Témoignages d'anciens combattants:
Raymond Maurice “Bud; Buddy; Footslogger” Sinclair

Armée

  • Médailles, insignes d'épaules, et broche de bérêt de Raymond Sinclair.

    Raymond Sinclair
  • Raymond Sinclair à Monte Cassion, Italie, septembre 2004. Soixante ans plus tôt, le peloton de mortier de M. Sinclair était situé dans un ravin près de là où cette photo a été prise.

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  • Cours d'entrainement, Canterbury, Angleterre, août 1942. Raymond Sinclair est le 3ème à gauche au second rang.

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  • Raymond Sinclair, quelque part en Afrique du Nord, vers 1943-44.

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  • Raymond Sinclair, mai 1946.

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"Ce n’est qu’après que la réaction s’installe et que vous vous dites, mon Dieu, qu’est-ce qui m’est arrivé?"

Transcription

On a fini par retrouver ou plutôt… affecté à mon unité qui était le 6e bataillon du [régiment] du [Queen’s Own] Royal West Kent en Italie. On était quelque part du côté de l’Adriatique, je pense que c’était près de Termoli. Puis, à partir de là, j’ai été affecté au peloton de mortiers. De là, on a participé à divers combats. Mais pour en venir au principal, pour commencer ce qui nous a vraiment surpris c’est à quel point l’Italie était montagneuse, ou à quel point l’Italie est montagneuse. Le fait que partout où on allait on montait et on descendait des collines et des montagnes. Heureusement à cette époque, tous les pelotons de mortiers avaient des portes-mitrailleuses Bren [véhicules chenillés légers] qui transportaient tout notre équipement. Quand on devait combattre, on devait trimballer ces plaques de base qui pesaient environ 56 livres et un canon qui pesait à peu près autant et un trépied. Et grimper sur des collines et trouver un endroit correct pour installer nos mortiers et nous préparer à tirer pour couvrir les pelotons de l’infanterie là où ils allaient se battre.

J’ai fêté mon 20e anniversaire, ou plutôt ce n’était pas une fête, j’ai passé mon anniversaire à [Monte] Cassino dans la tranchée de tir où on était positionnés. J’ai eu du Bully Beef et des rations compo. [rations composites]. Ce moment a été interrompu par ce qu’on appelait un stonk [bombardement concentré], qui était allemand, je pense que c’est une expression allemande. En tout cas, ça voulait dire qu’ils faisaient un gros tir de barrage pour qu’on reste à nos places et qu’on ne bouge pas. Franchement, je n’étais pas content. À ce moment-là, je me suis demandé si j’aurais encore un autre anniversaire à fêter, ce que j’ai pu faire, Dieu merci.

Quand vous êtes dans la ligne, vous ne pensez pas vraiment à ce qui va vous arriver. En fait, vous ne pensez à rien d’autre qu’à votre objectif. On vous dit à l’avance : voici votre ligne de départ. C’est là que vous allez être. Le bataillon va passer par un autre bataillon. Voici votre objectif, vous allez prendre cet objectif-ci, vous allez prendre cet objectif-là. Le peloton de mortiers va vous couvrir, va fournir un tir de protection. Vous allez envoyer des patrouilles pour voir où se trouve l’ennemi ou bien où il va se trouver, et vous avez toutes ces choses en tête. Vous ne pensez à rien d’autre. Même quand on vous bombarde et ça, ça fait vraiment peur, très peur, vous entendez les projectiles qui sifflent au-dessus de votre tête. C’est un truisme. Aussi longtemps que vous les entendez passer au-dessus de votre tête, vous savez que ça va, il n’y a pas de problème. C’est quand vous ne les entendez pas, c’est comme quand, je ne l’avais pas vraiment entendu, l’obus de mortier qui est arrivé et qui m’a blessé. C’est ça, à ce moment-là, vous ne pensez pas à avoir peur ou des choses de ce genre. Ce n’est qu’après que la réaction s’installe et que vous vous dites, mon Dieu, qu’est-ce qui m’est arrivé?

On s’est retrouvés juste en dehors d’un endroit du nom d’Imola, juste en dehors de Bologne, directement dans les montagnes. Et je dois dire, à nouveau, il n’y avait que des rivières à traverser, des montagnes à grimper, des montagnes à descendre et à ce moment-là je me suis dit que si jamais je ne revoyais plus de montagnes, ça ne me manquerait pas. On était en haut dans les montagnes. C’était, ça devait être aux alentours du mois de novembre que c’est arrivé. On était embourbés, on ne pouvait pas bouger. Les Allemands étaient dans ce qui était connu sous le nom de Rimini Pisa Line, une ligne qui allait de la mer Adriatique à la mer Méditerranée. Et on a été bloqué là-bas pendant tout l’hiver.

Il y avait des tirs intenses, on avait creusé nos tranchées de tir et un jour il y a eu des bombardements concentrés allemands particulièrement intenses. Un signaleur est arrivé. Il essayait de réparer des lignes. Il a sauté dans la tranchée où j’étais et tout de suite après il y a eu un grand fracas et une détonation et je me suis retrouvé à l’extérieur de la tranchée. L’obus avait [touché] terre ou était tombé au bord de la tranchée et malheureusement le signaleur a été tué et j’ai été projeté hors de la tranchée de tir qu’on avait creusée.

J’étais assez secoué et plein d’éclats d’obus. J’étais, mon visage et mes bras étaient en sang et ils m’ont envoyé au poste de secours du régiment. Ensuite, ils m’ont envoyé à une infirmerie de campagne avancée. Ensuite, ils m’ont envoyé au poste d’évacuation sanitaire 4, pour les soins médicaux. J’avais des éclats d’obus dans le corps, mais, à ce moment-là je suis passé devant une commission médicale et ils m’ont examiné et ils ont trouvé des choses dans ma jambe et ma cheville. J’ai été déclassé de A1 [apte pour le service actif] à B2 [médicalement apte pour les tâches sédentaires seulement], donc inapte à rejoindre les lignes du front, ce qui a en quelque sorte mis fin à ma carrière dans le service actif.

D’un côté, j’étais très très content d’être sorti de là mais en même temps je me sentais très, très coupable de partir et de laisser derrière moi tous mes amis et mes camarades. Mais c’est comme ça.

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