Témoignages d'anciens combattants:
Harris Edgar Mullin

Armée

  • Harry Mullin à Camp Borden, Ontario, en 1942.

    Harry Mullin
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"Elle a pris une pelle, c’était dans le jardin et elle a déterré une bouteille de champagne, et l’a rapportée à l’intérieur, l’a mise sur la table et c’était quelque chose de bien."

Transcription

(Je me suis engagé) je dirais parce que mes frères étaient tous partis et je pensais que je voulais faire la même chose. Ma mère était, bon, elle avait quatre d’entre nous là-bas et elle nous écrivait chaque semaine. On s’écrivait régulièrement. Mais mes trois frères sont tous allés en Italie avant le Hollande. Ils étaient à trois kilomètres de la plage à peu près quand on a débarqué parce qu’on était derrière. Et à partir de là j’ai fait le même travail tout le temps jusqu’à la fin. Conduire les troupes de soldats, on emmenait les soldats au combat ; ils allaient au combat et remplaçaient les autres pour qu’ils prennent un peu de repos. Et s’il y avait des prisonniers, on ramenait les prisonniers et c’était ça notre travail vraiment. On n’avait pas de problèmes avec eux. Bon, ils savaient que c’était fini et, bien sûr, on leur avait confisqué toutes leurs armes ; et on les faisait monter à l’arrière de nos camions ; et on avait un garde pour les surveiller et le chauffeur. Et on les ramenait au camp, et puis quelqu’un d’autre les reprenait de là. On les ramenait juste à l’endroit le plus proche. On n’était pas sous le feu de l’ennemi tout le temps, naturellement, mais on allait au combat et en général on se retrouvait sous le feu de l’ennemi quand on amenait les soldats pour remplacer les autres. En France, avec deux amis un jour on est allés dans une maison ; et il y avait un homme et deux femmes dans la maison. Je dirais que c’était sa femme et sa mère ou sa belle-mère. Et il avait été blessé quand le barrage était en place et il ne pouvait pas se lever. Ils n’avaient pas de nourriture, alors on est allé piquer un peu de nourriture et on leur a apporté. Et l’homme a dit quelque chose à sa femme, on ne comprenait pas le français à l’époque, mais il a dit quelque chose à sa femme. Elle a pris une pelle, c’était dans le jardin et elle a déterré une bouteille de champagne, et l’a rapportée à l’intérieur, l’a mise sur la table et c’était quelque chose de bien. (rires) Bon, il leur fallait tout cacher en fait. Elle avait pris la pelle dans un placard de la cuisine. Il fallait qu’ils cachent tout, pas seulement la nourriture et les boissons ou, mais apparemment, ils devaient cacher tous leurs outils aussi. En fait, on suivait le front (de bataille) ; et quand ils repartaient en arrière, nous on allait de l’avant. Et parfois ils contrattaquaient et on devait repartir en arrière nous aussi. C’est arrivé. On n’avançait pas tout le temps. Mais c’est comme ça que ça fonctionnait ; généralement il y avait un gros barrage et ils reculaient et nous on avançait. Et c’est comme ça que ça s’est passé pendant toute la traversée. La Hollande ça bouchonnait. On est restés un long moment en Hollande du côté de Nimègue. C’était très différent la France, la Belgique et la Hollande. Les gens étaient très gentils. Ils étaient contents de nous voir. Mais quand on est arrivés en Allemagne c’était complètement différent. Les gens étaient, les civils étaient prêts à tuer quelqu’un, comme l’armée. En fait, ils ont d’ailleurs tué deux des nôtres, les civils (allemands). On est partis avec un paquet de soldats une nuit, je crois qu’ils étaient dans le Algonquin Regiment (régiment d’infanterie de réserve), parce qu’on avait trois régiments qui se déplaçaient avec nous. Et on les a emmenés une nuit et les allemands, ils avaient l’habitude de nous avoir quand on y allait et, en général c’était des tirs de mortier, et une nuit, on y est allés et ils nous ont attrapés avant qu’on les aient déchargés et il y a eu un obus de mortier qui a atterri à l’arrière d’un de nos camions. Ils ont tué 17 hommes, juste comme ça. Ils ont tous sauté. Mais c’est ce qui arrivait. On n’était pas dans les tranchées, mais on se faisait tirer dessus comme ça quand on rejoignait le champ de bataille. En fait, j’ai fait des cauchemars pendant des années après être rentré. Je rêvais à des choses, vous savez, et j’avais toujours des ennuis. Mais j’ai réussi à dépasser ça, maintenant je n’en ai plus.
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