Témoignages d'anciens combattants:
Philip Doddridge

Armée

  • Le Caporal Suppléant Philip Doddridge en 1945.

    Philip Doddridge
  • M. Doddridge peu de temps après s'être engagé dans l'armée en 1940.

    Philip Doddridge
  • M. Doddridge, tireur à la carabine des Royal Rifles of Canada en uniforme tropical, 1941.

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  • Philip Doddridge, tireur à la carabine des Royal Rifles of Canada en uniforme, 1940.

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  • Philip Doddridge, tireur à la carabine, The Royal Rifles of Canada, 1940.

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"Ne jamais les regarder dans les yeux, jamais faire quelque chose qui risquait d’attirer l’attention. J’ai appris ça très vite et je ne me suis jamais fait battre comme plâtre contrairement à beaucoup de nos gars."

Transcription

En 1940 le travail était plutôt rare et je n’avais pas de travail. J’avais 18 ans et je n’avais pas fait beaucoup d’études, et je n’avais aucune formation. Alors il y avait cette possibilité. Je l’ai saisie, je me suis engagé dans l’armée de terre. Bon, le Royal Rifles (of Canada) avaient envoyé une équipe de recrutement à New Richmond ou en Gaspésie en fait ; c’est pourquoi je me suis engagé dans le Royal Rifles, parce que j’ai été recruté par l’équipe de recrutement du Royal Rifles.

On est arrivés à Hong Kong, évidemment, et les japonais n’avaient pas déclaré la guerre, alors c’était une ville très ouverte et il y avait toutes les sortes de divertissements et d’événements très agréables que vous pouvez imaginer. Pendant trois semaines, on a très bien vécu, mais ensuite le drame nous a frappé.

Bon, on a été repoussés jusqu’à la pointe extrême de l’île ; et le jour de Noël 1941, notre compagnie, c’était la Compagnie D, on nous a donné l’ordre d’évacuer et ce qu’on nous a dit à ce moment-là c’était qu’il y avait une quinzaine de japonais à Stanley Village. Mais quand on est arrivés là-bas, il y en avait beaucoup plus. 140 d’entre nous sont passés par les collines pour rejoindre l’endroit de la bataille et seulement 45 sont revenus. Donc un bon nombre de nos gars ont été tués ou blessés. C’était une catastrophe.

Cette nuit-là, la nuit de Noël, on nous a dit que l’île avait capitulé, que la colonie s’était rendue aux japonais ; et qu’on devait restituer toutes nos armes et munitions. Je crois que c’était le 31 décembre qu’on nous a fait partir de Fort Stanley (la caserne britannique) et qu’on est partis au camp (de prisonniers de guerre) de North Point. Dans notre situation, on ne savait pas quand est-ce qu’on allait être relâchés, si jamais. Et ce qui nous aidait à tenir le coup, évidemment, c’était juste l’espoir d’un lendemain meilleur. Il y avait une rumeur qui circulait à propos de Chiang Kaï-chek (militaire et homme politique chinois), il était alors le chef de l’armée chinoise. Il était toujours question qu’il arrive par la colline monté sur son grand cheval blanc, pour nous libérer, mais ça ne s’est jamais produit. Mais comme je l’ai dit, c’était juste un espoir, en vivant un jour après l’autre, en ayant l’espoir de quelque chose de mieux.

Et, bien sûr, le pire c’était la nourriture. On était mal nourris et tourmentés par la maladie. Et il n’y avait pas assez de médicaments et la nourriture, évidemment, c’était le gros problème. Ma mère m’écrivait souvent, mais ce n’est jamais arrivé jusqu’à moi. Je lui ai écrit aussi souvent qu’on nous le permettait, et je crois qu’elle a reçu deux cartes de ma part en tout ce temps.

Certains gardes étaient assez brutaux et de temps en temps il y en avait un qui était appréciable. Mais je faisais très attention à ne pas attirer l’attention. Ne jamais les regarder dans les yeux, jamais faire quelque chose qui risquait d’attirer l’attention. J’ai appris ça très vite et je ne me suis jamais fait battre comme plâtre contrairement à beaucoup de nos gars.

Je peux vous raconter quelque chose à propos d’un gars qui, un jour, a commencé à tracer des mots avec un bâton, dans la terre et il arrivait bien à faire ça, mais il ne parlait pas anglais. Il pouvait l’écrire, mais il ne pouvait pas le parler. Alors on fait un petit brin de conversation comme ça juste en traçant des mots dans la terre avec un bâton. C’est l’exemple d’un de ceux qui étaient sympas comme gars. J’ai découvert qu’il était diplômé de l’université de Tokyo et il m’a raconté cette petite histoire juste en traçant des mots dans la terre comme ça.

Bon, je pense que ça m’a pas mal marqué. J’avais le temps dans le camp de penser à ce que je voulais faire de ma vie si jamais je rentrais chez moi et, bien sûr, je suis retourné à l’école et j’ai fait quelques études – je suis devenu enseignant. Pendant un bon moment après la guerre, j’ai trouvé qu’on ne nous avait pas traités avec assez de respect, mais c’est en train de changer et ça a beaucoup changé.

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