Témoignages d'anciens combattants:
Bill I. Hann

Armée

  • Bill Hann (premier rang au centre) et ses camarades du régiment de terrain No. 166 (Terre-Neuve), Artillerie Royale, Afrique du Nord, janvier 1943. Les frères de M. Hann: Harold (premier à gauche en haut) et Vic (premier à droite en haut) sont également sur la photo.

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  • Bill Hann (au centre) et son frère Vic (à gauche) prenant le thé à l'auberge de l'armée du salut à Londres, Angleterre, en 1940.

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  • Bill Hann, juste après son enrôlement à Corner Brook, Terre-Neuve, 1940.

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  • Train transportant la première vague d'engagés depuis l'ouest Terre-neuvien, quittant Corner Brook, le 12 mai 1940. Bill Hann fait un signe de la main depuis l'avant du train.

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  • Lettre envoyée à Sir Anthony Eden, le secrétaire d'Etat britannique pour la guerre, par l'artilleur Bill Hann le 15 juin 1944. La lettre rappelle à Sir Anthony la promesse qu'il a faite concernant toute plainte du personnel militaire de Terre-Neuve. La lettre de Bill Hann a été lue à la Chambre des Communes et les militaires Terre-neuviens ont par la suite obtenu une permission.

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"Il n’a pas vraiment saisi ce que je disais alors j’ai tourné mon épaule pour lui montrer l’écusson de Terre-Neuve dessus. Tout d’un coup il a dit, je connais très bien votre pays et je vous bénis tout spécialement, vous, votre famille et vos amis."

Transcription

Ils (les terre-neuviens) sont arrivés en Angleterre en avril 1940. On a été le premier contingent sur la côte ouest. On avant emménagé dans les huttes préfabriquées qu’ils avaient libérées et j’ai aperçu des journaux dans le coin, des vieux journaux. J’en ai pris un et le gros titre c’était, « Anthony Eden (secrétaire aux affaires étrangères britannique) souhaite la bienvenue aux terre-neuviens sur les côtes de Grande-Bretagne. Si vous avez des plaintes à formuler, faites le moi savoir. »

Nous (le 166ème régiment de campagne terre-neuvien, artillerie royale) avons fait notre part dans la campagne d’Afrique du Nord et on était repartis pour prendre part à la campagne d’Italie. Les alliés avaient débarqué en Europe le jour J, le 6 juin 1944. Et cette invasion se passait bien. J’étais tout à fait sûr que la fin de la guerre était proche. La campagne d’Italie était pratiquement terminée et de nombreuses troupes alliées qui avaient été loin de leur pays pendant quatre à cinq ans allaient rentrer chez elles en permission. Mais il n’y avait pas un mot à propos d’une permission pour que les terre-neuviens rentrent chez eux.

Je me suis souvenu des mots d’Anthony Eden dans ce journal anglais. Je lui ai écrit. Ma lettre a été lue à la Chambre des communes et deux semaines plus tard, on nous a donné une permission pour rentrer chez nous. C’était mon tour de partir en perm en avril 1945. J’étais en permission chez moi quand la guerre en Europe s’est terminée le 8 mai 1945.

Pendant la campagne d’Italie, j’étais à Naples à suivre un cours sur les transmissions. Rome était désormais occupée par les alliés. J’avais entendu dire que Rome était interdite aux troupes anglaises. J’ai pensé que je ne pourrais peut-être jamais aller à Rome, alors j’ai décidé que j’allais aller voir Rome. Pendant que je suivais ma formation, on a eu un weekend de congé, alors j’ai décidé de monter à Rome en auto-stop. Très peu de gens connaissaient à l’époque, et encore aujourd’hui, quoi que ce soit au sujet de Terre-Neuve ni où ça se trouvait. Le mot Terre-neuve était inscrit sur notre épaule droite et notre épaule gauche. Il me semblait que personne n’allait me remarquer ou m’arrêter et c’est bien ce qui s’est passé.

Juste avant de partir pour Rome, j’ai rencontré un chauffeur de camion anglais qui allait à Rome. Alors il a offert de m’emmener. On n’était pas très loin de Naples quand j’ai vu au loin un couple de civils et deux religieuses qui attendaient sur le bas-côté de la route. Je me suis dit que les civils allaient sans doute à Rome, qu’ils attendaient un autocar je suppose. J’ai demandé au chauffeur de camion de s’arrêter pour les prendre. IL a dit qu’il n’avait pas le droit de prendre des civils. Je lui ai dit, laisse moi m’occuper de ça. J’ai dit, ça ne sera pas sous ta responsabilité.

On s’est arrêté et bien évidemment, le mari et la femme allaient à Rome. On les a mis à l’arrière du camion et je suis monté avec eux. J’ai baissé la bâche arrière du camion et on a continué jusqu’à Rome. Je lui ai dit que j’allais voir Rome. C’était un couple belge et ils parlaient bien anglais. Je leur ai dit qu’il faudrait qu’on les fasse descendre à la périphérie de Rome. Ils ont dit que c’était bon et ils m’ont donné leur adresse à Rome et m’ont invité à venir chez eux après ma visite touristique de Rome.

Comme il commençait à se faire tard, j’ai commencé à chercher leur maison et je l’ai trouvée assez vite. C’était une grosse maison avec une clôture en fer tout autour du parc. La grille d’entrée avait une cloche que j’ai tirée et pratiquement tout de suite, la dame que nous avions prise est arrivée et nous sommes entrés dans la maison.

Je m’en souviens tellement bien car au cours de la soirée, il y a eu les nouvelles et Wendell Willke, qui s’était présenté aux présidentielles des Etats-Unis (en 1940) est mort cette nuit-là (8 octobre 1944). Pendant la conversation ce soir-là, Monsieur Cuturi – c’était le nom du monsieur C-U-T-U-R-I – Monsieur Cuturi a dit que le pape donnait audience aux troupes le lendemain matin au Vatican, et cela me plairait-il de m’y rendre ? J’ai répondu oui. Il a dit, je vous y emmènerai, je ne pourrai pas entrer mais je vous attendrai. Aux alentours de 10 heures ce soir-là, Madame Cuturi a dit, je vais vous conduire chez les sœurs. Les sœurs c’était les religieuses. Alors cette nuit-là j’ai dormi dans un couvent.

Le lendemain matin, Monsieur Cuturi m’a emmené au Vatican. La cérémonie a commencé et le pape, Pie XII a été transporté dans son siège par des hommes très au dessus du public, jusqu’à l’estrade. Après qu’il ait parlé en plusieurs langues, il a quitté l’estrade pour faire un tour. J’étais à peu près le troisième à partir du premier rang. Il m’a demandé d’où je venais, j’ai répondu Terre-Neuve. Il n’a pas vraiment saisi ce que je disais alors j’ai tourné mon épaule pour lui montrer l’écusson de Terre-Neuve dessus. Tout d’un coup il a dit, je connais très bien votre pays et je vous bénis tout spécialement, vous, votre famille et vos amis. Désormais vous êtes mon ami, vous avez reçu la bénédiction du pape.

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