Témoignages d'anciens combattants:
Thomas Augustus “Gus” Cossitt

Marine marchande

  • Carte d'identité d'enregistrement national de Terre-Neuve utilisée par Gus Cossitt pendant les années de guerre.

    Gus Cossitt
  • Page intérieure de la carte d'identité d'enregistrement national de Terre-Neuve utilisée par Gus Cossitt pendant les années de guerre.

    Gus Cossitt
  • Document de garde cote de la Marine Marchande des États-Unis attribué à Gus Cossitt, 1943.

    Gus Cossitt
  • Gus Cossitt (au centre) et ses camarades d'équipage à bord d'un navire marchand, 1947.

    Gus Cossitt
  • Carte d'identité de non-résident américain pour traverser la frontière, attribuée à Gus Cossitt le 11 septembre 1943.

    Gus Cossitt
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Écoutez ce témoignage

"Le Corner Brook avait la réputation d’être le bateau porte-bonheur. Il a fait la traversée jusqu’au Royaume Uni soixante dix fois, et d’autres endroits aussi. Son capitaine, à ce moment-là, c’était C.K."

Transcription

Le premier bateau c’était un grec et je me suis engagé à peu près à la dernière minute et je suis parti avec lui, et n’y suis resté que quelques mois. Je suis descendu et je me suis retrouvé, je suis arrivé au Royaume Uni. J’ai rejoint un des bateaux de la Bowater (compagnie de paquebots) en Angleterre, le Corner Brook, qui tient son nom de la ville ici ou de la ville à l’époque. Et je suis resté sur ce bateau pendant, en fait, j’ai navigué deux fois à son bord. La première fois, j’y suis resté onze mois ; et la fois suivante, j’y ai passé huit mois je pense. Entre temps, j’ai été sur d’autres bateaux aussi. Alors vous savez, il y a eu plusieurs traversées de convois pour le Royaume Uni et puis l’Afrique de l’ouest.

Voyez, il a été construit en 1925 pour être un transport de papier. Il a été construit à Newcastle-upon-Tyne. Il y en avait deux qui ont été construits à ce moment-là pour la compagnie de papier (Bowater) ici à Corner Brook (Terre-Neuve). L’un s’appelait le Humber Arm et l’autre le Corner Brook. Le Corner Brook avait la réputation d’être le bateau porte-bonheur. Il a fait la traversée jusqu’au Royaume Uni soixante dix fois, et d’autres endroits aussi. Son capitaine, à ce moment-là, c’était C.K. Homer. Et il a été douze fois, c’était le navire Commodore, ce qui veut dire que c’était le bateau leader du convoi. Il transportait à son bord le commodore (le commandant) et l’une des raisons pour lesquelles les commandants adoraient le Corner Brook, c’est qu’il était rapide, il était propre, et on mangeait bien à bord. Et ces gens-là étaient bien logés. C’était un peu différent pour les équipages, évidemment, mais néanmoins, c’est pour ça que je…

Il a fait 68 ou 70 traversées, j’ai oublié. C’était la moitié de ça parce qu’il fallait qu’il fasse l’aller et le retour évidemment, c’est comme ça que vous atteignez les 70 là. Mais voyez, c’était un sacrément bon navire. Il naviguait sous pavillon, avec la cheminée aux couleurs de Furness Withy, qui étaient les agents pour la compagnie Bowater et c’était ça à l’époque.

Quand je me suis engagé, il y avait quelque chose qu’on appelait matelot débutant. Et ensuite je suis devenu marin qualifié. Ensuite il y avait un autre grade, à cause du manque de matelots de 2ème classe, ils avaient une nouvelle sorte de matelot on devait passer un examen pour ça, et si vous connaissiez votre matelotage suffisamment bien, vous étiez désormais un HPC, ce qui était un homme de pont compétent. Et vous receviez le salaire d’un matelot de 2ème classe, moins une livre – c’était des salaires anglais, au fait, une livre sterling de moins. Et après vos quatre ans comme simple matelot, vous deveniez finalement un matelot compétent au sens propre du terme. Et à cette époque, c’était quatre ans comme simple matelot. Si vous passiez six mois sur un bateau, vous aviez une période d’arrêt de un mois. Le mois où vous n’étiez pas sur le bateau ne comptait pas dans vos quatre années, ça devait être quatre ans passés en mer et c’était comme ça à l’époque.

Et si vous étiez assez malchanceux, c’était tout à fait injuste, si vous aviez la malchance d’être torpillé ou miné, ou naufragé et de perdre votre bateau, à la minute même où le bateau était perdu, votre salaire cessait d’être payé. Vous alliez dans un bateau de sauvetage, vous ne receviez pas un sou pour ça, que vous y passiez cinq minutes ou cinq jours, ou cinq mois, vous n’étiez pas payé. Et puis votre salaire, l’arrêt de salaire sans délai.

Des années plus tard, certaines de ces compagnies vous remboursaient les vêtements perdus. C’était votre équipement que vous perdiez et tout le reste. Et la plupart des matelots n’avaient pas tant de vêtements que ça de toute façon, alors à cette époque quand un costume ne coûtait que dans les 18 ou 19 dollars, vous savez, vous vous retrouviez avec pas grand-chose.

Mais le pire dont je me souviens, comme je dis, j’ai adoré chaque minute, mais le pire c’était dans l’Atlantique Nord en hiver. C’était l’endroit le plus froid au monde. Et la glace, la glace, vous la coupiez et la débitiez en petits morceaux, et on avait toujours l’impression d’avoir froid, on avait toujours l’impression d’être mouillés. Et on a servi sur des tas de bateaux anglais et comme j’étais terre-neuvien, leur cuisine c’est un petit peu différent de la notre. Et on avait de la nourriture fraiche les deux premiers jours et après ça, on était à cours. Et, bien sûr, on avait plus de curry et de riz, et du mouton, du mouton, et encore du mouton, Seigneur. Je ne peux toujours pas porter de chaussettes en laine aujourd’hui. En tout cas, comme je l’ai dit, je me suis régalé tout le long. C’était bien et j’avais de bons copains sur le bateau, et j’ai servi sur de bons navires, de bonnes compagnies. Certaines, évidemment, étaient mieux que d’autres, mais j’ai eu beaucoup, beaucoup de chance, les bateaux que j’ai choisis, ceux sur lesquels je me suis retrouvé. Comme toujours, je disais, je voulais faire ça et comme je voulais faire ça je m’en suis bien sorti tout le temps.

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