Témoignages d'anciens combattants:
Les Garnham

Armée

  • Les Garnham en Hollande, 1945.

    Les Garnham
  • Les Garnham à Anvers, Pays-Bas, 1945.

    Les Garnham
  • Plaques d'identification de Les Garnham pendant la guerre.

    Les Garnham
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"« Alors, j’ai lancé la grenade à leurs pieds. Ils allaient devoir sortir de là avant l’explosion pendant que je m’enfuirais à toutes jambes. »"

Transcription

Ensuite vient le canal Léopold, c’était un autre endroit effrayant. Ils ont envoyé un détachement par bateau ; et avant que j’aille là-bas, j’étais guide accompagnateur celui qui fait avancer les canoës à la pagaie. Quoiqu’il en soit, ils m’ont mis dans un équipage de bateau. Ils ont pris 18 hommes sur le bateau pour traverser, pour aller de l’autre côté du canal Léopold, et il y en avait à peu près quatre. Je savais que c’était du suicide. Mon Dieu, j’ai pensé, qu’est-ce qu’ils sont en train de foutre, nous tuer tous ? Mais c’était de bons allemands. On est arrivés avec le bateau et j’avais 18 hommes dans mon bateau ; et dès que j’ai pu j’ai mis les rames dans le bateau, il y avait un tireur de mitraillette à un mètre trente de mon bateau avec une mitraillette Schmeisser. Et, je suppose, il n’y avait que deux allemands.

Alors tous les gars qui étaient dans mon bateau, ils se sont rendus. Évidemment, j’avais reçu un entraînement pour le jour J et vous n’arrêtez sous aucun prétexte, vous allez jusqu’au bout. Je suis sorti du bateau par l’arrière et j’ai couru. Et je suppose que ces deux allemands fouillaient ces 18 hommes, ils ne m’ont pas vu partir. Et je me suis allongé à côté d’une charrette qui se trouvait là. Et pendant que j’étais allongé là, il faisait bien sombre. J’ai pu voir qu’ils avaient pris 75 de nos gars. Mon Dieu, je ne savais pas quoi faire. Je me suis faufilé jusqu’à la grange là-bas. Je vais me faufiler jusque là-bas ; et je pensais ; Dieu, je peux entendre des canadiens parler du côté de la maison. Alors je me suis faufilé jusqu’à la maison. Il y avait une petite toiture en appentis contre cette maison et au coin, un petit pommier. Alors je me suis caché là dedans; et Dieu, je ne savais vraiment pas quoi faire. J’étais tout seul et j’avais une trouille monstre; et je ne savais pas quoi faire. Tous les autres avaient été faits prisonniers.

Un moment plus tard, je vais repartir d’où je viens en me faufilant discrètement. Je vais repartir discrètement ; et je vais nager dans ce foutu canal. Je passe le coin de cette foutue, et il y a quatre allemands qui arrivent de là où j’étais venu. (rires) Ils avaient leurs fusils sur l’épaule ; et ils parlaient et riaient. J’ai posé mon fusil contre un mur et j’allais me rendre et j’ai pensé, non, non, Dieu, ils viennent de prendre 75 de nos gars il y a une quinzaine de minutes, ils ne veulent pas me capturer, ils vont me descendre sûrement. Ils ne vont pas s’embêter avec un homme tout seul. J’ai pensé, Dieu, j’ai attrapé mon fusil et j’ai dit, les mains en l’air ! Nicht Bewegen (ne bougez pas) Leurs fusils sont tombés de leurs épaules. Je les ai fait mettre contre un mur, tous les quatre, j’ai pensé, oh mon Dieu, maintenant qu’est-ce que je vais faire. (rires) Mon fusil tremblait et je pensais, oh que diable, maintenant je réfléchissais à toute allure. Mon Dieu je ne veux pas tuer ces pauvres gars. Je pensais, bon, je ne savais pas quoi faire.

J’étais de ceux qui portent une grenade à main de chaque côté de leur ceinturon. Et j’avais le fusil par dessus et j’ai tiré une grenade de mon ceinturon et j’ai tiré sur la goupille. Quand vous pressez le levier vers le bas, la goupille s’enlève presque. Je l’ai enlevée avec les dents ; et je la leur ai montrée. Et je les avais là alignés contre le mur et leur fusils étaient, mon Dieu, à cinq mètres de là. Je la leur ai juste montrée et j’ai juste, oh que diable. Alors je l’ai jetée à leurs pieds. Ils devaient se grouiller de s’éloigner de cette grenade avant qu’elle explose, à ce moment-là, j’avais déjà filé. Ma grenade n’a pas explosé avant que j’atteigne le canal. J’ai jeté mon fusil dedans et j’ai nagé, bon sang. J’ai réussi à atteindre l’autre côté et tout ce qui me restait c’était une grenade accrochée à mon ceinturon. Et puis j’ai pensé, oh mon Dieu, j’ai enlevé mes chaussettes et les ai essorées et j’ai remis mes chaussures.

Mon uniforme, ma tunique devenaient de plus en plus serrés ; et j’ai pensé, qu’est-ce qui se passe bon sang ? C’était de la laine et ça avait l’air d’avoir rétréci. Et j’ai dû la déboutonner. Bon, j’ai eu assez de cran pour me faufiler par dessus la digue. Dieu, il y avait une vieille maison vide là. Et il y avait une paire des sabots en bois hollandais. Alors j’ai à nouveau enlevé mes chaussures et j’ai mis ces satanés sabots, et j’ai marché avec. Et j’ai attaché mes chaussures ensemble. Alors je devais retourner dans mon régiment les Algonquins avant qu’ils s’en aillent. Et je pensais, Dieu, maintenant je ne connais pas le mot de passe pour le jour d’après, mais quoiqu’il en soit je suis retourné et avant qu’ils m’arrêtent j’ai dit : « Je suis un Algonquin, je ne connais pas le mot de passe. » Ils m’ont arrêté, vous savez. Ont dit : Halte, qui va là ? »

Mais en tout cas, le caporal est venu et il a dit, le colonel veut te voir. J’ai dit, bon sang pour quoi faire ? Je ne sais pas. Alors j’y suis allé, et il a demandé, que s’est-il passé ? J’ai dit, bon, j’ai pris mes 18 hommes sur le bateau. J’ai dit, ils ont tous été faits prisonniers. Et j’ai dit, et je me suis enfui, j’ai été entraîné pour le jour J et je suis parti en courant. J’ai dit, j’ai croisé quatre gars et je leur ai dit ce que j’avais fait ; et j’ai dit, et j’ai nagé dans ce canal. Et bien, il a dit, tu es le vingt-huitième à revenir de là. Je ne sais pas pourquoi ils nous ont envoyés là, c’était du suicide en fait. Ils auraient pu réfléchir un peu, on ne pouvait pas faire face à tant de, vous savez. En tout cas c’était effrayant.

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