Témoignages d'anciens combattants:
Sidney Robert Dobing

Marine

  • Sydney Dobing recevant à Victoria la Médaille du Couronnement des mains du lieutenant-gouverneur Wallace de la Colombie-Britannique.

  • Membre d’équipage se faisant couper les cheveux à bord du Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Pictou en 1944.

  • Reportage du London Times sur le naufrage du Navire de sa Majesté Mashona, bombardé par des avions ennemis et sur lequel servait Sidney Dobing quand le Bismarck a été coulé, le 8 juin 1941.

  • Affiche invitant les citoyens d’Edson à la soirée d’adieu tenue en l’honneur du matelot de 1re classe Sidney Dobing le 21 octobre 1942.

  • Écusson de la Marine royale du Canada, section Ottawa.

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"Et 10 minutes plus tard, une deuxième torpille a touché le milieu du navire."

Transcription

Je m’appelle Sidney Dobing et je me suis enrôlé en mai 1939 comme jeune matelot dans la Marine royale, puis j’ai été affecté au Navire de sa Majesté (HMS) Mashona, le destroyer de classe Tribal de la Marine royale. Ma première opération sur ce navire s’est déroulée pendant la campagne de Norvège. Nous avions transporté des troupes britanniques en Norvège et deux semaines plus tard, elles ont été envahies par les Allemands et nous avons dû les évacuer. En mai 1941, nous escortions le cuirassé britannique HMS Rodney vers l’Amérique du Nord quand l’Amirauté nous a ordonné de nous lancer à la recherche du Bismarck, un croiseur de combat allemand qui avait fui la Norvège, coulé le HMS Wood et provoqué de nombreuses pertes de vie, puis endommagé le HMS Prince of Wales. Il se dirigeait vers l’Atlantique mais a vite été bombardé par un avion, ce qui a ralenti sa course. Et nous, en compagnie du Rodney, nous l’avons rejoint et pendant l’engagement, le Mashona a reçu l’ordre de convoyer et d’escorter le Rodney pour que les U-boats allemands ne l’interceptent pas. Je me trouvais sur le pont du Mashona et avec des jumelles, j’ai tout vu de la bataille et du naufrage du Bismarck. Le lendemain, nous nous dirigions vers Plymouth. Nous n’avions presque plus de carburant et escortions un autre destroyer, le HMS Tartar, quand l’aviation allemande nous a repérés. Ils avaient quitté leur base à la recherche de navires britanniques et n’ont trouvé que deux destroyers isolés. Ils ont attaqué sans relâche. Les bombes pleuvaient et nous avons perdu 47 hommes avant de recevoir l’ordre d’abandonner le navire. Après un certain temps, nous avons été repêchés par le HMS Tartar, qui était toujours sous attaque. Puis les Allemands ont dû rentrer à leur base pour refaire le plein de bombes et d’avions. Entre-temps, nous avons été repêchés tout en essuyant d’autres attaques, mais nous avons tout de même atteint à bord du Tartar la ville de Greenwich, près de Clyde, d’où l’on nous a envoyés en permission de survivant avant de nous réaffecter à un autre navire. Puis en juin de cette année-là, mes parents ont demandé mon retour au Canada, car je n’avais que 19 ans. Je suis rentré au pays pour me joindre à la Marine canadienne. Alors, après un certain temps et mon cours de torpilleur, on m’a envoyé sur le NCSM Ottawa, un destroyer, et nous avons sillonné les routes de convoi de l’Atlantique Nord jusqu’en septembre 1942. Avec quatre autres navires, nous escortions un convoi britannique le Canada quand nous avons été attaqués par environ 14 U-boats. Nous avons perdu pas mal de navires marchands et avons récupéré à bord plus d’une vingtaine de survivants. Puis la nuit du 13 septembre, j’étais à nouveau de garde sur le pont pour détecter un écho radar, qui provenait finalement d’un navire britannique venu soutenir notre escorte. Une fois l’identification terminée, nous avons changé de cap pour rejoindre le convoi et être torpillés par un U-boat, qui a rudement touché l’étrave. J’étais sur le pont et j’ai été épargné, sauf par d’immenses cascades d’eau. Un capitaine a voulu essayer de redémarrer. Il m’a demandé de téléphoner à la salle des machines pour voir si on pouvait faire marche arrière. C’était impossible, et le capitaine a dit : « Eh bien, la prochaine torpille ne tardera pas… » Et 10 minutes plus tard, une deuxième torpille a frappé le milieu du navire. Entre-temps, nous avions chargé beaucoup de blessés dans les canots de secours, dont l’un à qui notre médecin avait retiré l’appendice et un matelot de la marine marchande qui avait subi pas mal d’interventions, et tous ces blessés se trouvaient dans un bateau avec le médecin et son assistant quand cette deuxième torpille a frappé le dessous du canot, tuant tout le monde à son bord et donnant le coup de grâce à notre navire. Il a piqué du nez et toute l’artillerie s’est détachée sous le poids du bateau qui coulait. Le plus horrible, c’est que trois hommes étaient piégés dans le compartiment du sonar, dont l’encadrement de la porte était complètement tordu. Nous avons tout fait pour les sortir de là pendant les quelques minutes que nous avions. Nous les entendions crier et pleurer et c’était horrible, mais nous n’avons rien pu faire et ils ont connu une fin atroce. Alors… voilà le souvenir que j’ai de cette attaque…
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