Témoignages d'anciens combattants:
Harry “Herschel” Waisglass

Forces aériennes

  • Harry Waislass debout devant un avion Avro Anson. Photo prise à la station des Forces Aériennes Rockliffe, Ontario, 1943.

    Harry Waisglass
  • Harry Waisglass dans le cockpit d'un Fairey Battle, 1942 ou 1943.

    Harry Waisglass
  • Télégramme envoyé à la famille de Harry Waisglass, les alertant du fait qu'il n'est pas arrivé à sa destination. Ce télégramme a été suivi par trois autres, reportant le statut des recherches de M. Waisglass et de son pilote.

    Harry Waisglass
  • Télégramme alertant la famille de Harry Waisglass qu'il a été repéré et présumé sauf. Il y a eu deux autres télégrammes envoyés à la famille confirmant qu'il a été retrouvé et qu'il est de retour sans blessure.

    Harry Waisglass
  • Harry Waisglass lors d'un événement pour Le Projet Mémoire: Histoires de la Deuxième Guerre mondiale, Toronto, Ontario, le 13 mai 2010.

    Historica Canada
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Écoutez ce témoignage

"« On pouvait donc se poser quelque part sur un lac glacé. Et c’est ce que nous avons fait, en nous écrasant avec les roues sens dessus dessous. Puis on s’est perdu trois jours en forêt. »"

Transcription

Je m’appelle Harry Waisglass. Je suis né à Toronto le 29 décembre 1922. J’ai été affecté à St Thomas en Ontario (École de formation technique n°1), le N°124 Ferry Squadron et notre travail à ce moment-là c’était de convoyer les avions des bases où ils étaient construits aux écoles de pilotage qui avaient besoin de différentes sortes d’avions. Mon travail consistait aussi à voler avec les pilotes des différents avions qui volaient des écoles où l’avion devait être démantelés pour la récupération de pièces, mais on devait les amener dans l’avion aux bases qui s’occupaient de les mettre en pièces détachées. Et je devais aller en chercher beaucoup avec un livre de bord, à la base aérienne, estampillés : pas bon pour voler. (rire)

Et donc ça faisait partie de notre travail et il m’est arrivé de nombreuses aventures. Le tout premier vol que j’ai fait allait de Rockcliffe, où j’étais stationné, à l’aéroport de l’île de Toronto, pour aller chercher, il y avait trois ou quatre avions en partance pour Winnipeg. On devait s’arrêter à Kapuskasing pour se ravitailler en carburant à cette époque. Ces avions étaient des (Avro) Anson (avions d’entraînement pour les équipages) tout neufs et mon premier vol, avec les équipages de trois autres, on a été pris dans une tempête de neige sur le chemin de Kapuskasing. Notre avion a perdu les trois autres dans la tempête. Les radios qu’on avait ne marchaient pas à ce moment-là. Elles n’avaient pas encore été branchées ; elles allaient être installées à la base. On a volé tout autour pour retrouver les autres avions, ce qui ne s’est pas fait, et si vous connaissez Kapuskasing, c’est une ville minière qui a une grande, très grande cheminée. Bon, pendant la tempête de neige, on a vu une très grande cheminée, mais c’était à Tudhope, ce n’était pas à Kapuskasing. On a cru que c’était Kapuskasing.

On est tombés en panne de carburant et il s’est mis à faire nuit. Mon pilote m’a dit, cherche juste quelque chose de long et blanc, comme ça on va peut-être pouvoir se poser sur un lac gelé quelque part. Ce qu’on a fait, on a fait un atterrissage en catastrophe avec les roues en haut, tout bon. Et on est restés là, perdu dans la forêt durant trois jours. Les Anson étaient faits en toile, qui était peinte avec un produit qu’ils appelaient de l’enduit (un produit qui ressemble au vernis) qui faisait rétrécir le tissu qui se transformait alors en fuselage. Et en bas de la table de navigation il y avait une petite porte et c’est là qu’on rangeait les cartes. Je suis sorti et j’ai rapporté du bois qui était assez sec, l’ai mis dans un petit panier, l’ai allumé. L’avion a pris feu et c’était fini on n’avait plus d’endroit à nous. (rire) On l’a éteint avec les extincteurs qui se trouvaient dans l’avion. Ils nous ont retrouvés trois jours plus tard. Il faisait froid, moins 10 degrés.

Si vous me posiez la question aujourd’hui, quelle a été la chose qui vous a le plus marqué, ce qui au cours de votre vie vous a laissé le plus grand souvenir ? Vous savez, un tas de gens disent mon mariage, et je suis heureux en ménage depuis 64 ans, avec une belle famille. Et je dirais, vous savez quoi ? Mes années dans l’armée. C’est là que je suis devenu adulte, c’est là que j’ai appris à m’entendre avec les gens, c’est là que j’ai appris à vivre avec les autres, avec les bons comme avec les mauvais. Mais j’ai évolué pendant ces années-là et j’ai dû apprendre à me débrouiller tout seul, comme le gamin de 18 ans et demi que j’étais.

Et celles-là elles étaient bonnes, les aventures que j’ai traversé pendant mes années dans l’aviation, parce qu’il y a eu plus que cette chose là en particulier. Une autre était un avion qui s’est vidé de toute son huile à moteur d’un coup pendant qu’on était en vol. On rentrait à Rockcliffe, et on venait de, je crois que c’était de Winnipeg. Et la première chose que j’ai remarquée, c’était un Fairey Battle (bombardier léger), c’était le nom de l’avion, Fairey Battle. On utilisait cet avion pour l’entraînement au tir au canon dans les différentes bases pour que les pilotes s’en servent. On le ramenait à Rockcliffe pour le faire démonter. Et j’étais dans le siège arrière et le pilote, évidemment était devant, c’était juste un deux places. Et ensuite j’ai vu son pare-brise se faire arrosé d’huile partout dessus. Bon. Il ne pouvait pas communiquer avec moi de quelque manière que ce soit, et je suis assis à l’arrière et je le regarde et je me dis, s’il décolle de son siège de cinq centimètre, je passe par dessus bord, bon. (Rire) je ne reste pas. Bon, s’il n’y va pas, il ne peut pas me le dire, il n’y a pas de moyen de communiquer. J’ai dit, si jamais je le vois décoller de son siège de cinq centimètres, je passe par dessus bord. Mais ça aurait été un peu stupide de ma part de faire ça parce que c’était tout du terrain boisé par là. Ils ne m’auraient jamais retrouvé.

En tout cas, il a bien manoeuvré ses ailes pour me dire qu’il y avait un problème, ce que je comprenais, et je suis resté assis avec lui et finalement on est arrivé à, où c’était déjà, juste à l’extérieur de Kingston. Bon. Quand il a fait descendre l’avion avec un atterrissage sans le train et ça a été vraiment la fin de ce voyage. Le bon Dieu a veillé sur moi en maintes occasions et j’en suis très reconnaissant.

Je ne regrette pas toutes les années passée dans le service. Pas le moins du monde. J’ai beaucoup appris. J’ai appris à être adulte. J’ai appris à être quelqu’un de bien. Et comme je l’ai dit, si quelqu’un venait à me demander quelles sont les années les plus mémorables de ma vie, mon mariage était parfait, ma femme est toujours là, dieu merci ; nous avons une belle famille, mais les meilleures années de ma vie ont été celles passées dans l’armée. Pas tout le monde vous dira ça, je peux vous le dire.

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