Témoignages d'anciens combattants:
Gustave “Ti-Gus” Goulet

Armée

  • Gustave Goulet, caporal au régiment de la Chaudière, a obtenu la médaille militaire pour bravoure.

    Historica Canada
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"Le général Montgomery a dit que si un de nos compagnons tombait et était blessé il fallait les laisser là et continuer l’offensive."

Transcription

Pour la raison qu’il n’y avait rien à gagner. Il n’y avait pas d’autre chose. Et franchement, j’ai toujours rêvé un jour de devenir soldat. Quand on [le régiment de la Chaudière] est débarqué en Normandie à marée basse pour voir les mines, on a débarqué à Bernières-sur-Mer. Ça frappait dur avec l’aviation et tout ça. J’ai vu un de mes confrères d’armes qui était à peu près de ma grandeur, mais il a mis le pied dans un creux et un autre soldat lui est passé par-dessus la tête. Il y avait les canons en arrière et les mortiers, ça frappait dur.

On a débarqué à 7h45 et puis on attendu que le [régiment du] Queen’s Own Rifles fasse ce qu’il avait à faire. On a pris la relève à Bernières même. Ensuite nous sommes allés a Bény-sur-Mer, ainsi de suite. On a attendu à Bernières après que tout a été fait. J’ai reçu une Médaille militaire par la suite, car j’ai fait un acte d’héroïsme. Il y en a d'autres qui le méritaient autant plus que moi, mais ils sont décédés. Il en est tombé. Le général [Bernard] Montgomery [commandant des troupes terrestres participant au Débarquement en Normandie] et le général [Dwight D.] Eisenhower [Commandant suprême des forces alliées] nous avaient envoyés un message. Ils nous souhaitaient bonne chance. Le général Montgomery a dit que si un de nos compagnons tombait et était blessé il fallait les laisser là et continuer l’offensive. Heureusement, je n’ai pas été touché. Il y en a beaucoup qui sont tombés.

On est passé à Bény-sur-Mer et à Rots. Un des endroits les mieux défendus, c’était a l’aérodrome de Carpiquet. Vous avez dû en entendre parler. J’en ai sauvé un là. Rots, Carpiquet, ces endroits là. On dirait que tout branle en dedans de nous autres. Je suis resté pensionné pour mon affection nerveuse en plus d’avoir été blessé. Ça frappe dur. Il y a encore des moments difficiles. J’ai des réactions anxieuses. Je suis suivi par un spécialiste, le docteur François Rousseau à la Clinique Roy-Rousseau. Je n’ai pas honte de le dire. Il est merveilleux. J’ai toujours été bien traité.

Sur le moment même, après le Débarquement, j’ai continué à Carpiquet. J’ai été le chercher [un camarade blessé] et je l’ai mis à l’abri à un endroit où ils ne pourraient pas l’atteindre. Les Allemands, c’était des SS, de la 12e Division Panzer SS devant nous. À Colombelles, j’ai sauvé un officier. Je suis allé…vous devez avoir hâte que je termine, non ?

La veille du Débarquement, on était tout près de Caen, à environ dix-huit miles de Caen. On a passé sur le pont qu’ils appelaient le London Bridge [un pont Bailey qui traversait le canal de Caen]. On est resté la nuit là et le lendemain on a attaqué. Nous étions les premiers sur les lieux. Les Allemands étaient des SS. Ils nous ont laissé avancer à peu près 600 verges et ils ont ouvert le feu, imaginez-vous. Les trois officiers du commandement de peloton étaient blessés. En plus, le set [le poste de radio] était put out of action [hors d’action], il était brisé. C’était à nous autres de tirer, de nous défendre.

En anglais c’est : « …he dodged fire, managing to guide the officer to safety» […il évita les tirs ennemis et réussit ainsi à guider l’officer vers un lieu sûr]. Après l’avoir sorti, il serait certainement décédé. Imaginez-vous, il était blessé, il était tout ouvert. Je lui ai administré les premiers soins. J’avais tout ce qu’il fallait sur moi, mais je ne pouvais pas rester là longtemps alors je l’ai mis à l’abri et je suis retourné.

Il y en avait qui essayaient de s’infiltrer dans nos lignes. Après avoir sauvé l’officier et l’avoir mis en sécurité, j’en ai descendu avec ma Sten, Carbine [le nom officiel de mitrailleuse Sten, en anglais] et des grenades. Je les ai dispersés. Après j’ai été blessé deux fois, à l’épaule et la colonne. Je suis pensionné à 100%. Avant d’être blessé, j’ai été porter des messages au commandant, au colonel [J.E.G Paul] Mathieu. Et ensuite je suis retourné… Je vois ça souvent dans ma tête. J’apportais le message au colonel Mathieu, tout ce qu’il avait à dire au major Sévigny. J’étais dans la compagnie ‘C’. Mon commandant c’était le major Georges Sévigny. Il est décédé maintenant, malheureusement. Après avoir fait ça, le soir ils sont venus me chercher et ils m’ont mis dans une grande tente. Le docteur m’a examiné et ensuite il a dit en anglais: « This man has to be sent back to England » [Cet home doit retourner en Angleterre]. Parce que j’avais le tétanos dans le bras. J’avais perdu du sang, j’avais de la misère à me tenir debout.

J’ai embarqué sur un bateau américain avec d’autres et on s’est en allé en Angleterre. Je me suis réveillé le lendemain matin entouré d’infirmières toutes habillées de blanc. Elles m’ont dites, « Good morning, French Canadian ». Quand j’ai été blessé, j’ai passé trois mois à l’hôpital et j’ai ensuite été rejoindre mon unité à Anvers [en Belgique].

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