Témoignages d'anciens combattants:
Gerald Watkins

Marine

  • Gerald Watkins à Fredericton, Nouveau Brunswick, le 27 juillet 2010.

    Historica Canada
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"Mais il a sombré en 28 secondes, il s’est dressé et a coulé à pic."

Transcription

J’ai reçu ma convocation de l’armée et je devais aller en Colombie-Britannique pour prendre je ne sais plus si c’était le premier porte-avions du Canada ; il y avait deux porte-avions à ce moment-là, le Nabob et le Trumpeter. Le Trumpeter n’a jamais pris la mer, à ce qu’on m’a dit. Mais nous avons quitté Vancouver après quatre mois de service et nous sommes partis de Seattle et on a pris le large et la première chose, ce pilote, il nous a faits échouer. C’était sur un banc de sable, ils allaient l’abandonner juste là mais à quatre heures, ils avaient cinq remorqueurs qui le tiraient hors du banc de sable et s’il n’était pas dégagé avant quatre heures, ils disaient qu’ils allaient le larguer. Mais à quatre heures il a commencé à se dégager du sable.

L’équipage s’est mutiné avant qu’on arrive à New York. On a perdu un certain nombre de membres. Ils, ils avaient tous leurs sacs bouclés et le capitaine est passé par là et il avait vu que quelque chose clochait, alors il a fait un meeting sur le pont du hangar et il a dit, je sais que ça a été dur les gars, que vous avez passé un moment difficile, de nombreux marins avaient été sur des bateaux qui avaient été torpillés avant. Il a dit, je vais vous donner des jours de congé. Ils savaient qu’on allait partir outre-mer mais nous on ne le savait pas, en fait. Et il a dit, qu’ils allaient nous donner une permission de quatre jours. Bon, ce n’était pas assez long pour moi pour que je puisse rentrer chez moi au Nouveau Brunswick et revenir alors je suis juste resté à bord. A peu près les deux tiers de l’équipage sont restés à bord et le dernier tiers est parti. Des avions les ont emmenés à Montréal, mais ils voulaient simplement s’en aller du, du bateau parce qu’ils, ils pensaient que c’était juste un, je ne sais pas quoi, quelque chose susceptible de sombrer.

Et le placage dessus ne faisait que deux centimètres et demi d’épaisseur. C’était un navire marchand qui avait été transformé, voilà ce que c’était. Or, au moment où il était presque prêt à partir outre-mer, l’équipage n’est pas revenu. Ils avaient prévu ça. Et, mais on est partis malgré tout. Et juste avant que le bateau parte, je m’en souviens très bien, les portes du dock se sont ouvertes et les jeeps se sont montrées et ils avaient sept marins à peu près dans la jeep. Ils pensaient qu’on était partis et ils se sont rendus. Mais ils sont venus à bord, ils les ont fait monter à bord. Bon ils ont eu une suppression des permissions pendant six mois et ceci et cela. Six mois sans cigarettes et tout ça. Mais on est partis outre-mer, on est arrivé en Angleterre. Je crois que c’était Rosyth (Écosse).

Et de là, on nous avait programmés pour participer au jour J. On devait faire partie de cette flottille. On n’était pas au courant de ça, mais on faisait des essais au large du pays de Galles là-bas. Notre capitaine s’appelait Horace Nelson Lay. C’était l’oncle de Mackenzie King, à ce qu’on nous a dit. Il est monté à bord et pendant les essais, on était seulement, il nous manquait une bonne partie de l’équipage mais tout un tas d’autres marins n’étaient pas contents non plus et ils ne s’acquittaient pas de leur tâche aussi bien qu’ils auraient dû à ce qu’il pensait. Alors il a dit, qu’on n’était pas prêts pour le jour J.

On a fait demi tour et ils nous ont envoyés à Scapa Flow en Écosse, là où la grande flotte se trouvait, la Flotte britannique avec un grand F et Monsieur, c’était quelque chose à voir. On a reçu l’ordre de partir et nous avons quitté Scapa Flow et nous avons pris la mer ; on avait environ 28 destroyers avec nous, deux croiseurs et deux porte-avions, il y avait nous et un autre porte-avions. On nous avait dit qu’on allait aller engager le combat près de la Norvège parce que le Tirpitz (cuirassé allemand) était parti en mer et ils l’avaient mis sur une route et il était allé en Norvège et ils étaient passés à gué là-haut. Et on devait attaquer ; on a envoyé nos avions et ils ne sont pas arrivés à le voir à cause du brouillard. Alors ils sont revenus et ils ont atterri et on a fait des allées et venues le long de la côte pendant un moment, en attendant de voir si le brouillard n’allait pas se lever. Mais on ne savait pas qu’ils avaient un sous-marin qui était dans les parages.

On pouvait lubrifier les destroyers, on avait lubrifié sur notre bateau aussi. Et on était en train de lubrifier un destroyer (le 22 août 1944) quand on a eu la torpille. Il (U-354) a lancé une torpille, elle nous a eu en plein au milieu. On est descendus, on a commencé à descendre et on est allés en bas et on a fait monter les parois de séparation, les cloisons et on a réussi à empêcher les autres cloisons de s’échapper. Mais on est descendu d’une dizaine de mètres à l’extrémité arrière. Quand on s’est pris la torpille, un destroyer anglais est venu pour prendre l’équipage à son bord, en pensant qu’on allait immédiatement sombrer. Et quand il est venu, ils ont lancé deux torpilles de plus sur nous et les deux nous ont manqués. L’une est allée du côté du, parce qu’on était dans un tournant, elle nous a loupés à l’avant, à l’arrière, et puis elles s’est rajustée et est repartie vers l’avant.

Et là il y a eu une accalmie pendant environ 20 minutes, ils ont pensé que c’était toutes les torpilles dont ils disposaient, que c’était les trois seules. Alors le destroyer vient pour nous prendre à bord maintenant, et nous, ils étaient tous en train de grimper pour aller sur le destroyer, juste sur le point de monter à bord quand ils ont lancé la quatrième torpille et fait couler le destroyer anglais juste devant nous. On nous a dit qu’il y avait 198 personnes à son bord et ceux qu’on a sauvés, on a sauvé 47 personnes je crois –ceux qui étaient sur le pont ont été projetés dans l’eau. Mais il a sombré en 28 secondes, il s’est dressé et a coulé à pic.

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