Témoignages d'anciens combattants:
Harold Villers

Armée

  • Harold Villers à Fredericton, Nouveau Brunswick, le 27 juillet 2010.

    Historica Canada
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"Et quand on se faisait bombarder à profusion, ces lignes se faisaient toujours couper, alors on devait sortir pendant les bombardements pour les réparer. Mais on en prenait l’habitude."

Transcription

Le corps des transmissions et l’artillerie sont ceux qui tirent les canons. Ils donnent la mesure du feu; dans l’action, ils tiennent un poste avancé entre notre infanterie et l’infanterie allemande. C’était généralement là où on était, c’est à dire entre les deux infanteries. Ils étaient généralement dans des positions très dangereuses parce qu’ils étaient, de manière à voir les allemands, on devait se mettre debout et en hauteur. Et on utilisait des bâtiments abandonnés et des choses comme ça. Les allemands savaient ça. Alors ils arrosaient copieusement les positions avancées de l’artillerie. On a perdu une quantité astronomique d’hommes là-haut, là haut à l’avant, les postes de commandement au commandement avancé, bon, ça s’appelait le poste de commandement avancé. Nous avions un major qui commandait et un sergent qui pointait la position de la fusillade et un signaleur. Mais une fois de temps en temps, on avait deux signaleurs là-bas, un avec la radio, et un avec le téléphone. Mais en général on n’en avait qu’un. Un jour on était là-haut à Falaise (Normandie, France) et on était en dehors du village, en bordure du village. On avait capturé le village. On était sur le côté extérieur face aux allemands. Et on avait vu deux troupes de l’artillerie allemande qui se déplaçaient dans un champ devant nous. Alors on l’avait vu mais nous, quand ils se sont mis en position, notre major avait été tué pendant la bataille. Et le seul responsable c’était le sergent. Alors il a dit, je vais demander une cible « Victor »(un mot de code utilisé pour appeler toutes les pièces du corps à concentrer leurs tirs sur une cible unique). Or c’est vraiment quelque chose parce que dans les autres armées, seul un brigadier ou quelqu’un comme ça pourrait demander une cible « Victor ». Dans l’armée canadienne, n’importe qui peut. Comme je l’ai dit, l’armée canadienne conduisait les choses différemment des autres armées. Alors il m’a donné le plan de terrain et les ordres de tir et je les ai envoyés par radio. Je ne sais pas combien de canons ont fait feu, des centaines de canons ont tiré sur cette position, ont fait feu au dessus de nos têtes, c’est tombé dans le champ ; on les a tous tués. Il ne restait plus un seul canon debout. Ouais, j’avais passé la majeure partie du temps sur une moto, pour dire la vérité. J’étais soit, je devais amener les canons jusqu’à leurs nouvelles positions chaque fois. Je devais monter et trouver une position qui était convenable pour les canons et trouver le moyen de poser des lignes de téléphone pour relier les canons depuis cette position. Et puis je redescendais, remontait le sergent et lui montrait la position et il disait ouais, d’accord, c’est bon. Alors ensuite on, on redescendait et on remontait les canons. Quelquefois, quelquefois il fallait que je descende et que je ramène un bulldozer là-haut, pour creuser des abris de canons. Je faisais ça la nuit, un bulldozer blindé, un blindage de cinq centimètres d’épaisseur dessus, je le montais de nuit et je creusais les trous pour les canons. Puis je redescendais le lendemain matin, et je remontais les canons. Le sergent major me suivait là-haut et j’étais à moto, il était en jeep et les canons étaient derrière lui. C’était mon plus gros boulot, c’était d’amener dans les, et puis de poser les lignes, poser les lignes de téléphone. C’est quelque chose d’assez complexe. Les canons étaient pourvus de ce qu’on appelait des dispositifs Tannoy. C’était un système de haut-parleurs dans le poste de commandement, connecté à chacun des canons ; chaque canon avait un haut-parleur. On devait poser des lignes pour eux. Et quand on se faisait bombarder à profusion, ces lignes se faisaient toujours couper, alors on devait sortir pendant les bombardements pour les réparer. Mais on en prenait l’habitude.
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