Témoignages d'anciens combattants:
Reg Miller

Marine

  • Rev. Reg Miller à Fredericton, Nouveau Brunswick, le 27 juillet 2010.

    Historica Canada
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"Un gars à côté de moi a dit, il a dit, ils ont tous une famille tout comme nous, mais bon sang qu’est-ce qu’on fabrique ? Et ça nous a vraiment bouleversé."

Transcription

On a pris la mer quelque part au mois de novembre, alors que j’avais la main de ma femme un samedi soir et qu’elle avait naïvement accepté. Et je ne suis pas rentré chez moi pendant deux ans et demi ; ce n’est que deux ans et demi plus tard qu’on est revenus en Grande-Bretagne. Nous avons été le premier navire (NSM Valiant) à entrer à Malte après que l’Italie ait déclaré la guerre (entre 1940 et 1942 la Grande-Bretagne et l’Italie se sont battues pour prendre le contrôle sur Malte, à cause de sa situation hautement stratégique). Et on a participé à plusieurs batailles, la Bataille du Cap Matapan (mars 1941) où on avait pourchassé les bateaux italiens toute la journée e ton était le navire le plus rapide de la flotte à ce moment-là. Les (cuirassés) Warspite et Malaya étaient là et on était juste en détachement pour les pourchasser. Je me souviens de l’officier d’artillerie navale qui a croisé mon chemin sur le pont, il a dit : N’est-ce pas formidable, Miller, on va être dans la bataille et bientôt! Et vous faisiez des prières pour ne pas les rencontrer parce qu’il y avait trois cuirassés, italiens et deux italiens, et ils nous auraient fait sauter dans l’eau. On les aurait peut-être touchés mais on aurait été… Mais on ne les a jamais attrapés.

Mais cette nuit-là, je m’en souviens très bien, il était autour de 10 heures du soir, on avançait – toutes lumières éteintes évidemment – dans l’obscurité, et notre radar a repéré ces navires italiens qui naviguaient dans la direction opposée à bâbord. Alors l’amiral, Amiral Cunningham, a donné l’ordre aux destroyers de dégager le passage et on a braqué nos canons de 15 pouces (375mm), on en avait quatre, à double canon, des 375mm. Ça faisait huit canons chacun, sur chacun des cuirassés. On a braqué nos canons à bâbord et trois cuirassés italiens arrivaient là où ils nous ont rattrapés, on pouvait leur envoyer quelque chose à bord, c’était assez près. Et ils ont allumé leurs projecteurs. Prince Philip, le mari de la reine, était enseigne de vaisseau à bord à ce moment-là, Aspirant Mountbatten, on savait que c’était un prince grec, mais pour nous c’était Aspirant Mountbatten, un gars sacrément sympa.

Et il était officier de projecteur à faisceau dirigé. Il se trouvait que j’étais sur le pont supérieur alors à ce moment là et ils ont juste allumé les projecteurs et un des, le croiseur de tête italien était juste en face de nous et en quelques secondes après que les projecteurs se soient allumés, un autre officier de marine s’est assis à côté de moi, il a dit – en anglais de la marine qu’on n’est peut-être pas autorisés à utiliser – mais en fait, il a dit : Voulez-vous bien regardé ça, mon gars ? Et juste au moment où il disait ça, les canons ont tiré et l’ont fait sauter. Et les deux autres bateaux ont eu les deux autres bateaux. On les a coulés, tous les trois. Et notre amiral a envoyé un message aux italiens, que s’ils envoyaient le bâtiment hôpital – on ne pouvait pas s’arrêter pour les récupérer parce que les sous-marins étaient de sortie, ou les u-bootes – et il a envoyé un message aux italiens, s’ils envoyaient le bâtiment hôpital, on ne s’en prendrait pas à lui. Mais évidemment, ils ne nous ont pas crus ou ne nous ont pas fait confiance ou quelque chose comme ça parce qu’on est repassés par là trois ou quatre jours plus tard et la mer était jonchée de corps, debout dans leurs gilets de sauvetage ; des marins, des italiens qui avaient survécu. Et il n’y avait pas un seul sourire à bord où que ce soit. On ne se sentait pas du genre, oh bigre. On en était tous malades. Un gars à côté de moi a dit, il a dit, ils ont tous une famille tout comme nous, mais bon sang qu’est-ce qu’on fabrique ? Et ça nous a vraiment bouleversé.

Et puis évidemment ça a été la Bataille de Crète (mai 1941) pas très longtemps après où on nous a envoyés pour arrêter l’invasion par la mer de la Crète et ça n’est jamais arrivé. Notre maître à bord a dit quelque chose qu’on n’aurait jamais cru possible d’entendre de la bouche d’un capitaine de la marine, il a dit, c’est une mission suicide. Il y avait deux cuirassés, nous – le Valiant – et le Warspite et on est arrivés là-bas de bonne heure le matin et dès que le jour s’est levé, ils ont commencé à nous bombarder, les avions bombardiers en piqué, les bombardiers en piqué allemands. Et ils ont envahi la Crète par les airs. J’ai une photo à la maison d’eux en train d’atterrir en Crète, les troupes de parachutistes atterrissant là-bas. Et ils nous ont bombardés toute la journée. Il n’y a pas eu un seul bateau indemne. On a regardé lorsque qu’il n’y avait pas trop de bombes qui tombaient et ça a touché sur le côté tribord du Warspite et le côté tout entier, les hommes, les canons, tout, est passé par dessus bord. Et heureusement nous, le gars à côté de moi, j’étais sur les canons du pont supérieur à ce moment-là, le gars à côté de moi est venu près de moi et a dit, juste avant que je le fasse, il a hurlé sur le pont à propos de l’avion qui arrivait, nos skippers ont pivoté pour soutenir et ils nous sont passés à côté. Alors on a eu une partie du gaillard d’arrière qui a sauté et c’est tout ce qu’on a eu.

Mais il y avait des bateaux qui coulaient de tous les côtés. Pas un seul bateau indemne et les chasseurs allemands bombardaient, mitraillaient les hommes dans l’eau. Bon, c’était des survivants dans l’eau. C’était vraiment un sale moment.

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