Témoignages d'anciens combattants:
Emery Michael Kestenbaum

Armée

  • M. Kestenbaum avec un ami à Venise, Italie, sur la Piazza San Marco, pendant leur permission en 1945.

    Emery Kestenbaum
  • Livret de service de l'armée britannique de Mr. Kestenbaum, 1941.

    Emery Kestenbaum
  • Article de journal concernant le retour de M. Kestenbaum à l'université de Toronto, Ontario, à l'âge de 82 ans, pour obtenir un BA.

    Emery Kestenbaum
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"« Nous avons joué un rôle clé dans ce qu’on appelle en hébreu l’Aliyah Bet [l’immigration juive], soit l’Aliyah clandestine en Palestine, en expédiant des réfugiés ici et là en Europe, puis jusqu’au bateau. »"

Transcription

On est resté à Tripoli en Lybie, par opposition à Tripoli au Liban. C’est une autre Tripoli. On est restés jusqu’en 1943. Je crois que c’était au mois de septembre qu’on a envahi l’Italie, on a débarqué à Salerne. On était affectés à la 1ère armée américaine et on a commencé à avancer lentement. Et, finalement, on a réussi à s’arrêter une fois pendant un peu plus longtemps à Arezzo, qui se trouve au sud de Florence, et puis on a continué. J’appartenais à une compagnie qui était soi disant une compagnie de transport général mais on faisait aussi du transport sur les lignes de front, pas seulement du transport général. Je ne sais pas si je devrais mentionner ça ou non, mon unité a largement pris part à Israël parce qu’on a réussi à récupérer des armes quand on était dans le désert de l’ouest, c’est à dire en Lybie. On a réussi à récupérer des armes et à les envoyer en Palestine, aux différents endroits où le Haganah (organisation juive paramilitaire) était actif, ce qui a sans doute aidé au moment où la guerre s’est produite en 1948, quand l’état d’Israël a été établi. Ça a pas mal aidé parce que ces choses-là étaient très utiles, alors certains d’entre nous qui appartenaient au Haganah ont contribué de cette façon-là. Le personnel lambda dans l’unité ne savait rien de ces choses-là. Elles n’étaient pas nécessairement révélées à tout le monde. En tant que telle, l’unité au grand complet, c’est à dire le transport de matériel, était préparée à débarquer dans l’invasion de l’Italie, ou n’importe où ailleurs, à débarquer dans l’eau. C’est à dire que chaque voiture, chaque moto, chaque camion, était préparé à au lieu d’aspirer de l’air dans le carburateur, à aspirer de l’air dans le carburateur avec un tuyau. Autrement, il aurait aspiré de l’eau parce que si on débarque dans l’eau et ça aspire, c’est de l’eau qui rentre. Donc chaque engin, chaque camion, comme je l’ai dit, voiture, moto, était préparé à débarquer dans l’eau, et à fonctionner malgré ça. Or, c’était très important. Le fait est que nous n’avons pas pu débarquer pendant trois jours. On était à Salerne, qui est au sud de Naples. Et je crois que c’était Rosh Hashana (NDT : nouvel an juif) au moment où on était sur le bateau et on ne pouvait pas débarquer parce que les allemands étaient encore très actifs ; et bombardaient activement les lieux de débarquement, alors on a passé à peu près trois jours sur le bateau. Finalement, on s’est retrouvés dans l’eau, mais pas profonde. Alors cette sorte de mesure de précaution préventive, c’était la prise d’air, aspirer l’air, ça n’a pas servi parce que l’eau n’était pas si profonde. Et c’est un événement très important parce qu’au moins c’est resté dans ma mémoire comme étant un événement très important. À partir de là, et ça vaut la peine de le mentionner, en tant qu’unité juive, en 1945, on a joué un rôle clé dans, en hébreu vous appelez ça Aliyah Bet (immigration juive), l’immigration clandestine en Palestine, donc on envoyait les réfugiés en Europe d’un endroit à l’autre, finalement au bateau. Au nord de l’Italie, là où ils montaient sur le bateau et beaucoup de ces bateaux sont arrivés, et au moment où ils arrivaient en Palestine, ils étaient dispersés, comme ça l’armée britannique ne pouvait pas mettre la main sur eux, parce que vous devez vous rappeler que tout ça se passait avant la création de l’état d’Israël en 1948. C’est tout la Palestine, et la Palestine n’était pas forcément gouvernée pas les juifs, elle était gouvernée par les anglais et par les arabes en un sens, et ainsi de suite. La Jordanie qui occupait une position très importante dans cette partie, et l’Egypte. Ils étaient tous contre nous, alors quand je dis que c’était très important de jouer ce rôle en aidant les immigrés clandestins. Je veux dire, on les appelait des clandestins, mais je pense que tout ça c’était tout à fait légal. C’est quelque chose qui vaut la peine d’être mentionné à mon avis. Je conduisais quelque part à travers le désert et je ne me souviens plus où c’était, avec un ami à moi, qui est là sur la photo en fait. Cette photo. Je conduisais une camionnette ou quel que soit le nom qu’on lui donnait. Et je pense qu’on roulait plus vite que la limite autorisée et on a été arrêtés par la police militaire, la police militaire britannique. On s’est arrêté et il a vu ici, le mot Palestine, parce qu’on avait tous sur la manche, ça disait Palestine, qu’on est une unité palestinienne au sein de l’armée britannique. Et ce gars a vu le mot Palestine et il dit, et il parlait à mon ami, et il dit, est-ce que vous parlez anglais ? Et il le regarde et il dit, et vous ? Ce gars a cru qu’il allait tomber raide mort. Je veux dire, il ne s’attendait pas à une réponse comme ça. Et il se trouve qu’il parlait parfaitement anglais parce qu’il venait de Prague et à Prague, ses parents l’avaient envoyé dans un lycée anglais, c’est comme ça qu’on appelait la high school en Europe, le lycée. Et il parlait parfaitement anglais, parlait couramment anglais. Et il se trouve qu’il est devenu ambassadeur d’Israël plus tard en Extrême-Orient. Il a changé de nom et ainsi de suite. Mais c’est juste pour rire. Je vous raconte ça seulement pour rire. Quand il a dit à ce gars, quand il lui a demandé, est-ce que vous parlez anglais, il a répondu, et vous ? Il ne savait pas quoi dire, je veux dire, il était complètement estomaqué. (rire)
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