Témoignages d'anciens combattants:
Maurice Germain Bossé

Armée

  • Maurice Bossé, en Angleterre. 1942.

    Maurice Bossé
  • Certificat de libération, avec les médailles reçues, incluant la "DCM" (Distinguished Conduct Medal)

    Maurice Bossé
  • La citation qui décrit les ciconstances dans lesquelles M. Bossé s'est vu octroyé la Dinstinguished Conduct Medal

    Maurice
  • Normandy, 1944.

    Maurice Bossé
  • Photo contemporaine de Maurice Bossé

    Maurice Bossé
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"Quand j’ai gagné la DCM [Distinguished Conduct Medal; Médaille de Conduite distinguée], en Allemagne, tu ne gagnes pas ça facilement."

Transcription

Je faisais partie du Régiment de Maisonneuve, c’est un régiment de Montréal. J’ai commencé comme simple soldat et les dernières années, j’étais sergent. Je commandais une section de lance-flammes. [Une section comprenait] trois véhicules avec des lance-flammes dessus.

Nous avons débarqué en Normandie. Le premier choc qu’on a eu avec les troupes Allemandes ça a été à Saint-André-sur-Orne. On se dirigeait toujours vers Falaise et on a passé par la ville de Caen qui était toute détruite. Des chars d’assaut avec des grosses pelles mécaniques en avant nettoyaient les rues pour qu’on puisse passer avec des véhicules.

Quand on est parti de Falaise, la 5e Brigade [d’infanterie canadienne] était en action. Quand j’ai gagné la DCM, Distinguished Conduct Medal [Médaille de Conduite distinguée], en Allemagne, tu ne gagnes pas ça facilement. En France, les Allemands étaient bien équipés. Il y avait un char d’assaut canadien qui avait été frappé par un obus allemand. Les officiers m’ont demandé d’aller libérer les deux gars pris dans le char d’assaut. J’ai été avec toute la section. Pendant que les autres sections tiraient sur les Allemands, j’ai monté sur le char d’assaut et j’ai ouvert la trappe et on a sorti les deux gars qui étaient dedans. C’est là que j’ai gagné mention dans les dépêches, Mention in Dispatches [citation à l’ordre du jour], c’est la première décoration que tu dois gagner avant d’en gagner d’autres [sic].

À côté de la ligne Siegfried [en Mars 1945], c’est là que le Maisonneuve et la 5e Brigade ont commencé à avoir des problèmes. Le Maisonneuve et les Calgary Highlanders n’étaient plus capables d’avancer. C’est là que j’ai gagné ma [deuxième] décoration. Il y avait beaucoup de bunkers... Les troupes ne pouvaient plus avancer. Il y avait beaucoup de blessés également.

J’ai été tout seul en forêt. C’était la forêt Reichswald. Il y avait des francs-tireurs dans les arbres. Il y avait beaucoup de postes de mitrailleuses. C’était des grosses mitrailleuses. Pour me rapprocher de la forêt, je me suis mis debout dans l’arrière du gun carrier [chenillette]. J’avais un lance-flammes et une mitraillette Browning qui tirait 700 balles par minute. J’avais une [mitrailleuse] Bren aussi. Je tirais partout pour être capable d’approcher la forêt. Je me suis fait tirer dans le bras. J’ai dit au chauffeur, qui était un gars de Rimouski, de continuer. Le sang me coulait le long du bras et ça brûlait. Quand on a été proche du bois, on a mis le feu à la forêt et ensuite on a continué. Il y avait encore des bunkers aux abords de la forêt. On a continué, en contournant les haies. Les troupes s’en venaient derrière nous. La Browning n’avait plus de munitions. Sept cents balles, ça ne prend pas de temps à tirer. J’avais encore la Bren alors j’ai tiré un peu partout, aux abords de la forêt où nous étions. Les troupes ont encerclé la forêt. C’est comme ça que j’ai eu ma décoration.

Le chauffeur m’a emmené au camp du Maisonneuve pour me soigner et ensuite on m’a emmené en Hollande et de la Hollande j’ai été transporté en Angleterre en avion. À Saint James General Hospital en Angleterre, j’ai passé cinq ou six mois là bas. Pendant mon séjour ils m’ont apporté ma décoration. Le Maisonneuve a continué et le soir ils avaient pris 200 prisonniers. Quand les Allemands voyaient arriver le lance-flammes qui leur tirait dessus à 200-300 verges, ce n’est pas long qu’ils sortaient avec les bras en l’air. C’est dur sur le moral de ces gars là aussi. J’ai pleuré, qu’est ce que j’ai pleuré, et en même temps j’étais pas mal fier. Mais il me semblait que je n’en avais pas fait tant que ça.

Ils m’ont annoncé que je m’en revenais au Canada. Ça a été une des plus grandes joies que je n’ai jamais eues dans ma vie. Quand je suis revenu ici, je me suis dit qu’il n’y aurait plus de guerre. Que c’était fini tout ça! Je n’ai jamais été une personne violente et quand j’ai commencé à travailler au bureau de poste je suis vite devenu ami avec tout le monde. J’ai l’impression que ça m’a changé en mieux.

Le peuple allemand… En France, nous avons rencontré des SS [Schutzstaffel]. C’était des troupes élites, les meilleures troupes d’Hitler. Au fur à mesure que nous rentrions plus profondément en Allemagne, on a vu des civils. Les civils allemands n’étaient pas des bandits. Parfois ça me faisait penser au Canada. Il y avait beaucoup de fermes, des travaillants, des agriculteurs. Les troupes élites allemandes que nous avons vues à Falaise étaient des SS. Des enfants élevés par l’état. Hitler pour eux c’était comme le Bon Dieu.

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