Témoignages d'anciens combattants:
Jack Clements

Armée

  • Jack Clements, à l’âge de 21 ans, vers la fin de la guerre en 1945. Le bain dans un baril d’acier. Les soldats n’avaient que très peu d’occasion pour les douches.

  • Membres de la 4e Brigade blindée canadienne, devant un tank Sherman en Belgique en 1944. Clements est à genoux dans la première rangée, à droite.

  • Une photo de la revue Canada Weekly. Des soldats canadiens au repos près de Caen. En mémoire de Connery et Cox, jouant à la guitare sur cette photo. Les deux sont morts au combat quelques jours plus tard.

  • Un fragment de shrapnel brûlant est tombé sur son sac de couchage alors que Clements dormait dans une tranchée. Ce fragment mesure trois pouces de largeur.

  • Jack Clements partage toujours ses expériences de guerre avec les jeunes. Ici, on l’aperçoit lors d’une présentation à l’école élémentaire Fulford de Salt Springs Island en CB.

Agrandir l’image
Écoutez ce témoignage

"Je me souviens des émotions, des hauts très hauts et des bas très bas parce qu’on était soit complètement terrifié soit complètement crevé d’ennui."

Transcription

Je m’appelle Jack Clements. J’ai servi avec la 4e Division en Europe depuis la Normandie jusqu’en Allemagne. Je me suis enrôlé le 1 janvier, 1943. Mon entraînement de base s’est fait en Alberta. Ensuite, je suis allé à Borden en Ontario pour un entraînement de corps blindé. En décembre, j’ai atterri à Liverpool en Angleterre. J’ai fait un entraînement supplémentaire. Et, je suis parti pour la Normandie. Parmi les souvenirs les plus mémorables, je dirais en premier lieu, la misère de la population civile. Et, la météo extrême ; on avait vraiment du temps violent. En Normandie, il faisait tellement chaud (40 +) que notre tank devenait brûlant ; on pouvait à peine y toucher. Et, plus tard, en Hollande et en Allemagne, on a connu l’un des hivers le plus froid jamais enregistré. Nous vivions à l’extérieur la plupart du temps et n’avions que très peu d’accès à l’eau chaude. Nous tentions de faire bouillir de l’eau pour se raser et se laver. Vous ne savez pas à quel point j’apprécie l’eau chaude. C’était aussi rare que le Saint Graal. L’hiver était brutal. Parfois, le matin, nous nous réveillons sous la neige. C’était toujours un vrai plaisir que de dénicher une grange avec du foin. Parmi mes souvenirs, il y a la boue. Beaucoup de boue. Rester pris dans la boue. Avoir à se sortir de la boue. Avoir à creuser des tranchées (il rit) qui parfois se remplissaient d’eau la nuit. Ce fut pénible. Mais ce qui est surprenant c’est que même à vivre dehors tout le temps, je n’ai jamais eu le rhume. Par contre, j’ai souffert de scarlatine en début de guerre et de pneumonie en Angleterre. Mais, en hiver, je n’ai jamais eu de rhume. Je me souviens des émotions, des hauts très hauts et des bas très bas parce qu’on était soit complètement terrifié soit complètement crevé d’ennui. Ou, on était soulagé d’avoir survécu. En rétrospective, on avait jamais le temps de faire notre deuil après la perte de nos copains. Il n’y avait tout simplement pas le temps. Parfois quelques-uns partaient en permission à Bruxelles ou à Paris. Nous étions heureux de voyager un peu mais nous nous sentions coupables de laisser les copains là-bas. Vous savez, on se sentait comme si on les laissait tomber. Mais on s’est quand même bien amusés. En Normandie, on a trouvé un petit café qui avait été complètement bombardé. Il y avait un gros baril de vin rouge et on croyait que c’était une brillante idée que de vider nos jerrycans et de les remplir de vin. C’était bien agréable les premiers jours mais peu après, la peinture à l’intérieur de nos jerrycans s’est mise à se décoller de la paroi. Il fallait filtrer les monceaux de peinture avec les dents avant d’arriver à boire le vin. Et, le vin n’étanche pas vraiment la soif. En fin de compte, nous avons tout jeté. Mais on s’est bien amusé pendant quelques jours. Je crois que chaque jour est un cadeau. Et, je suis très chanceux d’avoir survécu sans pires souvenirs.
Follow us