayer de l’attraper. On n’a pas réussi à l’attraper mais il (l’officier) a vu une mallette là. Il l’a ouverte et il dit, est-ce que tu sais ce que tu as fait ? C’était un trésorier-payeur. Alors il a eu beaucoup d’argent à dépenser, mon capitaine. Donc plus tard, on a découvert que les américains étaient arrivés dans Paris et l’avaient libérée. Alors mon officier dit, on vient juste d’apprendre, et maintenant on vient juste d’apprendre qu’on allait fêter ça. Tout est ouvert. La prostitution, tout fonctionne. J’ai dit, oh, c’est bien. Alors, je lui ai dit, quand est-ce qu’on va y aller ? Il m’a regardé et a dit, toi tu n’y vas pas, tu es trop jeune. (rire) C’était un type sympa. C’est dommage qu’il se soit fait tué.

Puis j’ai écrit une lettre à la maison et je leur ai dit que je continuais à faire beaucoup de marche, et que je commençais à être fatigué, vous savez. Alors la chose qu’ils ont faite, ils sont allés voir l’officier et il a dit, est-ce que ça te plairait d’être sur une chenillette ? Vous savez ce que c’est ? C’est un peu comme un char, une moitié de char, comme une décapotable. Et j’étais assis à l’arrière avec mon fusil et ma mitrailleuse, et on avançait avec eux. On en avait trois, une, deux, trois. J’étais dans la première. On a circulé là autour pendant deux semaines. Mon officier dit, est-ce que tu aimerais aller dans la troisième ? J’ai demandé, pourquoi ? Il dit, tu vas dans la troisième, tu peux aider les blessés. D’accord. J’ai dit, pourquoi pas, qu’est-ce que j’ai à perdre ?

Alors je l’ai fait, je suis allé dans la troisième. Pendant deux semaines j’ai aidé, à ceci et à cela. C’était très bien. Et tout à coup, vous ne croirez jamais ce qui est arrivé. La première a sauté. Les quatre soldats qui étaient dessus ont sauté, des jambes par là, la tête par ici. Les quatre sont mort. Le gars à côté de moi dit, tu es censé être sur celle-là tu sais. Je dis, oui je sais. (Il a dit) Le gars là-haut il t’aime. Je réponds, oui c’est vrai.

Finalement le vendredi 13 octobre 1944 est arrivé. On était en Hollande, où il y avait un grand fossé. Et on nous a dit de descendre dans le fossé pour soldats. Alors je dis, mon commandant, moi je dis, vous ne croyez pas que c’est pas le bon jour pour y aller. On est le 13 octobre. Il m’a regardé, il a commencé à dire, pas un seul jour qui soit le bon jour. Ce qui est vrai. Alors on y est allés, ça tire à la mitrailleuse dans tous les sens au dessus de ma tête et il y a quelqu’un qui est allongé là. Mon officier était allongé là par terre et j’ai levé la tête, je me retourne, et il s’est fait tiré dans la tête. La compagnie toute entière s’est fait lessivée. Pourquoi ? Parce qu’ils faisaient tous plus d’un mètre quatre-vingts et moi je ne faisais que un mètre soixante-deux.

Et puis, tout à coup, j’ai vu l’allemand lancer une grenade à main. Vous savez ce que c’est une grenade à main ? Il l’a lancée et a dégringolé. J’ai mis ma main sur la tête et puis tout à coup, elle a explosé. J’ai dit, oh non, ça m’a flingué la jambe. Alors le gars à côté de moi dit, non, tu n’es pas, tu es seulement blessé. Alors un allemand est venu. J’ai jeté mon fusil au loin, mes pistolets au loin, tout au loin et ils m’ont sorti et m’ont emmené à l’hôpital.

J’ai été libéré le 12 avril 1945. Ils m’ont emmené à Birmingham (Angleterre). Je suis resté à l’hôpital à Birmingham pendant un bout de temps. Je n’avais que 21 ans à l’époque. Et tout à coup, une fille superbe vient par là (disant), bon rétablissement tout le monde, bon rétablissement. J’ai demandé à l’infirmière, quel âge a-t-elle ? Elle a 19 ans. J’ai dit, bon, peut-être que je pourrais avoir un rendez-vous avec elle. Après tout j’ai 21 ans et elle 19. Et l’infirmière m’a regardé et dit, je suis désolée, ce n’est pas possible. Je dis, qu’est-ce que vous voulez dire, je me suis battu pour votre pays, j’ai été à deux doigts de me faire tuer, deux fois, vous savez ? Et vous me dites que je ne peux pas sortir avec une anglaise ? Elle dit, non, vous ne pouvez pas. J’ai dit, pourquoi pas ? C’est la princesse Elizabeth. (rire)

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