Témoignages d'anciens combattants:
Francis Edward “Buddy” DeVito

Forces aériennes

  • Dance d'ouverture au salon de la Division Féminine, RCAF, Gander, Terre-Neuve, le 3 mars 1945.
    Mention de source : I.H. Withers / Ministère de la Défense Nationale / Bibliothèque et Archives Canada / PA-177671
    Réstrictions : néant
    Droits réservés : expirés.

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"La guerre n’a jamais eu de sens pour moi. J’ai rejoint le mouvement pour la paix juste après la guerre et j’ai lutté avec le mouvement pour la paix pendant toute ma vie, contre la guerre, et contre la bombe atomique en particulier"

Transcription

Je m’appelle Francesco Edward DeVito, je suis né à Trail en Colombie-Britannique le 23 mai 1920. En novembre 1941, notre navire de troupes est rentré dans un destroyer américain, dont on pensait qu’il avait pris notre torpille – on était au milieu d’un convoi. On nous a dit d’abandonner le navire. Et on s’est retrouvés sur le pont et le destroyer américain était tout près, et on l’a percuté. On était dans un convoi, et tout le monde allait sur la gauche et sur la droite pour éviter les sous-marins. Et le destroyer américain a explosé devant nous. On nous avait attribué un radeau sur le pont du transport de troupes et on avait des gilets de sauvetage. Et on devait monter au cas où on devait quitter le navire, on devait remonter et se tenir à côté du radeau. Et c’est ce qu’on a fait, et on a vu tout ça se produire quand on est monté des ponts inférieurs et on était juste en bas au fond. Le bateau s’appelait le SS Awatea et venait de Nouvelle Zélande. C’était un navire de croisière qui avait été réquisitionné pour le transport de troupes. On a passé 12 heures là dehors en pleine nuit dans l’océan, des proies faciles. Pourquoi le sous-marin n’est-il pas revenu pour nous prendre, on ne sait pas. C’est une de ces choses. Et on est retournés à Halifax. En fait, on est descendu au dock et on a vu l’Awatea. Il était en cale sèche là-bas ; et il avait un trou à l’avant, vous auriez pu faire passer un autobus à travers. Il y avait beaucoup d’excitation. Je pense qu’on était tous effrayés aussi, mais bon qu’est-ce qu’on y connaissait ? Je volais en 1942. Pas beaucoup de gens avaient volé en 1942. Je ne pilotais pas. J’étais un membre du groupe qui testait l’équipement sur les avions. Certains parmi leurs premiers bombardiers, j’ai oublié leurs noms, et puis on s’est retrouvé sur des Lancaster (bombardiers lourds) et des Halifax (bombardiers lourds), et des Wellington (bombardiers de taille moyenne). Notre travail était d’installer le matériel radar et de décoller, et de le tester. Un radar c’est juste une télévision à l’inverse. Ils envoient des ondes radio en bas et les ondes radio sont absorbées par une chose ou une autre, par exemple, il n’y avait pas de retour sur l’eau, elle absorbait les ondes radio, mais s’il y avait un bâtiment ou un pont qui était indiqué, on dessinait une image sur notre tube radar de ce qu’on survolait. Et au sujet des filles ? Bon, dans ce dépôt là, il y avait une grande base et il y avait des casernes en dur. On était au deuxième et troisième étage. Betty travaillait comme armurière et secrétaire dans le bureau. Et il y avait beaucoup de soirées dansantes, il y avait beaucoup de divertissements parce qu’ils avaient des gymnases qu’ils transformaient en salles de danse. J’étais un bon danseur, et Betty dansait bien elle aussi. Alors on a commencé à passer du temps ensemble. On s’est mariés le 3 juin 1944. On était en lune de miel à Londres, au moment où l’invasion en France avait eu lieu, le débarquement. Alors les trains étaient pleins de soldats et de toutes sortes de matériel. Londres était très mouvementée. Il y avait des planeurs qui allaient là-bas avec de soldats prêts à les larguer en Angleterre. Alors on était en quelque sorte, le truc fou, il y avait la guerre, la partie la plus excitante de la guerre et nous on était en lune de miel. Rien de tout ça n’a tellement de sens aujourd’hui, mais à cette époque ça passait. La guerre n’a jamais eu de sens pour moi. J’ai rejoint le mouvement pour la paix juste après la guerre et j’ai lutté avec le mouvement pour la paix pendant toute ma vie, contre la guerre, et contre la bombe atomique en particulier. La guerre n’a aucun sens. N’oubliez pas, on avait enduré la grande Dépression où personne n’arrivait à trouver du travail, même les professeurs d’université et les docteurs levaient le pouce, pour aller chercher du travail. Et tout à coup quand la guerre a commencé, ils ont trouvé une raison pour prendre un grand nigaud comme moi pour en faire un mécanicien radar et prendre les garçons des Prairies qui n’avaient pour ainsi dire jamais vu une rivière, sans parler de l’océan, et on en faisait des commandants de destroyers et de corvettes ; et puis Bob Louis et ses amis, et en ont fait des pilotes de Lancaster. Ouais, alors rien de tout ça n’a jamais eu aucun sens. Et ça n’en a pas davantage aujourd’hui d’ailleurs.
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