Témoignages d'anciens combattants:
Gordon Keen Hunter

Forces aériennes

  • Dernière Position lors des funérailles du Lieutenant R.B. Idiens, Aviation Royale Canadienne, le 3 mai 1944 en Angleterre.

    Comme la plus part des militaires sur cette photo, Gordon Hunter se tient avec son fusil devant la tombe de leur camarade qui est mort lors d'un entraînement à Brandon, Manitoba.
    Mention de source : Ruth Masters.

    Ruth Masters
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"On a réalisé tout d’un coup qu’on était en guerre. Le sergent a dit, rechargez vos fusils ; et il n’y a que la moitié d’entre nous qui a réussi à mettre les cartouches dedans, tellement on était secoués."

Transcription

La chose importante qui est arrivée pendant qu’on faisait nos classes (dans l’armée de l’air canadienne), Lord Halifax (Edward Wood) est venu à Toronto ; et à cette époque, c’était un des ministres du cabinet de Churchill. Alors il a fallu qu’on se prépare pour la garde d’honneur et ils ont pris notre petit groupe, et on a marché au pas jusqu’à l’Automotive Building où se trouvait la Marine et l’armée de terre s’est jointe à nous avec un contingent d’élite. Ils arrivaient sans doute tout droit de la Deuxième Guerre mondiale et venaient de rentrer d’Europe. Ils étaient tous bien rangés et en grande tenue. Alors la Marine venait en premier dans cette garde d’honneur, l’armée de terre en deuxième et l’armée de l’air, comme elle était la dernière en date, arrivait en dernier. Donc on laisse passer la fanfare, en kilts et tout le reste ; et on commence à marcher au pas le long de Lakeshore là-bas, pour nous exercer à cette garde d’honneur. Ils ont oublié une chose là-bas. Le sergent major du régiment hurle, en avant marche, et tout le monde rentre dans la Marine. La Marine marchait à 45 (rire) l’armée de terre et l’armée de l’air faisait du 60 pas la minute. Ça nous a pris un moment à organiser tout ça et finalement, dans les deux semaines, Halifax est arrivé et on a tous remonté Bay Street au pas jusqu’à l’hôtel de ville ; et on était dans la garde d’honneur, et on a eu droit à une sacrée réception là-bas. L’autre chose qui s’est passée, quand on a été bien en condition pour la marche au pas, on avait l’habitude de faire des tours dans un camions à ridelles, un banc en bois de chaque côté et on s’amusait bien, à aller dans les différents endroits qui voulaient avoir l’armée de l’air, ou l’armée de terre, pour faire un petit défilé au pas. Finalement, ce jour-là, on s’entasse dans le camion et tout le monde rigolait bien et tout ça, et on sort à un funérarium. On se prépare avec tout notre matériel, fusils et on se tient au garde-à-vous, et le cercueil sort de cet endroit et rentre dans le corbillard. On a marché sur trois pâtés de maison avec la fanfare et la marche lente, et puis on s’est entassés dans notre camion à nouveau et on est partis, et on s’est retrouvés au cimetière. Puis on est arrivés là-bas en même temps que le corbillard ; et on s’est mis en rangs de chaque côté de la tombe. Le sergent dit, chargez vos fusils, ce qu’on a fait. Il a dit, feu, et on a tous tiré. Et il y a eu un hurlement à vous figer le sang et ça venait de la femme du pilote qui était mort pendant l’entrainement. On a réalisé tout d’un coup qu’on était en guerre. Le sergent a dit, rechargez vos fusils ; et il n’y a que la moitié d’entre nous qui a réussi à mettre les cartouches dedans, tellement on était secoués. En tout cas, ça s’est terminé et le retour a été très silencieux, en réalisant à quel point nos vies étaient importantes même à ce moment-là, et quelles étaient nos chances de nous en sortir.
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