Témoignages d'anciens combattants:
George Manolescu

Marine

  • Diagramme du convoi de Groenland de septembre 1941.

    George Manolescu
  • George Manolescu en uniforme de cérémonie, 1965.

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  • George Manolescu et la princesse Elizabeth à Calgary, Alberta, 1950.

    George Manolescu
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"« J’étais sur le filet d’abordage et deux ou trois de nos gars m’ont donné un coup de main. On a remonté ce gars à bord. Il suffoquait et il était couvert de pétrole. »"

Transcription

On est allés dans ce convoi, ce convoi lent, le SC 42. J’étais sur le NCSM Kenogami à ce moment-là. Et Herr Dönitz avait donné l’ordre aux sous-marins. C’est écrit dans beaucoup de livres et ainsi de suite, que ce convoi ne devait passer sous aucun prétexte. Et on avait près de 70 bateaux dans le convoi ; on avait seulement trois vaisseaux d’escorte. Alors c’est vraiment ridicule si vous y réfléchissez parce que le convoi s’étalait sur une surface de dix milles carré. Bon, la vitesse maximum d’une corvette était, que vous pouviez conserver pendant trois quarts d’heure, autrement, elle consommait trop de carburant pour seulement trois quarts d’heures. C’est tout ce que vous pouviez… Alors vous ne pouviez pas vraiment couvrir quoi que ce soit, alors on s’est déroutés par le Groenland et on a fait un grand détour, le plus haut qu’on pouvait.

On est passés, mais on a perdu 17 bateaux au total je crois. Et la partie que j’ai vraiment, je n’ai jamais rencontré personne d’autre dans la marine à qui c’était arrivé, mais je n’ai pas rencontré tout le monde, mais on a repêché un chef mécanicien qui était sur un des cargos. Et il était gorgé de pétrole qu’il vomissait et tout ça ; et il y en avait des douzaines qu’on avait remontés, plus de 90 à bord, ce qui a presque doublé notre équipage. Des survivants, leurs bateaux étaient des navires marchands qui avaient été torpillés. Et j’avais attrapé ce gars-là par le cou, ils avaient arrêté le bateau, ce qu’on n’était pas censés faire, et je suis descendu. J’étais sur le filet d’abordage et deux ou trois de nos gars m’ont donné un coup de main. On a remonté ce gars à bord. Il suffoquait et il était couvert de pétrole et il était, je n’avais pas réalisé mais il avait 50, 55 ans. J’ai demandé à l’aide cuisinier d’aller chercher du rhum et lui verser dans le gosier; et il a vomi trois ou quatre fois ; et je me suis retourné, j’ai senti qu’il était parti, mais non.

Et on a finalement réussi à le transférer sur un autre bateau et il est allé en Islande, à l’hôpital. Et il a fini par rentrer chez lui, je ne sais pas combien de temps après, mais deux ou trois mois après, il s’est retrouvé chez lui. Pendant ce temps, cette lettre a été écrite par son fils et c’était il y a une quinzaine d’années maintenant. Il voulait savoir qui, quel bateau avait sauvé son père et ceci, celle-là et l’autre. C’est arrivé au point où ils, elle est allée à Whitehall en Angleterre, Whitehall a trouvé quelqu’un à Ottawa. Quelqu’un, un gars McKee, m’a envoyé une lettre et a dit, ce gars là cherche quelqu’un qui était sur le Kenogami et ainsi de suite. Bon, ça a été l’histoire la plus touchante parce que c’était vraiment de lui à moi. Alors je lui ai envoyé une photo du Kenogami, ce qu’il avait demandé et je lui ai parlé de ma participation. Et on a échangé une demi douzaine de lettres ; et il est venu ici avec sa femme. Il était instituteur en Angleterre. J’ai la lettre là dedans, la première et beaucoup d’autres qui ont suivi.

Et ils sont venus à Calgary. Avec ma femme on les a emmenés à Banff, et toutes ces choses là. Et il continue à écrire tout le temps et à me remercier d’avoir aider son père. Bien sûr son père est décédé maintenant, mais il a dit que son père allait toujours dans ces voyages et il rentrait à la maison et il avait toujours un petit jouet ou quelque chose pour lui. Et cette fois-là, au lieu d’être à la maison le, disons, le dix du mois, le 20 est passé, et il savait que quelque chose avait mal tourné. Et finalement, quelques mois plus tard, quelqu’un a frappé à la porte et c’était son père avec un petit sac de voyage et des affaires de la Croix-Rouge. Il avait passé tout ce temps à l’hôpital en Islande ; et ils pensaient qu’il était mort.

Alors chaque fois qu’il, il m’écrit trois ou quatre fois par an. En général j’envoie quelque chose là-bas. Gentil garçon. Mais avoir fait le tour comme ça c’était vraiment quelque chose. La plupart des gens laissent tomber, pas lui, il est allé jusqu’au bout.

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