Témoignages d'anciens combattants:
Harry Andrews Roberts

Armée

  • Télégramme décrivant la nature des blessures de Harry Roberts daté du 18 septembre 1944. "Quand j'ai annoncé à ma mère que j'avais survécu, grace à vraisembablement une série de miracles, elle m'a dit qu'elle avait prié pour moi tous les jours."

    Harry Roberts
  • Certificat de reconnaissance de bon service du Maréchal Montgomerey, remis en février 1945.

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  • Médaille du "Chevalier de l'Ordre National du Mérite" remise à Harry Roberts en avril 1995 le gouvernement français a remis l'honneur à un homme provenant de chacun des bataillons présent lors du jour-j.

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  • Portrait de Harry Roberts âgé de 21 ans, pris en juillet 1945 à Londres en Angleterre après sa convalescence.

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"On a passé toute la matinée à récupérer les cadavres des gars de la compagnie du Winnipeg Rifles qui avaient été tués et on les allongeait dans une grande tranchée, faite au bulldozer, et ils devaient être récupérés plus tard pour être enterrés correctement. Ce fut un des jours les plus tristes de toute la guerre pour moi, évidemment."

Transcription

Je m’appelle Harry Andrews Roberts et j’ai servi dans le 1er bataillon du Canadian Scottish Regiment (Princess Mary’s), mobilisé à Victoria en Colombie-Britannique (manège militaire de la rue Bay). En fait, nous avons débarqué, je crois, à peu près une heure et demie après que les premières troupes aient atteint la plage et aient pu… Nos paquetages étaient étanches, évidemment. Mais je ne me souviens pas qu’on nous ait tirés dessus avant d’avoir quitté la plage et être un peu plus avant à l’intérieur des terres; et puis quelques tirs de mitrailleuse du côté de la chenillette et l’on était en guerre. Deux jours après le jour J., on a fait une contre-attaque pour libérer le, ou pour reprendre le terrain perdu par le (Royal) Winnipeg Rifles quand les Jeunesses hitlériennes (Hitlerjurgend) les avaient submergés, la 12e (division Panzer) SS des Jeunesses hitlériennes. De toutes les divisions allemandes, ils étaient les plus fanatiques. Il s’agissait de gamins enlevés à leur famille et élevés dans une idéologie démente, à savoir qu’ils étaient des surhommes et avaient le droit de disposer de n’importe qui comme bon leur semblait, sans conséquences. C’était vraiment des exterminateurs, c’est le seul mot qui convienne pour les décrire; et l’on s’est battus contre eux à plusieurs reprises, pendant toute cette année-là. Et finalement, ils ont été décimés. Ils ont été littéralement décimés. Sur une division de 20 000 hommes, je crois qu’il n’en restait plus que 300 à la fin de la guerre. Évidemment, on a subi de très lourdes pertes nous aussi. Jour J. plus deux (deux jours après le jour J.), on était en train de creuser des tranchées à l’intérieur du quartier général de la Compagnie A dans un verger près de Putot-(en-Bessin). Un de nos artilleurs avait perdu son casque, et il avait peur de se tenir debout dans sa tranchée, alors je suis sorti pour lui en trouver un et à seulement quelques mètres de là, j’ai trouvé les corps de quatre soldats du Winnipeg qui avaient été capturés, et dépouillés de leurs armes et de leurs sangles, à qui l’on avait tiré une balle dans la tête et dans les mains, exécutés après, comme des prisonniers de guerre. Et, bien sûr, après ça, si l’on avait encore des scrupules à tuer l’ennemi, on n’en avait plus le moindre après ça. Ils ont fait appel à des volontaires pour aider à récupérer les cadavres dans le champ de blé qu’on avait traversé en avançant; et je suis allé avec eux. On a passé toute la matinée à récupérer les cadavres des gars de la compagnie du Winnipeg Rifles qui avaient été tués et on les allongeait dans une grande tranchée, faite au bulldozer, et ils devaient être récupérés plus tard pour être enterrés correctement. Ce fut un des jours les plus tristes de toute la guerre pour moi, évidemment. Et ensuite, on s’est battu pour faire partir les Allemands du canal de l’Escaut et ouvrir l’accès au port d’Anvers, afin qu’ils puissent apporter le ravitaillement permettant à l’armée de poursuivre sa tâche. Et les combats furent terribles, épouvantables et difficiles. Et de là, on est remonté jusqu’à Nimègue en Hollande; et l’on a finalement réussi à s’installer là-bas pour l’hiver. Moi j’avais manqué une bonne partie de tout ça parce que j’avais été blessé juste après qu’on ait traversé la Seine (rivière en France). Après Nimègue, on était au bord du Rhin et on y a passé, oh, deux mois. Et ensuite, on a attaqué pour retourner en Allemagne. On a eu des pertes importantes, des combats très durs et on a dégagé la rive gauche du Rhin, on a traversé le Rhin et on est entrés à Emmerich en Allemagne. Et ensuite, on a repris la route jusqu’au nord de la Hollande, le nord et l’ouest de la Hollande; et on a pu participer aux célébrations de ces gens qui avaient enduré les pires conditions d’occupation, l’esclavage et la faim, les mauvais traitements, sans jamais savoir d’un jour sur l’autre s’ils allaient se faire arrêter ou s’ils allaient avoir assez à manger. Et la vie était un véritable désastre et, bien sûr, la joie de ces gens, ça m’est toujours resté. Vous allez là-bas et ils accueillent tous les Canadiens à bras ouverts.
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