Témoignages d'anciens combattants:
Martin Maxwell

Armée

  • Martin Maxwell aujourd'hui.

    Martin Maxwell
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"« Puis une nuit, deux officiers SS sont entrés et l’un a dit qu’ils allaient tuer tous ces salopards. L’autre l’a traité d’imbécile car dans six mois, lui a-t-il dit, ces salopards seraient à Berlin et il serait arrêté comme criminel de guerre. »"

Transcription

Je suis né à Vienne. Et après la nuit de cristal (NDT : pogrom contre les juifs pendant la nuit du 9 au 10 novembre 1939), les Quakers, qui étaient en Angleterre, ont persuadé le gouvernement britannique avec l’aide de Monsieur Churchill, de faire venir 10 000 enfants en Grande-Bretagne au cours d’une opération qui s’appelait Kindertransport, le transport d’enfants. Et mon frère et moi nous avons a eu la chance d’en faire partie.

Mes parents étaient déjà morts, alors un couple de juifs anglais m’a adopté – les gens les plus merveilleux qui soient, ils m’ont envoyé à l’école. Et mon frère par alliance, qui était un peu plus âgé, s’est engagé dans l’armée de l’air et je me suis porté volontaire dans l’armée de terre. Mais comme j’étais ce qu’on appelait un « étranger ennemi », né à Vienne ou en Allemagne ou en Tchécoslovaquie, je pouvais seulement faire partie de ce qu’on appelle le Royal Pioneer Corps.

Et, quand ma formation a été terminée, je suis allé voir un des officiers que je connaissais parce qu’il était l’officier des sports et je jouais au foot, et je lui ai dit, écoute, je ne me suis pas engagé dans l’armée pour creuser des tranchées ou pour construire des ponts, je veux aller dans une unité de combat. Alors il m’a transféré dans la Royal Tank Corps. Et là-bas, un jour, ils ont reçu une demande du Glider Pilot Regiment (régiment des pilotes de planeur) c’était d’envoyer deux de leurs meilleurs éléments, ou peut-être deux des pires, (rires) pour se porter volontaires dans le Glider Pilot Regiment. Et un très bon ami à moi qui n’était pas juif et moi-même on s’est portés volontaires, et on a été reçus.

Et on a tous les deux participés à l’opération du jour J. En fait, pas lui, mais moi, il y est allé la nuit précédente, sur les six premiers planeurs. Et l’idée c’était de prendre d’assaut les ponts derrière les lignes ennemies comme ça les allemands ne pourraient pas envoyer de renforts. Et j’ai juste assurer le transport de ces commandos fantastiques ; et ils étaient là-bas, en l’espace d’une vingtaine de minutes, c’était une grosse bataille et les garnisons allemandes étaient toutes mortes. Et on a tenu les ponts jusqu’à l’arrivée de nos parachutistes qui sont arrivés dans la nuit.

Et puis, bien sûr, vous savez ce qui s’est passé ensuite. Le Général Montgomery a décidé qu’il voulait avoir terminé la guerre au plus tard à Noël 1944. Alors il a lancé l’opération Market Garden. Vous avez peut-être vu le film « Un pont trop loin ». Et sinon, vous devriez le voir. Et c’est ce qu’il voulait dire. Il a parachuté 30 000 troupes, des troupes combinées, aux Pays-Bas ou en Hollande. On a été les derniers et notre général, le Général Browning, a dit à Montgomery, combien de temps ça va prendre pour nous relayer ? Il a répondu deux jours ; et Browning lui a dit, on peut seulement tenir trois, c’est peut-être un pont trop loin. C’est comme ça qu’il a eu son nom, c’était un pont trop loin. Parce qu’on a débarqué, les hollandais sont devenus fous. Ils pensaient qu’on venait pour les libérer, ce qui était le cas.

Et ils nous ont lancé des trucs, des fleurs et ils nous ont embrassés et pris dans leurs bras. Mais, malheureusement, il y avait la division des chars allemands dans la région. Et je crois que Montgomery le savait, mais, malgré ça, ils nous ont envoyés. Donc vers le sixième ou le septième jour, on a su que c’était fini. Beaucoup d’entre nous étaient morts. On m’avait chargé de trouver ce qui se passait. C’était dans la tranchée, et les chars allemands et les roquettes tuaient trente, quarante personnes à chaque fois que ça arrivait. Alors j’ai sauté hors de la tranchée, je n’étais pas allé loin, quand les chars ont frappé derrière moi juste à l’endroit que je venais de quitter. Et je me suis retrouvé en fait projeté contre l’arbre, je me suis cassé la main droite, ma cuisse droite, j’étais étendu là inconscient la moitié du temps et j’ai entendu deux gars venir. Et je l’ai entendu dire, hé, ce gamin est encore avec nous. Et il m’a donné de l’eau sucrée et des trucs. Et ils ont mis des morceaux de bois le long de ma cuisse et l’ont poussée dedans. Et, pour finir, il y a eu un armistice de trois heures, pendant lesquelles ils ont ramassé les morts et les blessés. Les allemands nous ont récupérés et ils nous ont fait traverser Anvers où ces gens adorables, qui nous avaient aidés à avoir de l’eau et de la nourriture quand on n’en avait pas, étaient pendus à des fils, tendus en travers la rue. Pour dire, voilà ce qui arrive aux collaborateurs et aux traitres.

On est allés à l’hôpital et finalement deux ou trois jours plus tard, un docteur est venu et ils ont fait du mieux qu’ils pouvaient. Mon bras droit, bon, il n’a jamais guéri, la main droite. Et on a été transféré dans une caserne des SS à Apeldoorn. Et là-bas, une nuit, deux officiers SS sont entrés et l’un a dit à l’autre, ce soir, on va tuer ces salauds. Mais l’autre a dit, tu es stupide parce que dans six mois au plus, ils seront à Berlin et toi tu seras un criminel de guerre, et ils te pourchasseront. Alors le lendemain, on nous a mis sur un train qui est finalement arrivé à notre camp de prisonniers à Fallingbostel près de Hanovre.

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