Témoignages d'anciens combattants:
Gordon Henry Smith

Marine

  • Gordon Smith (deuxième depuis la gauche-rangée du haut) au retour d'une mission de déminage avec la Royal Navy dans la Mer du Nord en 1945.

    Gordon Henry Smith
  • Gordon Smith, âgé de 15 ans en 1942, lorsq'il était méssager à vélo pour la civil defence à Londres en Angleterre.

    Gordon Henry Smith
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"J’allais au poste de premiers soins et une ambulance se dirigeant vers un lieu bombardé ramassait tous les brancardiers volontaires, et nous emmenait peu importe où une bombe ou des mines avaient explosé."

Transcription

Je suis allé à un poste de garde de l’ARP – ARP signifiait Air Raid Precautions [Précautions contre les attaques aériennes]. Plus tard, c’était appelé la Défense civile et reconnu comme une défense civile, mais nous l’appelions l’ARP. La nuit, je devais prendre mon tour à la surveillance des incendies, et cela signifiait qu’à cinq heures du matin, je devais aller sur la terrasse, qui était au sixième étage – l’équivalent du septième étage canadien –, sur un toit plat. Les propriétaires du bâtiment avaient judicieusement évacué et étaient partis à la campagne, et avaient laissé la maison vide. C’était un beau logement, mais nous y allions lorsque nous étions en surveillance. Le gouvernement nous avait donné une petite ration de thé et de sucre, ce qui était une grosse, grosse faveur, parce que nous étions sévèrement rationnés. Généralement, durant la nuit, ça sonnait vers onze heures et une voix féminine était sur la ligne et disait : « Forte, grande force d’avions ennemis traverse le Canal; cible apparente : sud-est de l’Angleterre. » Puis, évidemment, nous mettions notre casque et nous allions sur le toit plat.

Peu après, le téléphone sonnait de nouveau et l’un de nous y retournait. Le message était généralement : « Les forces ennemies composées de bombardiers et de chasseurs ont atteint la côte. Cible apparente : Londres. » D’où nous étions – Londres n’était qu’à 70 miles de la côte de toute façon –, ce n’était pas long avant que nous voyions, plus loin au sud de nous, des projecteurs de recherches qui sillonnaient le ciel, puis le crump, crump des tirs antiaériens qui s’abattaient.

Nous restions donc là-haut, et notre travail était de rapporter de nombre d’incendies qui s’étaient déclarés et leur position. Ce message allait au quartier général de la Défense civile et, de là, il allait à Brigade des incendies de Londres. Parfois, nous étions là-haut et je pouvais dire : « Il semble y avoir deux incendies à Piccadilly ».

Quand j’ai eu seize ans, j’étais considéré assez fort pour être un brancardier. Ainsi, toujours lors des raids aériens, j’allais au poste de premiers soins et une ambulance se dirigeant vers un lieu bombardé ramassait tous les brancardiers volontaires, et nous emmenait peu importe où une bombe ou des mines avaient explosé. Malheureusement, il était nécessaire de transporter des bouts et des parties, vivants ou mort, en attendant les ambulances. Généralement, il y avait la vieille ambulance de guerre – ce n’était pas les blanches; en bien, nous avions quelques ambulances blanches qui appartenaient au Conseil du Comté de Londres et à des hôpitaux précis, mais elles n’étaient jamais assez près pour les victimes. Il y avait des milliers de victimes, et il n’y en avait aucune de près, il n’y en avait pas assez, loin de là. Voilà tout ce qui concerne les ambulances blanches.

Nous avions donc les ambulances Bedford à quatre roues motrices, celles de l’armée, qui transportaient quatre brancards chacune. Je peux toujours me souvenir des demoiselles, elles faisaient partie des Services volontaires féminins (Women’s Volonteer Service), qui conduisaient ces ambulances, qui avaient une certaine connaissance des premiers soins et elles disaient : « Nous en avons déjà trois avec nous, dépêchez-vous, nous devons aller à l’hôpital, il y a un garrot sur deux d’entre eux. » On voulait embarquer le quatrième avant que l’ambulance ne parte. C’était donc très stressant pour un gars de seize ans. Je pense que c’était parfois assez choquant, ce que nous devions ramasser et transporter.

Je me suis donc ensuite porté volontaire pour la Marine royale. Ils ne m’ont pas appelé avant que je ne sois âgé de dix-sept ans et demi. J’ai donc continué à transporter des brancards et à surveiller les incendies. En 1944 – pardon, au début 1945 –, ils m’ont rappelé dans la Marine royale et je devais aller à la Baie de Cardigan et dans l’océan Atlantique, et nous remorquions – et parfois nous coulions – des débris qui provenaient de navires qui avaient été coulés ou endommagés. Deux fois, nous avons remorqué des mines qui dérivaient, auxquelles la Marine était très intéressée. Nous avons donc sorti une longue corde, attaché la mine et l’avons très doucement transportée, tout en laissant 100 pieds de corde entre le navire et la mine, jusqu’à la place, où les experts de la Marine venaient et l’analysaient pour déterminer si elle avait des caractéristiques qui pouvaient être utiles dans les guerres futures de la Marine britannique.

Nous patrouillions dans la Mer du Nord et le canal d’Angleterre; encore une fois, à cette époque, nous coulions des mines qui étaient remontées et flottaient. Plusieurs démineurs sortaient et, généralement, ils remorquaient des appareils appelés des paravanes, qui faisaient remonter les mines, et ils les détruisaient en tirant dessus. Parfois, cependant, une mine se libérait et n’était pas coulée ou détruite par les démineurs, qui continuaient leur route. Notre travail était donc de faire couler ou de détruire les mines qui flottaient. C’était très nécessaire, même si la guerre était finie, de garder des corridors navals sécuritaires, afin que les vivres puissent être acheminés vers l’Europe continentale.

Beaucoup de choses qui se passaient durant la guerre n’ont pas été reconnues, parce qu’elles ont été accomplies par de l’effort civil.

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