Témoignages d'anciens combattants:
John Charles Hall

Armée

  • John Hall (au centre) et ses amis faisant un tour d'Appledorn, Pays-Bas, à la fin de la guerre.

    John Hall
  • Enfants hollandais rassemblés autour de soldats canadiens du 1er Hussard après la libération d'Appledorn en Hollande en 1945.

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  • John Hall (au fond à gauche) avec des enfants hollandais à Appledorn, Hollande, 1945.

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  • John Hall en 1946.

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  • John Hall en 2010.

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"Il a dit : « Il y a deux Allemands dans cette tranchée, donnez-moi une grenade. » Alors on lui a donné une grenade et il l’a envoyée dedans, et elle n’a pas explosé. C’était une tranchée en forme de L je crois. Il en a lancé une deuxième, et elle n’a pas explosé. Mais la troisième a explosé."

Transcription

Bon, mon premier combat, d’après mes souvenirs, a eu lieu deux jours après mon arrivée. On n’avait pas passé plus d’une demi-heure au combat, je pense, quand notre char a été touché, il était endommagé. Et (il avait été frappé) par un seul mortier. On avait un char Sherman (M4) qui avait deux moteurs diesel et un des moteurs ne marchait plus. Bon, un char Sherman peut faire du 40 km/heure avec deux moteurs, mais avec un seul moteur, vous pouvez seulement monter à 3 à 5 km/heure. Donc on a signalé qu’il était endommagé et on nous a dit de rentrer à la base et il y avait un centre REME (Service technique de l’électricité et de la mécanique) là-bas qui s’occupait des réparations. Le chauffeur venait juste de faire demi-tour et le capitaine de mon char, c’était le cmdtA (commandant adjoint) de l’escadron A, il a dit : « Il y a deux Allemands dans cette tranchée, donnez-moi une grenade. » Alors on lui a donné une grenade et il l’a envoyée dedans, et elle n’a pas explosé. C’était une tranchée en forme de L je crois. Il en a lancé une deuxième, et elle n’a pas explosé. Mais la troisième a explosé. Et puis un fusil allemand a émergé avec un casque au bout. Un Allemand n’était pas blessé, mais l’autre oui. Il a aidé l’autre gars à sortir et l’aidait à marcher; et mon capitaine a appelé un soldat de l’infanterie et ils les ont faits prisonniers. En tout cas, on est rentré pour en prendre un autre. Le combat suivant pour moi c’était à la brèche de Falaise. On était alignés, avec le plein de munitions et de mazout; et on nous a dit de faire du 20 km/heure et de ne pas nous arrêter sauf si on était en panne ou si on n’avait plus de carburant. Donc on a reçu le signal à midi moins une, je crois, ou une minute après, et nous voilà partis. Tout le monde. On devait traverser une rivière pas très loin de là. On n’était pas partis depuis plus d’une quinzaine, vingtaine de minutes et on n’était pas dans les premiers chars. Il y avait des chars en train de brûler tout autour de nous. On arrive à cette rivière, et on avait un chauffeur extra; il s’appelait Frank Price. En tout cas, on atteint la berge de cette rivière et il y avait un dénivelé d’un mètre environ. Or souvenez-vous, on avait des munitions partout sur le sol et ces 75 mm (munitions pour les canons de char) se soulèvent et j’étais, à ce moment-là, j’étais dans la boue. J’étais chargeur et opérateur (sans fil) du CBC (Corps blindé canadien). J’avais peur qu’elles retombent et explosent. Mais, en tout cas, ça n’a pas été le cas. On est descendus dans la rivière. C’était une rivière peu profonde. C’était vers la fin du mois d’août et je pense qu’il n’avait pas plu. Ça ressemblait à la Don (rivière à Toronto) comme elle est maintenant, je pense. Mais de l’autre côté, la berge était très abrupte. On a commencé à remonter et on a presque calé, mais notre chauffeur, je ne sais pas ce qu’il a fait, a passé la première et appuyé sur le champignon. On s’est pratiquement retrouvés debout sur l’arrière, mais on a basculé en avant et on est sortis de la rivière. Donc j’étais tout nouveau. J’étais encore, c’était seulement ma deuxième ou troisième semaine de combat; et mon capitaine dit, appelle l’état-major et dis-leur que nous sommes de l’autre côté de la « sheep » et que tout est « tickety-boo » (aucun problème). Bon, je savais que le nom de la rivière, « sheep », était codé, mais je ne connaissais pas la signification des mots « tickety-boo ». Je ne savais pas que c’était juste une expression qu’ils utilisaient, alors j’ai téléphoné, et j’ai donné le message; et on m’a dit de faire passer le message. J’ai dit : « On a traversé la « sheep » et tout est « tickety-boo ». (rires) Le major qui a reçu mon message, le responsable, je savais qu’il se marrait. Il a dit : « Très bien, tiens-moi au courant. » Mais je pensais que c’était un mot codé, je ne savais pas, j’étais un vrai bleu. En tout cas, on n’était pas partis depuis, oh, dix minutes, et une fois de plus notre char a été touché, et une fois de plus, dans le moteur. Cette fois, les deux moteurs étaient en panne d’un coup : on était complètement à l’arrêt. Le capitaine dit : « téléphone pour signaler que nous sommes en panne. » Alors j’ai essayé d’appeler, et j’ai dit : « ça ne passe pas. » Il dit : « oh, toutes nos antennes sont coupées, il faut qu’on remette ces antennes en place. Alors c’était mon boulot. Alors il m’a laissé et j’ai sorti ma tête par la tourelle et il y avait un bout d’antenne là dedans. Il fallait que je le sorte. Il y avait une sorte de clip pour le faire tenir, et j’ai mis ça dedans et j’entendais les balles qui sifflaient, alors je me suis baissé dès que j’ai pu. J’ai dit : « Bon, c’est l’antenne A, c’est la principale, et pour l’antenne B on fait quoi ? » C’est juste une petite antenne pour garder le contact avec nos troupes dans les chars. Il dit : « Il nous la faut celle-là. » Alors je suis monté et je l’ai remise en place, on est partis. Mais, en tout cas, on est restés là pendant quelques minutes et puis le major, à la radio, a dit au capitaine, monte dans le char de quelqu’un d’autre et continue, et il devait nous laisser et nous on trouverait bien le moyen de rentrer. Alors c’est ce qui s’est passé. Le capitaine est parti dans un autre char et a pris le relais d’un sergent ou d’un caporal. On a démonté la radio et tout le reste, on est partis de là et il y avait un autre char qui repartait qui avait été endommagé, alors on nous a dit de monter à l’arrière, ce qu’on a fait. Je me souviens d’une chose très sympa qui s’est produite. Il y avait encore quelques Allemands blessés allongés dans le champ. Les nôtres, on s’en était occupés. Un soldat blessé était allongé juste devant ce char qui repartait, avec nous à l’arrière. Il allait tout doucement parce que son char était endommagé. Le chauffeur a contourné ce blessé. Il ne lui a pas roulé dessus, ce qui était très bien selon moi parce que certains types étaient assez en colère après les Allemands à ce moment-là parce qu’ils avaient eu une mauvaise expérience de prisonniers abattus, des prisonniers sur les chars. Il y avait un général allemand accusé de les avoir assassinés.
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