Témoignages d'anciens combattants:
Pierre Delarosbil

Armée

  • Pierre Delarosbil à la Légion Royale Canadienne, New Carlisle, Québec, le 13 juillet 2010.

    Historica Canada
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"J’avais un moral à tout casser moi. Oui chef, je pouvais faire n’importe quoi et ça ne me dérangeait pas."

Transcription

On n’avait quasiment rien ici en Gaspésie. C’est la seule raison. Il n’y avait pas d’ouvrage. Il n’y avait rien. J’ai dit à ma mère et mon père que je m’engageais [dans le régiment les Royal Rifles of Canada]. Ils ont commencé à pleurer. Je leur ai dit de ne pas pleurer, « Vous allez avoir un beau chèque tous les mois. Vous allez être correct ». On n’avait rien pour se défendre [contre les Japonais à Hong Kong]. Ils nous ont envoyés là [en 1941] avec rien pour se défendre [les soldats envoyés à Hong Kong avaient eu très peu d’entraînement]. Ils nous ont pris prisonnier tout de suite. Ce n’est pas drôle être prisonnier. Ce n’est pas drôle du tout. Ils t’envoient n’ importe où. Ils te font faire n’importe quoi. Tu dois le faire, tu ne peux pas dire non. Tu dois écouter sinon, tu savais ce qui s’en venait n’était pas drôle. C’est garanti ça. Ils nous ont envoyés dans les mines à charbon et un peu partout. Ça n’avait pas de bon sens ce qu’ils nous faisaient faire. Il fallait y aller quand même. Il y en avait de New Richmond, il y en avait de Paspébiac… on était plusieurs.

On pognait des rats et des couleuvres; toutes sortes d’affaires qu’on pouvait pogner dans les champs partout. Ce n’est pas croyable ce que nous avons eu à passer au travers. Si ça avait été un mois, deux mois… mais c’est long…Tu penses toujours à ton père et ta mère. Tu peux pas lâcher ca. Et comment ça va à la maison. Tu ne peux pas lâcher ça. Toutes sortes d’affaires de même.

[Après notre libération], ils nous ont embarqués sur un bateau. On a été jusqu’à Vancouver. Un gros bateau de transport. On a été bien nourri. On a eu à manger en masse, ah oui. Une belle place pour dormir. On n’avait pas grand-chose à dire de ce monde là. Ce n’est pas eux autres [les civils] qui faisaient ça, c’était les « gros shots » [le commandement Japonais]. Tu sais ce que je veux dire. C’est comme ici au Canada.

Moi, j’avais un bon moral. J’avais un moral à tout casser moi. Oui chef, je pouvais faire n’importe quoi et ça ne me dérangeait pas. Ils pouvaient me faire faire n’importe quoi et ça ne me dérangeait pas. J’avais un moral à tout casser. Comme ça tu ne pouvais pas faire de tort à ta santé. Monsieur le curé est venu à la maison. On m’a béni. Il est resté un bout de temps. Il a jasé avec moi. Il m’a demandé comment c’était là bas, quelle sorte de place c’était. Il voulait savoir des affaires. Je lui en ai raconté un petit peu.

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