Témoignages d'anciens combattants:
Georges Belanger

Marine marchande

  • M. Bélanger, à 16 ans, lorsqu'il a rejoint la marine marchande, Golfe du St-Laurent, 1945.

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  • Taches du manoeuvrier, marine marchande, Golfe du Saint-Laurent, 1945. M. Bélanger est à droite.

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  • Georges Bélanger, dans le nid de pie d'un navire de la marine marchande, 1945.

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  • M. Bélanger, portant un uniforme de matelot, à bord d'un navire de la marine marchande, 1946.

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"Une nuit il y a 15 corvettes qui sont parties du chantier et aucune d’entre elles n’a réussi à traverser. Mes amis étaient à bord."

Transcription

Mon nom est Georges Bélanger. Je suis né à L’Islet en 1930 et je suis embarqué dans la marine à 16 ans. Avant ça, je travaillais pour les « MP » [la Police militaire] en ramassant de l’aluminium. On avait des coupons pour tout. C’est pour ça qu’on avait de la misère à trouver de la nourriture à manger. Mon père était cultivateur. On ne pouvait pas acheter un pain. Il fallait tout faire nous même; le pain, le beurre et tout ça. C’est pour ça que je ramassais de l’aluminium; pour la guerre et pour mes amis qui étaient partis.

En une nuit j’ai sept de mes amis qui sont morts. En sortant de Terre-Neuve, les U-boot allemands les ont coulés. Leurs canons n’ont même pas eu la chance de tirer une fois. J’ai perdu sept de mes amis, mes voisins. Ça nous stimulait à faire quelque chose. Ça ma fait de la peine dans le temps. Les routes n’étaient pas ouvertes l’hiver. À L’Islet, c’était encore pire. On avait les nouvelles en écoutant la BBC de Londres, en Angleterre. Un peu après ça j’ai gardé deux gars chez moi qui étaient prévus pour aller au front. J’étais jeune et je ne savais pas ce que je faisais. J’ai demandé à mon père et il n’avait pas de problème avec ça. Moi ça ne me dérangeait pas, on allait manger ensemble. Ils étaient prévus pour aller au Débarquement en Normandie ou je ne sais trop. Quand la police militaire m’a attrapé, ils m’ont trouvé très intelligent. Je travaillais pour la police militaire et je ramassais de l’aluminium pour eux. Je leur jouais un tour en cachant ces gars chez moi.

Suite à cet événement, ils ont fait venir un officier chez moi. Nous avons discuté de ça avec mon père. C’était soit la marine, l’armée de terre ou l’aviation. Je n’avais pas assez d’éducation, car nous les cultivateurs on n’allait pas à l’école. Ils m’ont dit d’aller chercher ma valise et qu’ils s’occuperaient de moi. J’ai embarqué dans la marine marchande. La marine marchande c’était autant vu que les corvettes de la marine. On pouvait frapper une mine au nord de Terre-Neuve. Les mines avaient été laissées là ou déposées là par les Allemands. C’était leur coin ça, ça les intéressait beaucoup.

Une nuit il y a 15 corvettes qui sont parties du chantier et aucune d’entre elles n’a réussi à traverser. Mes amis étaient à bord. Les Allemands étaient au bout de l’Île d'Orléans. La cache est encore là. Quand ils voyaient passer les bateaux, ils téléphonaient, ils envoyaient un message à Terre-Neuve. Les sous-marins pognaient ça. Ils se mettaient en ligne et ils guettaient. Il n’y avait pas plus beau jeu.

J’ai passé six mois à bord des corvettes à vider des obus pour transférer ça dans d’autres bateaux. Je n’ai même pas été payé pour ça. Ensuite j’ai embarqué dans la marine marchande pour faire la Côte-Nord. On était payé $150 par mois. Ce n’était pas beaucoup. C’est là que j’ai perdu un peu mon temps, en monnaie, mais je ne l’ai pas perdu en technique ou en discipline. J’ai une très bonne discipline de la marine. Je suis très content de ça. Aujourd’hui j’ai embarqué dans la Légion royale canadienne pour essayer d’éduquer nos jeunes à faire bien attention. Aujourd’hui si on est bien assis cela ne veut pas dire que demain nous le serons aussi. Il suffit qu’il arrive une tête chaude à la tête d’un pays. Voyez-vous Hitler et la propagande qu’il a faite. C’était tout beau… je l’ai vu sur un film; il montrait aux enfants que tout était bien. Il tuait ça par millions en arrière. On sait ce qui s’est passé.

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