Témoignages d'anciens combattants:
Pierre T. Basque

Armée

  • Pierre Basque en 2010, au Quai Wishard, Pointe Des Robichaud, Nouveau-Brunswick.

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  • Portrait souvenir numérisé fait à Brighton, Angleterre, lorsque Pierre y est retourné en visite dans les années quatre-vingt dix. La photo originale utilisée a été prise en mars 1946.

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  • Télégramme envoyé à la mère de Pierre Basque, l'informant que son fils a été blessé, daté du 22 décembre 1944.

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  • Diplôme reçu par Pierre Basque le 11 novembre 2000 au Colisée de Moncton, Nouveau-Brunswick, du consul général de France Jacques Gascuel, en reconnaissance de la France envers les soldats des armées alliées engagés dans les combats du débarquement en Normandie et de la libération 1944-45.

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  • Quelques médailles appartenant à Pierre Basque, depuis la gauche; médaille d'officer de la Légion Royale Canadienne (Tracadie, N.B. filiale 45.), médaille commémorative donnée par la France, médaille commémorative donnée par la Hollande. Sur la médaille française (au milieu), notez l'inscription "Blessant mon coeur d'une langueur monotone," qui provient d'un poème de Paul Verlaine. Cette phrase fut répétée sur les ondes radio de la Résistance Française pour signaler que l'invasion de la Normandie était imminente.

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"Il a fallu travailler le tourniquet, qui est les premiers soins qu’ils m’ont donnés, mais ça n’a pas marché pendant la nuit. Ç’était une nuit d’enfer."

Transcription

Je suis Pierre Basque, je faisais partie des Fusiliers Mont-Royal. Je suis né à Saint-Pons, non loin de Tracadie-Sheila au Nouveau-Brunswick. Par la suite, on nous a dit qu’on s’en aller en direction de Lille en France [en 1944]. On a été plusieurs jours là à Lille avant de s’en aller en direction de la Belgique. Justement, si ma mémoire est bonne, il y avait un Chiasson de Shippagan [Nouveau-Brunswick] qui était avec moi, mais il n’était pas dans mon unité. Nous étions allés faire une marche ensemble le soir dans la rue. Un monsieur nous a dit « Venez ici je vais vous parler » et c’était un vétéran de la Première Guerre mondiale. Il était bien content de rencontrer des Canadiens français. Il a dit qu’il avait rencontré plusieurs Canadiens français durant la Première Guerre mondiale. Par après, il nous a fait traverser la rue, on était [dans] une taverne, il a payé chacun une bière et nous a présentés aux gens du coin. Ça a été joyeux pour nous autres.

Au début ça fait drôle de voir quelqu’un qui est mort, dans une maison, par terre ou dans les fossés. Ça fait frémir. Par après, on vient accoutumé, puis on dirait que voilà quelqu’un qui est mort et ça ne nous fait rien. C’est juste un blessé – quand quelqu’un est blessé gravement – c’est là qui c’est dur pour nous autres… de le regarder, là qui est en train d’avoir des soins médicaux, avant de l’envoyer en arrière, on pense parfois que ça va arriver à nous autres aussi.

On avait des jours de repos qui nous permettaient, après deux ou trois semaines sur le champ de bataille, d’aller un peu en arrière des lignes pour nous calmer les nerfs. Une fois qu’ils étaient rentrés dans nos lignes, un de mes camarades avait la toux et ça donnait que les Allemands l’ont entendu et ils ont lancé une grenade dans notre tranchée. Par après, 7 secondes ce n’est pas long. C’est mon camarade Roger Chabot qui l’a trouvé avant moi, car tous les autres étaient couchés dans le fond de la tranchée. On était juste les deux qui faisaient la garde. La grenade est tombée entre moi et Chabot. Lui, il l’a trouvé, mais quand il l’a trouvé l’explosion s’est fait et il a perdu sa main complètement. Le caporal qui était avec nous autres, le caporal Bessette, il m’a dit qu’il était parent du frère André [Il est considéré comme saint saint par l'Église catholique romaine depuis le 17 octobre 2010] à l’oratoire St-Joseph. Le frère André Bessette était son oncle.

Il nous avait donné des ordres d’essayer de sortir celui-là qui était blessé le plus grave, [donc] Roger – moi, j’étais blessé, mais je savais qu’il fallait faire quelque chose. J’ai saisi la mitrailleuse et j’ai tiré deux magazines, à peu près 30 balles par magazine. J’en ai tiré deux aussi bas que je pouvais. Après ça ils l’ont sorti, le blessé qui n’avait plus la main puis les trois autres m’ont laissé tout seul. J’ai mis un […] prendre prisonnier, parce qu’une fois sorti, mon pied gauche était blessé, j’avais un morceau de grenade sous la cap [rotule] du genou et trois autres en bas. Ça saignait pas mal et le mal commençait. Un moment donné, j’ai trébuché en sortant de la tranchée et il y avait un Allemand qui a presque marché sur moi. Je n’ai pas bougé.

J’ai demandé plus loin des secours. Ils sont venus me sortir de là. Ça prit pendant 3 à 4 heures de sortir pour éviter un champ de mines. On était entré par le champ de mines, dans ce territoire là, mais on ne pouvait pas ressortir par la même direction, parce qu’il n’y avait personne avec nous autres à ce moment pour détecter les mines, pendant la nuit. Il a fallu prendre un cours à travers lebois. Ça nous a pris trois ou quatres heures. Il y avait un officier et un autre que je ne rappelle pas son nom. Il m’a porté dans ses bras parce que je ne pouvais plus marcher. Puis une fois arrivée dans une maison, il y avait un docteur et une nurse [infirmière]. Ils ont pansé le premier Roger Chabot; il n’avait presque plus de sang dans le corps, il avait tout perdu son sang. Il a fallu travailler le tourniquet, qui est les premiers soins qu’ils m’ont donnés, mais ça n’a pas marché pendant la nuit. Ç’était une nuit d’enfer.

Les premières années je faisais des cauchemars souvent, souvent, comme si j’étais encore dans l’armée. Les champs de bataille et tout ça. Ce sont des choses qui arrivent à tous les vétérans aujourd’hui. C'est-à-dire ceux qui ont vu de l’action. Ça ne peut pas disparaître de nos têtes. C’est là pour rester jusqu’à la fin de nos jours. Quand on raconte nos histoires à des civils, ils n’ont pas une idée vraiment de ce qu’on a vécu.

NDLR: Les trois frères de Pierre Basque Albénie, Edmond et Odilon (connu sous le nom d’Eddy) se sont aussi porté volontaires dans l’Armée Canadienne pendant la guerre.

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