Témoignages d'anciens combattants:
Denham Meek

Armée

  • Marche hebdomadaire de 20 miles à Camp Borden, vers 1944.

    Denham Meek
  • Lt. Col. (Dr.) Walter Bapty à un entrainement avancé du corps médical à Camp Borden, Ontario, vers 1944.

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  • Denham Meek pendant un entrainement médical avancé à Camp Borden, Ontario, vers 1944.

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  • Denham Meek en formation dans un laboratoire pendant l'automne 1944.

    Denham Meek
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"Les victimes sont arrivées jusqu’à nous jour J. plus trois (trois jours après le jour J.), quand le personnel eut appris à admettre 100 patients par heure, des groupes de 300 en général, mais qui ne restaient que 24 heures avec nous après avoir reçu tous les soins médicaux les plus importants."

Transcription

J’ai grandi dans une ferme dans la (vallée de) Okanagan (Colombie-Britannique) et j’ai réussi à finir ma première année d’université d’abord avant de m’engager dans l’ARC (Aviation royale canadienne). J’ai été déclaré inapte pour raisons médicales, alors je suis parti à Trail en Colombie Britannique, en tant qu’analyste (fait des tests sur les minéraux et minerais pour déterminer la composition et la valeur) pendant deux ans. À ce moment-là, je faisais beaucoup de travail de laboratoire. Je me suis porté volontaire pour l’armée de terre, on m’a affecté au corps médical (Corps de santé royal canadien) et j’ai fait une formation intensive de quatre mois à Toronto sur les analyses de laboratoire à l’hôpital avant de partir en Angleterre avec l’hôpital général canadien N° 4.

Mes fonctions comprenaient pratiquement tout ce qu’on fait dans un labo; et j’ai fini par avoir le statut de sous-officier supérieur. On n’avait pas toujours tout l’équipement dont on avait besoin, alors j’en fabriquais une partie avec l’expérience que j’avais acquise en grandissant dans un endroit où quand quelqu’un veut quelque chose, sans avoir d’argent, il fallait qu’on le fabrique.

On est arrivés en Angleterre dans l’hôpital le plus récent de Florence Nightingale dix jours avant le jour J., pour prendre la relève de l’hôpital général canadien N° 8, qui était un hôpital canadien fonctionnel à ce moment-là. Il a été envoyé sur le continent peu de temps après le jour J. Les victimes sont arrivées jusqu’à nous jour J. plus trois (trois jours après le jour J.), quand le personnel eut appris à admettre 100 patients par heure, des groupes de 300 en général, mais qui ne restaient que 24 heures avec nous après avoir reçu tous les soins médicaux les plus importants. Le personnel devait alors laisser sortir 100 patients par heure pour faire de la place pour les patients suivants. Les patients arrivaient en camion ou ambulance, puis en ambulance aérienne du continent en Angleterre, et puis une ronde d’ambulances depuis l’aéroport. Ils arrivaient chez nous le plus souvent quelques heures après avoir été blessés. Le sang qu’ils avaient sur eux n’avait pas encore séché et nombre d’entre eux avaient des armes de petit calibre ou autres chargées sur eux. De nombreuses infirmières de service ont dû s’occuper d’un arsenal en tout genre jusqu’à ce que le quartier-maître (responsable du ravitaillement et du matériel) vienne les reprendre.

L’hôpital avait trois salles d’opération qui marchaient 24 heures sur 24, sept jours par semaine, avec au moins deux équipes chirurgicales avec deux docteurs pour chaque salle d’op qui étaient de garde en permanence. Je me souviens d’un homme extraordinaire, un simple soldat, affecté à la suture des blessures en raison de ses compétences uniques. Où avait-il appris, je ne l’ai jamais su, mais il passait ses journées entières jusqu’à ce qu’il soit démobilisé en 1946.

Dans cette mêlée un jour j’ai été appelé dans la salle d’opération par un certain Dr Joe Samass pour voir un patient sur la table. Le Major Samass était en train de procéder à la première anastomose de l’artère poplitée dans l’histoire de notre hôpital. Jusque-là, l’hôpital avait perdu sept jambes à cause de la gangrène, ça vient de l’absence du sang. L’artère poplitée est la seule manière d’alimenter la jambe en sang. Au moment où les patients arrivaient dans notre hôpital, en général c’était trop tard. La perte des jambes était un gros souci. Sur la table j’ai vu un homme allongé. Le docteur Samass procédait à une anastomose de la septième artère poplitée en utilisant une large veine de la jambe. Derrière tout ça : un très jeune docteur dans un centre de tri des blessés en Europe avait trouvé un morceau de tube en verre et de la silicone liquide pour tapisser le tube et avait fait une anastomose de fortune de l’artère poplitée tranchée de l’homme. Le patient avait été placé dans un corset de plâtre, ouvert et renvoyé en Angleterre, nous parvenant quelques heures après avoir été blessé, alors il n’a pas perdu sa jambe.

Le Dr Samass m’a demandé si je pouvais souffler du verre. Oui. Peux-tu arrondir les bouts, et as-tu de la silicone liquide? Oui, et oui. Alors il a dit, pourrais-tu fabriquer quinze à vingt ensembles de deux pièces de tube en verre arrondi avec une petite bouteille avec une pipette pleine de silicone, qu’on va leur envoyer sur la ligne de front. J’ai fabriqué des tubes de 1 cm d’une longueur de 12,5 à 17 cm, arrondis, avec les deux extrémités polies à chaud. C’était des tubes de verre ordinaires qu’on avait au labo pour fabriquer du matériel. Puis au dispensaire, j’ai pris des bouteilles compte-gouttes de 30 ml et je les ai remplies avec de la silicone liquide qu’on avait au labo et qui jusque-là n’avait jamais servi à rien. La silicone versée dans les tubes prévenait la coagulation du sang dans le tube. Ces ensembles ont été enveloppés dans du coton, stérilisés et envoyés aux centres de tri des blessés de la ligne de front en Europe le lendemain. L’hôpital canadien N° 4 n’a plus jamais perdu une seule jambe. J’étais content d’avoir participé à ça. De mémoire, notre hôpital n’a eu qu’une seule victime du champ de bataille. Si vous arriviez jusqu’à l’hôpital, vous restiez en vie.

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