Témoignages d'anciens combattants:
Emilien Dufresne

Armée

  • M. Dufresne, à Québec, en 1941. Il est à gauche.

    Emilien Dufresne
  • Portrait d'Emilien Dufresne, pris en 1942, en Angleterre.

    Emilien Dufresne
  • Photo prise en 1944, dans un camp d'entraînement en Écosse, peut de temps avant le débarquement du Jour-J.

    Emilien Dufresne
  • Lors de l'entrainement en Angleterre. L'uniforme porté ici était fourni seulement pour la photo, il devait être rendu après la séance. Les portraits étaient envoyés aux familles des soldats.

    Emilien Dufresne
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"À Düsseldorf, nous avons croisé des femmes sur le bord de la route. Elles essayaient de nous donner de l’eau. Les Allemands ne voulaient pas."

Transcription

J’étais à Cloridorme. Il y avait une troupe du [Royal] 22e Régiment qui passait pour recruter des soldats. J’ai embarqué avec eux autres. J’ai fait le tour de la Gaspésie avec eux autres. Je me suis finalement enrôlé à Québec [dans le régiment de la Chaudière]. [Mes parents] ont mal réagi. Je ne leur avais pas dit que je m’enrôlais dans l’armée. Mon père était un ancien combattant alors il savait à quoi s’en tenir. Ma mère ce n’est pas pareil, elle n’a pas aimé ça du tout.

[Le jour du Débarquement en Normandie], les premiers bateaux ont sauté. On a perdu plusieurs compagnons. Nous autres, on a débarqué à l’eau, jusqu’aux épaules. Il a fallu se trainer jusqu’au mur en avant. Nous devions aller prendre les canons 88 [millimètres]. On les a pris et on a avancé. Mon groupe nous avions trop avancé. On s’était préparé pour la nuit et on s’est fait prendre [prisonnier] durant la nuit par les Allemands. Ça a été la fin des hostilités. De celles-là, en tout cas. Ça a été assez pénible quand même.

On a commencé à marcher à partir de Courseulles-[sur-Mer], jusqu'à Paris. On a marché jusqu'à Paris. Ça nous a pris quelques semaines. Ils nous envoyaient dans les plus gros villages. On était des prisonniers, alors ils nous montraient. C’était de la publicité pour eux. Rendu à Paris, on a embarqué dans les trains d’animaux. On était une quarantaine là dedans. On a été huit à dix jours sur le chemin de fer pour traverser en Allemagne. Il faut s’imaginer ce que nous avons passé là. Il n’y pas de toilettes là-dedans. Pas très hygiénique.

Vu qu’on était des Canadiens, on n’était pas maltraité comme les [prisonniers] Russes. Eux autres ce n’était pas du tout la même affaire. La première fois on était dans une fabrique de sucre où on travaillait. On a été six mois à travailler dans le sucre. Les Russes s’en venaient vers nous, car nous étions sur le bord de la Pologne. Alors ils nous on fait marcher. J’en ai eu deux fois des nouvelles de mes parents par la Croix Rouge seulement. Ce n’était pas fréquent.

À Düsseldorf, nous avons croisé des femmes sur le bord de la route. Elles essayaient de nous donner de l’eau. Les Allemands ne voulaient pas. Il y avait deux Anglais qui se sont avancés quand même, malgré les ordres des Allemands et ils se sont fait tirer. Ils se sont fait descendre tous les deux.

Il y en avait qui étaient un petit peu plus tolérants que les autres. Il y avait des Serbes qui étaient gardes, qui étaient assez durs. Un des gars avec nous était un Français de France qui était dans l’armée allemande. Il s’est approché de nous autres, car il savait qu’on parlait français. On s’est aperçu qu’il était français. On l’a fait pleurer tout le temps qu’il a été avec nous. On lui posait des tas de questions. Qu’allait-il faire après la guerre ? Lui qui était dans l’armée allemande. Il ne pourrait pas rentrer en France de toute façon. Il regrettait son affaire probablement.

Ça prend un bon morale de toute façon. Il ne faut pas que tu te laisses aller. Il faut que tu t’en sortes. Un jour je vais m’en sortir, c’est comme ça que c’est arrivé. Un jour on s’en est sorti. Ça a marché comme ça : le 9 avril, 1945 par les Américains, ils sont rentrés là le matin. J’étais dans un camp de prisonniers australiens. Eux autres croyaient que c’était les Russes qui s’en venaient. Je me suis rendu compte que ce n’était pas les Russes, c’était les Américains. Nous sommes tous sortis du camp. On a été à la rencontre des Américains. Il n’y avait plus de garde de toute façon. Ils étaient tous partis. Ça a été une belle journée. [Le retour à la maison], c’était l’euphorie directe. Ça a pris à peu près dix minutes et la maison était pleine de monde. J’étais le premier qui arrivait. On était une bonne gang de soldats dans la paroisse. Ça a pris du temps.

J’ai suivi dans les traces de mon père, il ne nous parlait pas de la guerre et je n’en parlais pas non plus. Je me suis dit, on va sortir, ça. Une Française est venue, car elle faisait le tour du Canada. Elle était arrêtée au motel derrière chez moi. Nous avons discuté. Elle me dit qu’au Canada, les gens savaient qu’il y avait eu une guerre, mais ils ne savent pas comment ça s’est passé. C’est parce qu’ils ne l’ont pas vécu. Ils ne peuvent pas savoir comment ça s’est passé. C’est là que j’ai eu l’idée d’écrire le livre. C’est là que j’ai commencé tranquillement.

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