Témoignages d'anciens combattants:
André Joseph Williams

Armée

  • André Williams à Kootenay, Colombie-Britannique, en 1944.

    André Williams
  • André Williams avec sa guitare à Petawawa, Ontario, 1943.

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  • Portrait de groupe à Petawawa, Ontario, le 14 septembre 1944.

    André Williams
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"J’avais contracté l’anthrax. J’espérais que l’antidote serait efficace."

Transcription

Mon nom c’est Gunner [artilleur] André Williams, 20e Régiment d’artillerie de campagne,72e Batterie. Un de mes frères combattait en Angleterre et l’autre en Italie. J’ai décidé de m’enrôler dans la Royal [Canadian] Air Force, l’aviation. Je suis allé là-bas pour m’enrôler. Ils m’ont passé un check-up [examen médical]. Ils m’ont dit que je n’étais pas assez bon, ils m’ont demandé ce que je voulais faire dans l’aviation. Ils m’ont dit que c’était eux autres qui donnaient les ordres. Ils m’ont passé un check-up et ils ont décidé que j’avais les pieds plats et un souffle au cœur. Donc ils m’ont dit que je n’étais pas éligible pour l’armée de l’air. Je leur ai dit qu’ils pouvaient se mettre leur emploi où je pensais. Ils m’ont dit que puisque j’avais signé, ils pouvaient me replacer où ils voulaient. Les soldats déclassés qui n’étaient pas assez bons pour aller de l’autre bord c’était des soldats de langue française. Je ne veux pas me vanter, mais j’étais un des rares qui était bilingue.

J’ai eu l’ordre de me présenter à Longueuil. Pour une raison ou une autre, je ne voulais plus parler anglais. Je voulais savoir ce qui arrivait avec mon état de santé. Ils se sont dit que puisque j’avais les pieds plats je ne pourrais pas marcher avec l’infanterie. Ils pensaient que je serais un bon chauffeur de FAT [Field Artillery Tractor, tracteur d’artillerie], c’est un camion qui tire les canons. J’ai passé devant le review board, un genre d’évaluation. Ils m’ont dit : « Gunner Williams, take your clothes off [déshabillez-vous]. » J’ai dit : « Qu’est-ce qu’il dit lui ? » Ils m’ont demandé si je parlais anglais, je leur ai dit que non. Je voulais savoir pourquoi ils m’avaient déclassé. J’étais bon ou pas bon ? Ils ont commencé à me poser des questions. Ils m’ont fait marcher le long des fenêtres. C’était comme Sherlock Holmes, ils regardaient mes empreintes de pieds à la loupe. Après presque une heure ils m’ont demandé par l’intermédiaire d’un interprète si je voulais partir outremer. J’ai dit, ça fait trois fois que je tente d’aller rejoindre mes frères dans l’infanterie. Ils me disent dans l’armée qu’on ne descend pas, qu’on monte. D’après moi, que ce soit l’infanterie ou l’air force on a tous un travail à faire et il faut le faire au mieux.

Tout ce temps-là, je parlais avec un interprète. [L’officier] répétait: «Tell that guy he won’t go overseas [Dis à ce gars qu’il ne partira pas outremer] ». Je lui ai répondu : « Why, Sir? » Il y a eu un moment d’hésitation. Les yeux lui ont sorti de la tête. Il avait un crayon dans les mains. Il a commencé à me frapper dans le visage avec son crayon. Si ça avait été quelque chose de solide, je ne serais pas là pour en parler. Il m’a dit « You son of a bitch ». C’est un mot que je n’ai jamais digéré. Quelqu’un m’aurait traité d’enfant de chienne, ou de bâtard, j’aurais pu tuer pour ça. Il dit, « You will regret this for the rest of your life. » Je vais t’envoyer dans une place où tu vas le regretter toute ta vie. Je lui ai dit « Any place, Sir. » Il m’a dit : « Sign here » alors j’ai signé et ensuite il a dit « Take that man away from me »; enlève ce gars-là de devant moi je vais le tuer. Il m’a dit qu’il y avait une goélette au large de la Grosse Île qui venait de faire naufrage. La moitié de la garde de Grosse Île s’était noyée. Il avait besoin de beaucoup de soldats à Grosse Île. Alors, ils nous ont envoyés là bas. En arrivant sur l’île, ils nous ont informés qu’on faisait partie d’un secret militaire [le ministère de la Défense y avait installé une station de recherches expérimentales pour la guerre bactériologique, notamment sur l’anthrax et la peste bovine]. Pas le droit de caméra, pas le droit d’écrire ce qui se passait sur l’île. Nous avions un paquet de restrictions.

Une journée, moi et mes deux amis avons volé un contenant d’œufs. Nous nous sommes installés et avons procédé à faire des trous et à boire les œufs. Le lendemain le colonel nous a parlé et il nous a informés que c’était très dangereux d’avoir mangé ces œufs. Ils pourraient contaminer l’île au complet et peut-être contaminer Montmagny, Sainte-Anne-de-Bellevue. Le monde entier pourrait être contaminé. Je ne croyais pas à ça. Il m’a demandé où était le contenant. J’ai été le chercher. La chance était pour nous autres. Ils étaient bien emballés et propres. Les œufs étaient contaminés. Ils avaient eu le même problème en Alberta, sur une petite ferme et tous les moutons sur une grande étendue avaient été contaminés.

Apparemment ça faisait trois jours que j’étais malade. Je ne croyais pas à ça. Quand j’avais froid, ils me couvraient et quand j’avais trop chaud, ils me donnaient des bains de glace. J’avais contracté l’anthrax. J’espérais que l’antidote serait efficace. Je me suis dit « Hope for the best »; pour le meilleur et pour le pire. Ça c’est avéré que c’était pour le meilleur. C’est pour ça que je vous conte cela aujourd’hui.

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