Témoignages d'anciens combattants:
Louis Godin

Armée

  • Louis Godin en mars 2003.

    Louis Godin
  • Louis Godin en février 1944 à Worthing, Angleterre. Il avait 20 ans.

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  • Carte d'enregistrement de Louis Godin (prisonnier de guerre) Stalag XII A, août 1944.

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  • Lettre du Président François Mitterand remise lors d'une visite au cimetière de Beny-sur-Mer, le 6 juin 1994.

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"Le lendemain, le 21 juillet, la contre attaque est arrivée et, puis, nous avons dû nous rendre. Alors, c’est là qu’ont commencé les déboires."

Transcription

Mon nom est Louis Godin. J'ai servi dans l'Armée canadienne avec les Fusiliers Mont Royal comme fantassin dans la campagne de Normandie. Je me suis enrôlé en 1942 à l'âge de 18 ans et j'ai traversé outremer au mois d'août 43 et j'ai été affecté aux Fusiliers Mont Royal. Le 7 juillet, nous avons traversé en France. On nous avisés que nous devions attaquer le 20 juillet. Nous devions capturer une ferme. Nous avons capturé la ferme, mais nous avons été encerclés immédiatement par les chars d'assaut allemands et nous avons été privés de ravitaillement. Alors, nous n'avons rien mangé. Nous n'avions rien à boire. Nous n'avions pas de munitions. Alors, on avait demandé à notre commandant de compagnie dans la nuit s'il y avait possibilité de laisser nos positions parce qu'on ne pouvait plus rien faire. Mais les ordres étaient que nous devions rester là. Le lendemain, le 21 juillet, la contre attaque est arrivée et, puis, nous avons dû nous rendre. Alors, c'est là qu'ont commencé les déboires. Nous avons eu très peur. On avait l'air de chiens abattus. On nous a envoyé à Lançon. À Lançon, on nous a servi une soupe. Ce qu'on va retenir tout le temps de notre vie, c'est que c'était fait avec de la panse de vache. Ça sentait mauvais et ça goûtait mauvais. Par après, on a été transféré à Chartre. De Chartre, après ça, on nous a envoyés dans les chars à bœufs. C'était marqué dans les portes : 8 chevaux ou 40 hommes. On nous a embarqués 50 là dedans, et on a été 5 jours pour se rendre en Allemagne. On est allé à Limberg, le Stalag 12A, où on nous a enregistrés avec un numéro de prisonnier, la Croix Rouge. Et puis, après un certain temps, on nous a transféré au Stalag 8B en Tchécoslovaquie. En arrivant, on croyait qu'on arrivait dans un camp d'extermination. Ça nous a pris 5 jours pour se rendre là parce qu'il y avait eu une émeute et puis ils avaient pris des prisonniers, les passer à la chambre à gaz. Donc, il n'y avait rien qu'une charrette qui était pleine de prisonniers flambant nus qui allait les porter dans je ne sais pas trop où, là. Et puis on a été là quelques jours. Et finalement, on nous a envoyé travailler dans un camp Hindenburg, en Allemagne. J'ai travaillé dans une mine de charbon pendant 4 mois avec un maigre repas par jour. Le 22 janvier 45, on nous avise que nous devions quitter parce qu'on était encerclé par les Russes et qu'on devait partir le lendemain. On nous a donné une ration de pain de deux jours en nous disant de faire attention et d'en prendre bien soin parce qu'ils ne savaient pas quand ils nous donneraient à manger la prochaine fois. On a mangé tout de suite et on est parti à marcher le lendemain toute la journée, toute la nuit et toute la journée le lendemain. Là, on est arrêté pour passer la nuit. Cette marche là a duré pendant 3 mois et qu'on appelle, nous, la Marche de la mort parce qu'on laissait personne en arrière. On fusillait tous les prisonniers politiques, les juifs, les Russes et il est arrivé qu'ils en ont fusillé des nôtres aussi. C'est pour ça qu'on a vu des centaines et des centaines de personnes qui se sont fait fusiller. Vu qu'on couchait dans des granges, eh bien, bien entendu on a attrapé de la vermine, des poux. Alors, on avait une rage de poux épouvantable. Deux semaines avant notre libération, on a tous changé des gardes que nous avions. On nous avait donné probablement des civils dans une ville qu'on avait passé. Ils étaient habillés avec soit un pantalon de l'armée, une tunique de l'aviation, mais pourvu que ç'avait l'air militaire. Alors, avec ces nouvelles gardes là, eh bien on n'avait pas tellement de problèmes, qu'on pourrait dire. Ils nous disaient qu'on n'avait pas le droit de faire ça mais on le faisait quand même. Là, il est arrivé que les Américains nous ont délivrés le 24 avril 45. Mais, là, quand t'es délivré, tu ne sais plus quoi faire de toi parce que ça fait tellement longtemps que t'attends, que tu te fais dire quoi faire tout le temps.
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