Témoignages d'anciens combattants:
Shell Lawr

Armée

  • Le soldat M. Bulyea des Calgary Highlanders nettoyant sa mitrailleuse Bren avec son Universal (transporteur Bren) au second plan, à Fort de Schooten, Belgique, le 4 octobre 1944.
    Bibliothèque et Archives du Canada / Bell, Ken, 1914-, photographe / Numéro Mikan: 3298541

    Bibliothèque et Archives du Canada / Bell, Ken, 1914-, photographe / Numéro Mikan: 3298541
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"Et on est passés en Allemagne, je ne sais pas où, à quelques kilomètres, je ne sais pas combien. Et j’étais là-bas quand la guerre a pris fin. La journée la plus morne de la guerre, rien à boire, personne sur qui tirer et pas grand monde à qui parler."

Transcription

Je me suis engagé dans l’armée en 1942 à Brampton. La première chose, ils nous ont envoyés à Toronto, et de Toronto à Fredericton (Centre d’entrainement de l’armée de terre canadienne N° 70) dans le Nouveau-Brunswick pour faire nos classes. De là, après deux mois d’entrainement élémentaire, ils nous ont séparés. Une moitié est partie à Camp Borden et j’ai eu la chance ou la malchance, je suis parti à (Camp) Dundurn en Saskatchewan (Centre d’entrainement canadien de reconnaissance A27), où j’ai suivi l’entraînement dans la reconnaissance, c’est des blindés légers, chenillettes Bren (véhicule chenillé blindé léger), conduite de camions et ainsi de suite. Dans l’armée mon véhicule préféré c’était la chenillette Bren. De là, on nous a envoyés en Angleterre, de l’autre côté de l’océan et on est allé à Woking. Là-bas, j’ai suivi l’entraînement de chauffeur de char. J’étais à Woking un jour, en dehors de la ville là-bas, quand on a vu la première bombe volante (la bombe volante allemande V1) qui arrivait sur l’Angleterre. Personne ne savait ce que c’était. Un avion à réaction sans pilote et elle est passée au-dessus de nos têtes et puis elle s’est arrêtée, et puis elle est tombée et a explosé, ce qui après ça, ils en ont envoyé 5000 environ sur Angleterre, mais 2500 sont arrivées à destination et ont tué un nombre impressionnant de gens. Je suis parti en France et, bon en fait, j’étais, on descendait des véhicules pour le Jour J. Ça a duré un moment. Je n’ai pas participé au jour J., par chance, mais quand j’y suis allé, on était alignés, je ne sais pas combien de centaines, mais il y avait une file qui y allait et une file qui en partait. Nous on y allait, les prisonniers de guerre allemands repartaient. Ils avaient plus de chance que nous; la guerre était finie pour eux. Mais c’est la vie. Et par chance encore une fois, on était en France, en tant que chauffeur de char, et quand ils avaient besoin de provisions sur le front, ils demandaient à un groupe d’entre nous qui savaient conduire des camions. Bon, j’étais un bon chauffeur de camion, enfin c’était ce que je pensais en tout cas. Alors on a pris ces camions, chargés pour aller sur le front. Et je n’oublierai jamais la traversée de Caen. La ville était détruite et il restait juste de quoi la traverser. J’ai roulé environ une quinzaine de kilomètres et mon camion a rendu l’âme, alors je me suis rangé sur le côté et suis resté là jusqu’à ce qu’ils viennent me chercher, le corps des magasins (Corps royal canadien des magasins militaires). Cependant, je suis descendu du camion, ai réparé ça, n’ai jamais revu ces gars. J’ai continué jusqu’au front et alors je n’arrivais pas à me débarrasser de ce camion. J’ai finalement réussi à trouver quelqu’un pour s’en occuper et puis ils m’ont renvoyé en France, bien plus bas près de la Normandie. Et puis là ils m’ont renvoyé dans le corps de l’intendance (Corps royal de l’intendance de l’armée canadienne), c'est-à-dire qu’on ne faisait plus que conduire les camions, la 64e division blindée, non pas une division, c’est un groupement (Compagnie de transport de l’armée de terre N° 64, Corps royal de l’intendance de l’armée canadienne). J’étais avec eux; et on était là-bas on roulait avec eux, on est restés là-bas pendant des semaines, je ne me souviens pas combien de temps, mais ils nous ont dit qu’on pourrait avoir une permission de retour à Londres. Bien. Alors avec un autre type qui s’appelait Baker et qui était d’Ottawa, on a pris le chemin de l’Angleterre. Et quand on est descendus du bateau de France, et monter dans le train pour Londres, on a vu notre première fusillade au volant. C’était un lieutenant et un sergent qui venaient de rentrer du front et je pense qu’ils avaient un peu trop bu; et ils faisaient un carton sur les moutons en tirant par la fenêtre. Donc ce fut ma première fusillade au volant. J’ai eu une permission en Angleterre, à Londres, et retour en passant par Dieppe parce que Dieppe était libre à ce moment-là; et on est partis en Hollande. Alors en tout cas, on a arrêté le pontage et à partir de là on s’est seulement occupés d’apporter des trucs en camion jusqu’au front. Et on est passés en Allemagne, je ne sais pas où, à quelques kilomètres, je ne sais pas combien. Et j’étais là-bas quand la guerre a pris fin. La journée la plus morne de la guerre, rien à boire, personne sur qui tirer et pas grand monde à qui parler.
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