Témoignages d'anciens combattants:
Gordon B Smith

Forces aériennes

  • Gordon Smith en uniforme avec sa médaille de service distingué dans l'Aviation et un insigne de Pathfinder, en 1945.

    Gordon Smith
  • Gordon Smith, Angleterre, 1944.

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  • Ce certificat a été remis à M. Smith pour l'achèvement des exigences opérationnelles de la Pathfinder Force.

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  • M. Smith photographié ici avec ses amis Al et Jim à New York, 1945.

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  • Lettre envoyée aux parents de Gordon Smtih après qu'on lui ait remis la médaille du service distingué dans l'aviation, en 1945.

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Écoutez ce témoignage

"« Ils nous ont dit de nous préparer à sauter. Et j’étais à l’arrière, prêt à sauter de la porte arrière, quand il a dit attendez, le feu s’est éteint. »"

Transcription

J’avais un frère qui était plus vieux que moi. Il est parti en 1940. Il a passé deux ans comme pilote dans la ville de Saint-Hubert (Base de la RCAF) au Québec. Il ne pouvait pas aller outre-mer parce qu’il était instructeur. Et à peu près, oh, deux mois avant, quand j’étais en train de passer mon diplôme à Guelph ou Fingal (base RCAF), l’école de tir (l’école de bombardement et de tir n°4), j’étais là-bas et ma mère est descendue me voir. Mon frère était finalement parti outre-mer un mois plus tôt environ. Il était en garnison là-bas ; et mon père et ma mère sont venus pour me voir à la remise des diplômes. Et quand ils sont arrivés, ils avaient reçu une lettre, avec cinq heures de décalage horaire, ils avaient reçu une lettre la nuit précédente mon frère avait été tué. Le jour de la remise de mon diplôme, j’ai appris qu’il avait été tué, alors je suppose que mes parents plus que tout autre chose, étaient simplement, je veux dire, c’était déjà terrible, mais ensuite quand j’ai décidé d’aller outre-mer, ça a été encore plus contrariant pour eux, au moins.

Et je suis arrivé là-bas et je ne le savais pas, mais il ne s’était pas fait descendre. Il était en formation, la même que les autres pilotes, et il était instructeur, alors il a été pilote formateur pendant deux ans, mais ils devaient apprendre à voler sur l’autre avion. Il allait partir dans un Bomber Command aussi et il apprenait à piloter les bimoteurs, je ne sais pas si c’était des Anson (avion d’entrainement pour les équipages), je ne suis pas trop sûr duquel c’était. Ils ont percuté un autre avion, un de leurs avions qui rentrait d’une opération. Et c’est ça qui l’avait fait tomber.

C’était mon premier vol en fait et c’était sur un Wellington (bombardier de taille moyenne) et il n’a pas été reconnu comme tel. Mais quand je dis que j’ai effectué 60 vols, j’en ai en fait effectué 59. La raison pour laquelle il semblerait qu’ils ne comptaient pas ça, c’était un vol au dessus de la Belgique à distribuer des prospectus de là-haut, une sorte de propagande ou quelque chose comme ça. Et moi personnellement je pensais, chaque fois que je traverse la côte, c’est un vol opérationnel, mais ça ne marchait pas comme ça. Après ça, on est allés sur des Halifax (bombardiers lourds), l’avion Halifax, j’avais appris avant et de là, on est juste allés dans le 419ème escadron.

Et dans le 419ème escadron, j’ai fait mon premier vol là-bas. Le Rhur Express (Avro Lancaster X) a été le premier Lancaster construit au Canada, j’ai effectué trois vols avec cet avion-là et après 14 vols dans le 419ème escadron, d’après le pilote et je suppose le bombardier de bord, le navigateur en particulier, le bon travail qu’ils ont fait sur ces vols là, ils nous ont demandé d’aller dans le (N°8) Pathfinder (Force) Squadron (Bomber Command de la RAF), qui est le 405ème escadron là-bas près de Cambridge en Angleterre, un endroit appelé (Base RAF) Grandsen Lodge. On est allé dans les Pathfinder. Pendant qu’on était là-bas, j’ai fait une période entière et l’idée sur les Pathfinder c’était que, après une période, vous rentriez au Canada pendant six semaines et ensuite vous y retourniez. Mais si vous étiez dans les Pathfinder et que vous le vouliez, ils vous demandaient de faire une deuxième période et de ne pas rentrer chez vous. Vous n’aviez que 25 vols à effectuer au lieu de 30 pendant la deuxième période. Et le pilote, le bombardier et moi-même, on a fait ça et j’ai fait deux périodes entières, en fait 59 vols, mais en réalité 60 comme je l’ai dit tout à l’heure, 59 vols.

Bon quelquefois, deux trucs dangereux là. Pendant un vol en particulier, on a perdu un moteur. On allait droit sur la cible, on allait au dessus de la cible et plein de projecteurs, et plein de tirs de DCA (canons anti-aériens), ce qui était habituel, particulièrement au dessus d’une plus grande ville et on a été touché par un tir de DCA. Pas par des avions de chasse, par un tir de DCA. Et au même moment on a été pris dans les faisceaux des projecteurs, pas un seul mais ils nous passaient à côté très souvent. Mais une fois ils, c’est comme un projecteur principal qui se colle sur vous, vous avez ce qu’on appelle un cône, un cône inversé qui pouvait être le fait de dix projecteurs peut-être, et vous vous retrouvez sous cette masse. Ça marchait de telle façon que le pilote a eu vraiment du mal à sortir de ce cône. Et pendant ce temps là, le moteur prend feu. Alors il allume les extincteurs et après environ, ça semblait plus long que ça, probablement trois minutes, il n’arrivait à rien avec le feu, ni avec les projecteurs, et ils nous ont dit de nous préparer à sauter en parachute. Donc moi j’étais à l’arrière, prêt à sortir par la porte arrière quand il a dit, attendez, il a dit, le feu était éteint, peut-être le feu est arrivé en premier, ils ont réussi à faire marcher les extincteurs dans l’avion. Et ce qui s’est passé il y avait un tir de DCA qui avait endommagé le moteur, alors il nous restait seulement un moteur. En tout cas, il avait détruit le moteur. Et puis on a fait ce qu’ils appellent un vol en tire-bouchon, qui est fait pour sortir de la lumière des projecteurs. Alors vous plongez en descente et vous faites le même mouvement qu’un tire-bouchon, manière de parler, plongée à pic et en faisant des cercles, manière de parler, jusqu’en bas. Et on a fini par sortir de tout ça.

Maintenant, ça n’allait pas si mal. Bon, c’était assez mauvais, certainement, mais je n’ai pas sauté et la chose c’était, on s’était remis sur nos rails, mais les navigateurs pouvaient voler en s’aidant des étoiles s’il le fallait. Mais un moteur avait des tas de trucs électroniques dessus et il était mort. Alors on rentrait sans le moindre, enfin, rien d’autre que leurs connaissances et le fait qu’ils savaient ce qu’ils faisaient, il manquait un tas d’équipements. Alors on allait dans des endroits quelquefois aux abords des villes et on se faisait tirer dessus à des endroits où ça n’aurait pas dû arriver, venant du sol, je parle des tirs de DCA. On est bien rentrés et on a atterri sur une base à l’écart parce que, avec ce moteur en moins. Mais c’était la dérive de vol là, c’était effrayant.

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