Témoignages d'anciens combattants:
John Allan Edwards

Marine marchande

  • Photo aérienne Luftwaffe Focke Wulf 190 du RMS Empress of Japan - le vesseau sur lequel John Allan Edwards a servi en tant qu'officier de navigation et artillerie -sous attaque, en position 53º54'N, 14º28'W, 0910 GMT, le 9 novembre 1940.

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  • Officiers de la Marine Marchande sur le rivage, en partance avec le RMS Empress of Japan posant devant les Pyramides de Giza, Égypte, octobre 1940. John Allan Edwards est le 3ème à droite au centre de la photo.

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  • Officiers et matelots posant au RMS Empress of Japan pendant la navigation du convoi US1 dans l'Océan Indien, janvier 1940. John Allan Edwards est le 3ème à gauche dans le rang du haut.

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  • John Allan Edwards au début de son service militiaire en tant qu'officier de navigation du RMS Empress of Japan/Empress of Scotland, vers 1939-40.

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"Or il faut noter que, j’ai fait 51 traversées de l’Atlantique Nord et j’ai passé le Cap de Bonne Espérance une douzaine de fois. Combien de fois ai-je trouvé l’océan Indien sur mon chemin, je ne m’en souviens pas."

Transcription

Comme un jeune lycéen, à Halifax, il y avait un bon nombre de personnes engagées dans la marine marchande ; et depuis mes toutes premières lectures, j’ai pensé que ce serait très bien de faire carrière sur la mer et de gravir tous les échelons jusqu’au poste de capitaine d’un navire. Je me suis engagé en mars 1928 en tant que vulgaire marin tout en bas de l’échelle.

La guerre a commencé, en ce qui me concerne, le 3 septembre 1939 dans le port de Shanghai. On était sur le chemin entre Shanghai et Vancouver, avec des arrêts dans des ports au Japon. Mais étant donné la situation, on a évité les ports japonais et on a pris la mer le 4 septembre escortés par le NSM Cumberland.

Le Cumberland nous a escortés jusqu’à un endroit au sud du Japon et ensuite nous a quittés ; et on a fait le chemin jusqu’à Honolulu et puis Vancouver. L’Empress of Japan. J’étais soit 5ème officier soit 4ème officier. (Rire) J’ai oublié, mais j’avais embarqué sur ce navire l’année d’avant seulement. On est arrivés à Vancouver pour finir, et nous avons fait un voyage sur notre planning en temps de paix. C’est à dire, de Vancouver, Honolulu, Yokohama, Kobe, Shanghai, Hong Kong, et Manille, et retour à Vancouver. Dans la dernière partie du mois de novembre, nous avons été réquisitionnés pour assurer le transport des troupes et on a navigué de Vancouver jusqu’à Sidney en Australie directement. Et ensuite on nous a donné l’ordre de nous rendre à Greenock en Écosse.

Sur le chemin de Greenock, au large de la côte ouest de l’Irlande, on a été bombardés par un Condor FuckeWulf, d’où la photo en votre possession. La photo que vous possédez montre ce qui a résulté de la deuxième bombe qu’ils ont tiré sur nous. Pour une raison ou pour une autre la troisième bombe faisait partie de la procédure habituelle, ou pour essayer de nettoyer toute l’équipe des canons. Les deux bombes qui avaient été larguées pour faire ça, elles ont manqué le navire de peu. L’une a touché la lisse de couronnement (rail autour de l’arrière) à la poupe et a laissé une partie des ailettes. Elles ont toutes les deux explosé dans l’eau ; et ont fait sauter le pied du gouvernail. Mais à quelques centimètres près je ne serais pas ici en train de vous parler aujourd’hui.

Ensuite nous avons commencé à transporter des troupes de soldats britanniques en convoi du Cap de Bonne Espérance jusqu’à Suez. On avait les troupes au départ et au retour on prenait des gens qui étaient transférés ou des réfugiés peut-être, mais on naviguait sans escorte tout seul sur le chemin du retour en Grande Bretagne. La vitesse de croisière de l’Empress of Japan était de 21,5 nœuds. Après ça, en juin 1944, j’ai pris les commandes du (SS) Alder Park. J’ai fait un voyage de Montréal à Manchester en Angleterre ; et puis de toutes les destinations, on nous a chargé le navire et on nous a dit d’aller à Calcutta avec le ravitaillement pour la 14ème armée (britannique en Birmanie). On est retourné à Halifax en passant par le canal de Suez et la Méditerranée. Et quand on est arrivés à Halifax, on nous a ordonné de prendre un autre chargement et d’aller à Calcutta, ce qui n’était pas très plaisant, il fallait traverser l’Atlantique.

Donc tout ça c’était de longs voyages dans des conditions de grande chaleur, sans air conditionné, et on était alimentés au charbon. Les pauvres chauffeurs (qui entretiennent les moteurs du navire), il faisaient leur travail dans la chaufferie avec le charbon et la cendre. Ils souffraient tous d’éruptions sur la peau et la cendre, de forte transpiration. La poussière de charbon empirait la situation, mais tous servaient leurs positions et il n’y a jamais eu le moindre problème. On faisait tout ce qu’on pouvait pour arranger la situation, mais vous ne pouviez pas y faire grand-chose, à part leur mettre des liniments sur leurs dos. Alors le truc c’était que vous aviez un groupe de gens très compétents qui travaillaient sur ces navires dans des conditions, à part les actions de l’ennemi, de grand inconfort.

Or il faut noter que, j’ai fait 51 traversées de l’Atlantique Nord et j’ai passé le Cap de Bonne Espérance une douzaine de fois. Combien de fois ai-je trouvé l’océan Indien sur mon chemin, (rire) je ne m’en souviens pas. Il y a eu un voyage qui nous a fait faire le tour de la terre, et pendant tout ce temps-là, je n’ai eu qu’un mois de permission parce qu’on m’a fait débarquer pour cause d’épuisement. Et pourquoi je suis ici, laissez moi voir : j’ai survécu au bombardement au large de la côte ouest de l’Afrique ; j’ai survécu à une situation épouvantable, une confusion terrible dans un convoi où mon collègue (le bateau qui naviguait à côté du Alder Park) a tourné du mauvais côté et j’ai dû faire les manœuvres moi-même pour sortir de là, car j’étais l’officier de quart.

À Singapour, tous les accidents évités de justesse n’ont pas endommagé le bateau le moins du monde, et il y avait d’autres bateaux qui ont été sacrément endommagés. J’ai été à eux doigts d’être incinéré dans la mer Rouge en étant à deux doigts d’une collision avec un pétrolier au milieu de la nuit. Et mon collègue qui était au large des côtes d’Irlande au nord, en allant à Glasgow il s’est fait torpillé. Pourquoi lui et pas moi ?

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