Témoignages d'anciens combattants:
Lillian “Harp” Park

  • Lettre de gratitude envoyée à Lillian Park par un prisonnier de guerre allemand pour la remercier de l'avoir soigné et de l'avoir gentiment considéré lorsqu'il était son patient en janvier 1942.

    Lillian Park
  • Lillian Park était infirmière au Canada pendant les années de guerre.

    Lillian Park
  • Lillian Park en juin 2010.

    Historica Canada
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"juste parce qu’il était allemand ne veut pas dire qu’il n’était pas gentil. Je veux dire, il faisait ce que nos gars faisaient ; il pensait qu’il combattait pour son pays."

Transcription

Un prisonnier de guerre allemand a écrit ça et c’était mon patient. J’avais une chambre avec quatre pilotes, quatre pilotes allemands et ils étaient tous prisonniers de guerre. Mais celui-ci était un très, très gentil garçon. Et il, vous savez, je m’occupais d’eux. J’avais un soldat (qui surveillait la chambre) à l’intérieur et à l’extérieur. Et quand je me suis occupée de ce garçon, et du garçon à côté de lui, ils étaient très gentils. Mais les deux en face étaient des pilotes allemands qui avaient été faits prisonniers et ils étaient très difficiles. C’est pour ça qu’ils avaient un soldat canadien qui traversait la salle avec moi et je ne n’allais nulle part et ne faisais rien à ces soldats sans être accompagnée, sans un soldat avec moi, un soldat canadien. Parce qu’ils étaient hostiles, vous savez, ils étaient contre le Canada. Mais ce garçon et le garçon à côté de lui étaient très gentils ; ce garçon était un très gentil garçon, Ernst Ewers. J’ai oublié pourquoi il était à l’hôpital, mais il était très gentil et il était très intelligent et je vais vous dire, il avait le plus, il avait la croix de fer. Et il avait le plus beau des uniformes, oh, ils avaient de très beaux uniformes. Et quand je suis entrée là pour la première fois, il avait un livre traduit de l’allemand vers l’anglais. C’était un beau livre. Et il s’est révélé être très gentil. Et quand il est sorti de l’hôpital, je n’étais pas en service quand ils l’ont renvoyé de l’hôpital. Quand j’ai été de service à nouveau, on m’a appelée dans le bureau du directeur. Et ils voulaient savoir ce qui s’était passé… J’ai dit, rien. J’ai dit, quand je suis revenue – je l’avais eu pendant une semaine ou dix jours – j’ai dit, rien. J’étais fiancée avec Walter à l’époque, outre-mer, Walter. Il était, je le connaissais depuis toujours et il était pilote et il a été tué juste avant qu’il rentre au pays. Mais quoiqu’il en soit, et j’ai dit, rien ! J’ai dit, c’était un patient. J’ai dit, j’en avais quatre dans une chambre et j’ai dit, les soldats n’avaient pas besoin d’être avec moi quand c’était avec lui, (il y avait) des soldats à l’intérieur de la pièce de toute façon. J’ai dit, ils étaient gentils. Mais les gars de l’autre côté, j’ai dit, étaient hostiles. C’est pourquoi… j’ai dit, c’était un gentil garçon. Donc il avait été renvoyé de l’hôpital et trois jours plus tard environ l’hôpital a reçu ceci (une carte postale) – pour moi, envoyée à mon nom - Ils ne m’ont pas appelée pendant trois jours à peu près. Ils m’ont appelée dans le bureau, j’attendais de recevoir mon diplôme, j’avais terminé, j’allais recevoir mon diplôme. Et ils voulaient savoir ce qui s’était passé. Et j’ai dit, il ne s’est rien passé. J’ai dit, c’était mes patients. J’ai dit, les quatre pilotes allemands étaient mes patients et j’ai dit, il ne s’est rien passé et tout. Alors ils, alors il a sorti ceci et me l’a tendue. Et c’est comme, je m’appelais Harper, Harper Lillian. Et il est écrit, Melle Harler, c’est en allemand, vous voyez, et puis il a écrit ça : Chère Melle Harler, Fanny ! Il m’appelait Fanny, il ne connaissait pas mon nom et bien sûr, je n’aurais jamais, n’ai jamais donné mon nom à aucun patient. Et c’est comme ça qu’il m’appelait. Il disait : « Vous savez qu’il y a dix jours, soudainement, j’ai dû quitter ce merveilleux hôpital. Il n’a pas été possible pour moi de vous dire au revoir à vous et à Melle Armstrong et de vous remercier pour le gentil et difficile traitement que vous avez eu avec moi durant ces jours inoubliables à l’hôpital. Je vous souhaite à vous et à toutes les autres infirmières que je connais la Bonne Année, avec mes meilleurs vœux, bien à vous, sincèrement, Ernst Ewers ». Et c’était un pilote allemand. Et j’ai eu, j’ai dit, c’est ma, ma lettre. Et je sentais, ils l’avaient conservée pendant trois ou quatre jours peut-être, ils voulaient savoir ce qui se passait, un grand bureau à l’hôpital, j’ai dit, rien. J’ai dit, j’avais quatre prisonniers de guerre à soigner. Et j’ai dit, c’était juste un gentil garçon. J’ai dit, pour l’amour de Dieu, juste parce qu’il était allemand ne veut pas dire qu’il n’était pas gentil. Je veux dire, il faisait ce que nos gars faisaient ; il pensait qu’il combattait pour son pays. J’ai dit à Ernst quand il était là-bas, j’ai dit, vous savez, mon fiancé, j’ai dit, l’homme que je vais peut-être épouser un jour, et il comprenait ça et j’ai dit, j’espère que s’il est comme vous, prisonnier en Allemagne, que quelqu’un sera gentil avec lui. Parce qu’il me demandait : « pourquoi vous, pourquoi vous gentille avec moi ? » Et j’ai dit, parce que vous êtes vous aussi un être humain. Vous êtes vous aussi un enfant de Dieu et vous êtes un être humain. J’ai dit, je n’avais aucune raison de ne pas être gentille avec vous. Et c’est ce que je ressentais, vous savez.
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