Témoignages d'anciens combattants:
Bob Flash Clayton

Armée

  • Canadiens libérés d'un camp de prisonniers de guerre japonais, 1945.

    Bob Flash Clayton
  • Officier canadien saluant les prisonniers de guerre après la redditionn des Japonais en 1945.

    Bob Flash Clayton
  • Sgt. Flash Clayton, Terre-Neuve, 1940.

    Bob Flash Clayton
  • Soldats canadiens gardant l'aéroport de Gander, Terre-Neuve, 1940.

    Bob Flash Clayton
  • Camp de prisonniers de guerre "Argyle" à Hong Kong.

    Bob Flash Kayton
Agrandir l’image
Écoutez ce témoignage

"L’une des recrues est arrivée en courant et m’a dit : « Eh chef, venez voir tous ces avions ». Tout de suite après, on a été bombardé dans la caserne."

Transcription

Je m’appelle Bob "Flash" Clayton. Flash est un surnom qu’on m’a donné quand je suis entré dans l’armée. Je me suis enrôlé dans les Queen's York Rangers en 1937, la milice. J’avais 15 ans.

Quand j’ai eu ma première paye, c’était 20 dollars par mois, je me suis dit, oh là là, dis donc, qu’est-ce que je vais faire avec tout ça? Puis j’ai découvert la bière et les filles. Ils disaient qu’on pouvait s’enrôler dans le RCR, le Royal Canadian Regiment, ils partaient tout de suite outre-mer, alors je me suis enrôlé dans le RCR. En été 1939, je suis allé au camp Val Cartier, et pendant que j’étais là-bas ma mère a écrit une lettre au colonel pour lui dire quel âge j’avais. On m’a envoyé à London en Ontario, dans ce qu’on appelait un Boystown. Les jeunes gars étaient envoyés là-bas jusqu’à ce qu’ils soient en âge d’aller outre-mer. En septembre 1940, j’ai été transféré aux Royal Rifles of Canada. Je suis devenu sergent. En octobre 1941, on est partis pour Hong Kong. On a récupérés 132 hommes à Toronto et certains d’entre eux n’étaient à l’armée que depuis trois semaines. Notre régiment a été dispersé – ils étaient partout sur l’île. On ne se battait pas ensemble comme un régiment. Il y avait des compagnies par ici et des sections par là et ainsi de suite.

Il se trouve que j’étais encore dans la caserne ce matin-là, l’une des recrues est arrivée en courant et m’a dit : « Eh chef, venez voir tous ces avions ». Tout de suite après, on a été bombardé dans la caserne et on est sortis de là. Mais c’était terrible – des recrues encore en entraînement.

Sur l’île, on était au Lai Moon Fort et les Britanniques se sont rendus compte que les Japonais allaient arriver par la mer. Les Britanniques avaient ce qu’ils appelaient la Gin Drinkers' Line [position de défense alliée] du côté de Kowloon, en haut à la frontière et elle [la ligne de défense] était sensée tenir pendant des semaines et des semaines mais elle est tombée en une nuit. Les Japonais ont atterri. Sur notre flanc gauche, à environ 300 yards [275 m] de là, il y avait mille soldats réguliers patanis. C’est là que le gros des troupes japonaises a attaqué. Ils ont cessé d’exister en trois heures. Ensuite ils se sont tournés et ils sont venus vers nous et on a eu un mal fou à les maîtriser. Mais notre Major Bishop, c’était quelqu’un de pas ordinaire. Il avait été soldat pendant la Première Guerre mondiale. Il montait et redescendait la route à pied et nous disait : « Ne tirez pas maintenant. Ils ne savent pas où vous êtes. » Ensuite, il s’est passé une chose très étrange : il a dit « silence, silence » et tout d’un coup on entend, venant de l’autre côté de la colline, cette voix : « Venez vers nous et rendez-vous. Venez, vous serez bien traités ». Je n’oublierai jamais ça. Le Major Bishop nous a dit : « Regardez. Essayez de trouver d’où vient cette voix. » On était 120, couchés au bord de la route. « Cherchez où il se trouve et quand je tire, tirez sur ce fils de pute. » Je ne sais pas si on l’a tué ou non, mais on ne l’a plus jamais entendu. Les Japonais essayaient de nous déloger et le Major Bishop a fait appel à l’artillerie. Ils ont tiré sur tout le flanc de cette colline et je pense que s’il n’avait pas été là cette nuit-là, je pense qu’on aurait été anéantis.

J’ai été blessé le 16 décembre par un tir de mortier venant du continent. Les Japonais n’avaient pas encore atterri. Cette nuit-là, peu après le début des combats, j’ai été blessé par balle. Et plus tard, par une grenade. On m’a ramassé et on m’a emmené dans un emplacement de tir abrité. Pendant que j’étais là-bas, l’aide de camp a coupé mon pantalon jusqu’à la cuisse, mes deux jambes étaient touchées. Il m’a fait des pansements et tout; ensuite ils ont commencé à refroidir et je chancelais et je lui ai dit : « Descend mon pantalon et regarde si j’ai été touché à d’autres endroits ». Il m’a répondu : « Si vous avez été touché Serg., je ne peux rien faire pour vous ». Vous voyez? Il me répond : « Je ne vais pas baisser votre pantalon ». Mais j’étais en état de choc et je ne m’en suis pas rendu compte. Les choses commençaient à aller mal dehors. Ça allait vraiment mal. Je pensais qu’ils allaient entrer d’un moment à l’autre. Les balles pleuvaient du côté de cet épais... Le Major Bishop a appelé le colonel et lui a dit : « Il faut sortir de là, colonel. Ils ont pris le dessus. On a contre-attaqué et on ne peut rien faire. On les contrôle pour le moment mais au lever du jour, on sera fichus ». Ensuite, je me suis rendu compte qu’ils remontaient tous la route. Alors je me suis dit « nom de Dieu je ne peux pas rester là». J’ai fait quelque chose que je n’aurais pas dû faire, j’ai pris une grenade, je l’ai dégoupillée, j’ai jeté la goupille et j’allais mettre la grenade sur ma poitrine et dégager le levier de déclenchement. Ensuite, je me suis dit que ce serait lâche de faire ça et je me suis dit que j’allais attendre que ces salauds arrivent pour en emmener quelques-uns avec moi. Et j’ai attendu, j’ai dû attendre 15 ou 20 minutes et la porte s’est ouverte et le Lieutenant Scott est entré et m’a dit : « Nom de Dieu, Sergent, j’étais là-haut sur la route ». Il faisait nuit noire et il y avait des Japonais tout autour. Et il m’a dit : « Je me suis levé et ils ont demandé « est-ce que quelqu’un a récupéré Clayton? » Personne n’était au courant alors il est descendu lui-même, il m’a porté sur son dos et quand on est passés par la porte et je lui ai dit : « Je n’oublierai jamais ça chef ». Et bien sûr il n’a pas remarqué la grenade et il m’a dit : « Serg., un jour on boira un coup [en souvenir] de tout ça. » Et je lui ai répondu « j’ai hâte ». Et…et ça n’est pas arrivé. Il a été capturé et passé à la baïonnette.

Follow us