Témoignages d'anciens combattants:
Bill Ronald Benjamin Courage

Marine

  • Photo rognée de l'équipage du HMCS Thorlock. L'officier en chef William (Bill) Courage est dans le coin inférieur droit.

    JB Watson c/o Musées de Calgary
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"Vont-ils se comporter comme des fanatiques ? Est-ce qu’ils nous haïssent encore ? Et vont-ils nous torpiller, maintenant, alors que la guerre est terminée ?"

Transcription

Je m’appelle Ronald Benjamin Courage. Quand j’étais un cadet de la marine de 16 ans qui portait un pantalon à pattes d’éléphant, les filles m’appelaient William le tendre. Maintenant à l’âge de 88 ans, les filles m’appellent vieux Bill. On m’avait recommandé pour passer un test d’aptitude professionnelle pour être ingénieur artificier. Pour finir, j’ai passé le test et je suis devenu ingénieur artificier, j’ai réussi mon test avec un peu de formation maritime et je suis resté dans la marine jusqu’en 1945. Ma corvette, le NCSM Thorlock, devait son nom à la ville de Thorold (Ontario). Deux jours après que, ou un jour après que l’Allemagne ait capitulé, on nous a donné l’ordre d’intercepter le Unterseeboot-190 allemand, qui avait coulé deux semaines auparavant un de nos dragueurs de mines canadiens le NCSM Esquimalt. Au cours de cette catastrophe, la moitié de l’équipage avait été tué dans les explosions ou laissés dans l’eau, incapables de faire quoi que ce soit dans un Atlantique Nord gelé et étaient morts, particulièrement ceux qui étaient blessés, parce qu’on n’avait pas envoyés de bateau canadien à leur rescousse.

L’amirauté à Halifax ne savait même pas que le bateau avait été coulé et quand ils l’ont su, il y a eu une grande agitation mais à ce moment-là, particulièrement en ce qui concerne les marins blessés, nos marins, juste à un mille à peu près au large d’Halifax, ils sont morts à cause du froid et de leurs blessures. Triste. Ce U-boot 190 allemand qui avait coulé ce bateau alors que la guerre était sur le point d’être terminée. Et puis deux jours après la guerre était terminée ou un jour, on l’a intercepté, et envoyé une équipe d’abordage composée de 13 personnes, ont lutté contre une douzaine d’allemands, dont la plupart parlaient anglais et dont la plupart étaient jeunes. La guerre c’est l’enfer. La plupart d’entre eux parlaient très bien anglais, contrairement à nous, on ne parlait pas allemand.

Un jeune homme m’a montré – un allemand - une photo de sa mère, de sa petite amie et de sa sœur, toutes tuées lors d’un raid aérien allié sur Hambourg, le port d’attache du sous-marin allemand, et là où se trouvait sa famille quand elle était sous les bombardements et a été tuée. Pas délibérément mais c’est ce qui est infernal avec la guerre, les civils qui ne font de mal à personne à part participer à la production militaire, qui étaient tués comme ça. C’est arrivé dans les deux camps, particulièrement pendant le Blitz sur l’Angleterre, la Bataille d’Angleterre.

Je ne savais pas quoi penser quand j’ai vu ces allemands parce que mon meilleur ami, Adjudant/pilote James Martin, cadet de la marine, tout, une de mes relations, il était pilote de chasse qui s’est fait descendre deux fois, volait dans des Lancaster. Puis quand il a suivi l’entraînement sur les Lancaster, il s’est porté volontaire sur une des missions les plus dangereuses. Les bombardiers Pathfinder devaient arriver pile sur la cible pour que les bombardiers suivent la lumière des fusées éclairantes. Jimmy n’a pas une tombe qu’on connaît. Je ne savais pas quoi penser de ces jeunes allemands. Je ne savais même pas quand notre bateau a viré de bord et que l’avant du sous-marin qui avait quatre tubes torpilles pointés sur le centre de notre bateau. Vont-ils se comporter comme des fanatiques ? Est-ce qu’ils nous haïssent encore ? Et vont-ils nous torpiller, maintenant, alors que la guerre est terminée ? Certains sous-marins ne se sont pas rendus ; ils ont remonté l’Amazone et ainsi de suite.

Alors de toute façon, on est monté à bord du sous-marin et nos douze hommes d’équipage et quelques allemands qu’on avait laissé à bord, parce que c’était des sous-mariniers expérimentés, on a amené le U-190 jusqu’à Bay Bulls, Terre-Neuve. Deux heures après que le U-boot se soit rendu à mon bateau, un navire de tête, le (NCSM) Victoriaville est arrivé mais en attendant, on avait pris possession du sous-marin mais ils ont toujours prétendu que le U-boot s’était rendu à eux parce qu’ils avaient un morceau de papier que le capitaine allemand avait signé. Nous aussi on avait un morceau de papier mais le navire de tête qui était plus grand a voulu mettre son grain de sel dans ce qui aurait pu être un événement extraordinaire et qui l’était. Mais en tout cas, ça a été réglé.

Les autorités ont permis une terrible perte en vies humaines. C’était ça la grande tragédie dans tout ça. Qu’est-ce que ça a résolu quand on retourne à nos bagarres nationales dès que la guerre est terminée, on en recommence une autre ? Qui laisse faire ça ? C’est la tragédie de la guerre, toutes ces morts horribles que tellement de pays ont eu à souffrir dans des douleurs atroces, des corps à moitié déchiquetés et puis en morceaux. Les gens ne savent pas, les gens de l’armée de terre dans les tranchées eux savaient ou quand nos navires sautaient dans les convois, les bateaux de la marine et de la marine marchande ; c’était des marins courageux. Et la tragédie de cette épouvantable perte en vies humaines et en matériel, les gens qui ont été tués pendant la guerre ça ferait le tour de la terre s’ils se tenaient tous par la main. Pourquoi ne pouvons-nous pas faire ça avant qu’une guerre commence ? On doit rester vigilant. Avoir une présence militaire, de la marine, de l’armée de terre, de l’air, de la police et un corps des volontaires de la paix, comme ce qu’ils sont en train de faire pour aider Haïti et d’autres endroits comme ça. Nous avons une responsabilité, le Canada en a une, et nous les anciens combattants on doit parler haut et fort.

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