Témoignages d'anciens combattants:
Jean Paul “JP” Dallain

Armée

  • Charles et Jean-Paul Dallain, 1941

    Jean-Paul Dallain
  • Jean-Paul Dallain, Document militaire, 1946

    Jean-Paul Dallain
  • Carte géographique de Hong Kong, 1941

    Jean-Paul Dallain
  • Photographie de Jean-Paul Dallain prise au Japon, en 1943.

    Jean-Paul Dallain
  • Jean-Paul Dallain dans les années 1940.

    Jean-Paul Dallain
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"À Niigata où j’étais, on était divisé en trois groupes. J’étais dans une aciérie, une fonderie d’acier; d’autres travaillaient sur les quais à manigancer du charbon, et les autres étaient dans les mines."

Transcription

New Carlisle (Québec) a fourni beaucoup de soldats pour la Première Guerre mondiale. Entre les deux guerres, tous les mois de novembre à l’Armistice, il y avait toujours une grande parade à New Carlisle. Mon frère s’est enrôlé un an avant moi, à Québec. Ça ne me dérangeait pas parce que je voulais m’enrôler. Il a fallu que j’attende un peu, car j’étais trop jeune.

Si on avait quelques régiments, on faisait un bon bluff aux Japonais [qui menaçaient d’attaquer Hong Kong, une colonie britannique à l’époque]. On va leur dire qu’on est sérieux et qu’on va défendre la place. Notre politicien, [le premier ministre] Mackenzie King, puis il y avait un major-général, j’oublie son nom, qui avait de l’influence. Notre gouvernement était ignorant de l’affaire parce que le ministre responsable de l’Air dans le temps, [Charles] ‘Chubby’ Power, son fils était lieutenant avec nous [dans le régiment des Royal Rifles of Canada]. Alors s’ils avaient connu la moindre chose, ils se seraient opposés, mais ils ne voyaient pas la différence. C’est arrivé comme ça. Parmi nos officiers, on avait les deux frères Price de la compagnie Price Brothers, un des deux était major. Notre bluff n’a pas marché. [En décembre 1941, le Japon attaqua Hong Kong avec une force écrasante qui finit par forcer la capitulation aux forces japonaises. Les soldats canadiens refusèrent de se rendre, mais ceux qui survécurent à la bataille furent capturés et emprisonnés à Hong Kong et au Japon, jusqu’à la fin de la guerre, en 1945.]

[Devenir prisonnier de guerre], c’est un peu comme une maladie ou un accident. On ne prévoit pas, on ne sait pas. On vit au jour le jour. Une fois là-bas, la première année, il y a beaucoup de maladies et de mortalités par la dysenterie. Éventuellement, les Japonais ont envoyé une première corvée de prisonniers canadiens au Japon. « Vous allez être bien là-bas. » C’était pire. On faisait toujours allusion à l’empereur. Il y avait plusieurs camps au Japon où les Canadiens étaient captifs. On dit souvent dans les écrits que [le camp de] Niigata était le pire pour la mortalité. Je ne veux pas dire que les autres camps étaient des pique-niques non plus.

À Niigata où j’étais, on était divisé en trois groupes. J’étais dans une aciérie, une fonderie d’acier; d’autres travaillaient sur les quais à manigancer du charbon, et les autres étaient dans les mines. Il y avait trois groupes qui allaient au travail. Un bon matin, ils nous ont annoncé qu’on n’allait pas au travail. Oh? On savait que la fin s’en venait, mais on ne savait pas comment, naturellement. On s’attendait que s’il y avait une invasion de l’île, que les Japonais qui nous avaient trop mal traités devraient nous finir tous. Il n’y aurait personne pour parler. On s’attendait à ça. Dans ce temps-là ou après, ils ont trouvé des écrits qui disaient d’exterminer les prisonniers dans les camps. Alors, on s’attendait un peu à ça. Il n’y pas grand-chose qu’on pouvait faire. Même si tu te sauves où peux-tu aller? Tu es un homme blanc dans ce pays là. Ils vont te repérer à un mile. Les pauvres Japonais n’avaient rien non plus et commençaient à avoir faim, vers la fin de la guerre.

Le dernier mois qu’on allait au travail, les avions américains basés sur des porte-avions venaient bombarder la nuit, alors on devait se lever et passer la nuit dans des souterrains pleins de puces. On se faisait mordre à mort. Le lendemain matin, on devait aller travailler. Les avions américains tiraient sur les camps avec des mitraillettes pendant qu’on travaillait. Ils ne savaient pas qu’on était là. Les Américains contrôlaient l’air et la mer donc c’était seulement une question de temps. On ne voyait jamais les avions japonais. Une fois après le travail, on était en train de se faire fouiller avant de prendre la route et on a entendu un gros bang sur notre havre de mer – on a travaillé sur le bord de la mer pendant un temps - les Américains avaient largué des bombes sur le havre.

On a pris le train et nous sommes allés à Yokohama [Japon] nous faire examiner par des médecins américains. De là, nous avons embarqué sur un bateau d’assaut fait pour transporter des bateaux d’assaut - de grosses portes à l’arrière s’ouvraient pour les bateaux – et qui pouvait transporter 1,500 hommes, pour une invasion. Nous sommes allés à l’île de Guam. C’est de là que les Américains partaient pour bombarder le Japon, la nuit. Il y avait des [bombardiers] B-29 à perte de vue, pas croyable! Des bâtiments grands comme des granges remplies de papiers pour la bureaucratie, pas croyable! Les Américains étaient rendus à 6 000, 7 000 miles de chez eux.

De Guam, on est allé à Hawaï, Pearl Harbor. On a eu le droit de débarquer une journée ou deux. Ensuite à San Francisco, et par train jusqu'à Seattle ou Victoria. On restait quatre, cinq jours à chaque endroit pour s’acclimater un peu après quatre ans à ne rien voir. Au Canada, des gens sont venus nous donner des conférences. On ne savait pas ce qui s’était passé depuis 1941.

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