Témoignages d'anciens combattants:
Germain Nault

Armée

  • M. Germain Nault à Lévis, Québec, le 5 juin 2010.

    Historica Canada
  • M. Germain Nault aux Pays-Bas en juin 1945.

    Germain Nault
  • M. Germain Nault à Nijmegen, Pays-Bas, le 1er janvier 1945.

    Germain Nault
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"C’est comme si je passais au travers d’un gros orage et que je n’avais pas été touché par une goute de pluie."

Transcription

J’ai été transféré en Angleterre, on a monté sur un bateau qui s’appelait [SS] Letitia. On a débarqué à Glasgow [Écosse]. On a été transféré à Aldershot [en Angleterre]. Je voulais aller dans le transport absolument, car je ne pouvais pas marcher. Ils m’ont dit que je ne pouvais me joindre au [Royal] 22e Régiment - j’avais signé avec le 22e - parce qu’ils n’avaient pas besoin de chauffeurs. Si j’allais avec le Régiment de la Chaudière j’avais une place. Ils m’ont transféré à la Chaudière et j’ai fait le restant de la guerre avec eux. Tout le temps que j’étais en Angleterre, j’étais dans le transport. J’ai étudié, j’ai fait des cours de mécanique et de conduite pour pouvoir conduire tous les véhicules. J'ai suivi des cours avancés de mécanique, ce qu’ils appelaient dans ce temps là des « MM » des « Motor Macks » [mécaniciens] pour étudier comment travailler sur des moteurs. Je saute plusieurs étapes de l’histoire. Ils nous ont envoyés suivre une formation pour savoir comment rendre les moteurs étanches à l’eau, de façon à les submerger complètement. Cette formation a duré quelque mois. Nous étions sur une île dans la période des fêtes. Je m’en souviens encore. Une île au nord de l’Écosse. J’ai embarqué dans une barge avec un Bren carrier [chenillette porte-Bren] chargé de munitions. J’ai débarqué à Bernières-sur-Mer [en Normandie, France]. On avait des travaux à faire après nos véhicules pour être capable de continuer à rouler sur la terre. Je suis sorti de mon véhicule et les Allemands me tiraient dessus de tous bords, tous côtés. J’ai toujours été très optimiste et je crois à la destinée, gros comme le bras. J’ai débarqué de mon véhicule et j’étais complètement exposé. Je ne pouvais pas rester là pour le reste de la guerre. Il fallait que je fasse quelque chose. J’ai sorti et j’ai fait ce que je devais faire. J’entendais les balles siller autour de moi. Il y en avait qui frappaient le véhicule, je les entendais frapper sur le véhicule, et je n’ai absolument rien eu. Je faisais souvent la comparaison quand je faisais des conférences dans les écoles; c’est comme si je passais au travers d’un gros orage et que je n’avais pas été touché par une goute de pluie. La journée se continue, il y a des attaques et toutes sortes de choses qui se passent. Le soir vers minuit et demi, 01h00, j’ai débarqué de mon véhicule, car je fournissais des munitions. Les Allemands avaient décidé de contre-attaquer. Ils croyaient être capables de nous faire reculer jusqu'à la mer. Ils ont manqué leur coup. J’ai été fait prisonnier par cinq Allemands dans la nuit vers 02h00 du matin. Quand le jour s’est levé, les Allemands avaient pris une mauvaise direction. On pouvait se faire voir et on était dans nos lignes. Nous sommes entrés dans une maison qui avait été bombardée, mais qui avait un sous-sol encore intact. Parmi les cinq Allemands, il y en avait un qui parlait très bien français. Ils ne m’ont pas magané, ils ne m’ont pas fait de mal. Ils ont simplement fumé mes cigarettes. Le soir venu nous sommes sortis quand il a commencé à faire noir. Ils se parlaient entre eux, mais je ne comprenais rien. Finalement le type qui parlait français m’a dit qu’ils étaient perdus et qu’ils ne savaient pas par où aller. J’ai la chance de m’orienter facilement. Je leur ai expliqué avec quelques repères où nous étions et où nous devions aller. Ils m’ont cru et ils sont partis à l’envers. Nous avons marché une bonne partie de la nuit. Lorsque le jour s’est levé, nous étions devant un de nos régiments et là je les ai reconnus. J’ai donné le mot de passe et ils m’ont reconnu. J’ai dit à l’Allemand qui parlait français, ce sont mes amis, je lui ai fait croire que la guerre était terminée. Je lui ai dit que je préférais mourir qu’être leur prisonnier. Ils devaient se rendre ou je lâchais un cri et les troupes de mon régiment sortaient. Alors, ils se sont donnés prisonniers. Je les ai reconduits aux bateaux, car il n’y avait pas d’endroit désigné pour les prisonniers. Nous nous sommes donnés une poignée de main. Ils m’ont dit que leur guerre était terminée et qu’ils me souhaitaient bonne chance avec la mienne. Je suis retourné sur le front et là ça a continué.
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