Témoignages d'anciens combattants:
Kenneth Macdonald

Forces aériennes

  • L'équipage du Halifax de Kenneth Macdonald en 1944. À partir de la gauche au premier rang : Ginger Forsyth (RAF) : opérateur brouillage , Les Coggins (RAF) : mécanicien de bord, Ken Macdonald (RCAF) : pilote, Paddy Nevin (RAF) : mitrailleur de queue. Dernier rang : Stan Crane (RCAF) : navigateur, membre du personnel au sol non identifié, Don Maskell (RAF) : mitrailleur dorsal, Geordie McCann (RAF) opérateur radio, Barny Vanden (RCAF) : viseur de lance-bombes.

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  • Le Pilote Kenneth Macdonald en vol au cours d'une sortie contre Cologne, Allemagne en 1944.

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  • Lee Coggins : mécanicien de bord, au cours d'un sortie aérien contre Cologne, Allemagne en 1944.

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  • Ginger Forsyth : opérateur de brouillage, au cours d'une sortie aérien contre Cologne, Allemagne en 1944.

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  • Le Queen's Head, le pub favori de Kenneth Macdonald et de son équipage pour se détendre après un raid aérien.

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"On savait qu’on faisait quelque chose qui était à part parce qu’on avait des opérateurs spéciaux et un équipement spécial à bord, mais c’était tellement secret, ils ne nous ont même pas dit."

Transcription

L’escadron 192 était l’escadron des fonctions spéciales dans le Bomber Command. Il ne transportait pas de bombes. Ce qu’il transportait en revanche c’était un équipement électronique spécial, des radars, des opérateurs spéciaux et ainsi de suite. Notre fonction c’était de voler en même temps que le bomber stream et d’essayer de semer la confusion dans les forces allemandes en les fourvoyant, en détournant leur attention et ainsi de suite.

On utilisait toutes sortes de manières. Par exemple, ils nous envoyaient dehors par mauvais temps alors que le reste du Bomber Command était cloué au sol pour essayer de simuler une attaque de bombardiers qui allait attirer les allemands dans le ciel et alors ils se précipitaient dans le coin et repartaient et atterrissaient à nouveau, après avoir gaspillé leur temps et leurs efforts. C’était un genre de chose qu’on faisait.

On volait avec le bomber stream et on avait du matériel à bord qu’on pouvait utiliser pour simuler notre présence au sein d’un grand bomber stream, alors qu’en fait on était en compagnie de quelques appareils seulement. Ce qu’on pouvait faire c’était de nous écarter du bomber stream principal et prendre une direction différente ; et en utilisant les appareils qu’on avait à bord, on faisait croire aux allemands qu’il s’agissait d’une modification importante du bomber stream et qu’il se dirigeait vers une cible différente. Alors avec un peu de chance, ils partaient à notre poursuite et restaient à distance du groupe principal. Donc ça c’était une autre chose qu’on faisait.

Et de temps en temps, on prenait des opérateurs allemands à bord et ils se mettaient sur les fréquences du contrôle aérien et ils semaient la confusion chez les chasseurs en leur donnant de fausses instructions, leur disant de tourner à gauche au lieu de droite et de monter au lieu de descendre, etc. Et de leur dire d’ignorer les instructions qu’ils recevaient de leurs contrôleurs aériens. En d’autres mots on faisait ce qu’on pouvait pour saboter leur travail. Et de temps en temps on leur disait, rentrez et atterrissez immédiatement, les conditions météo sont épouvantables. Alors c’était quelques unes des choses qu’on faisait.

Bon, c’était tellement secret (rire) qu’ils ne nous ont pas dit ce qu’on faisait au cours des douze premiers vols. On savait qu’on faisait quelque chose qui était à part parce qu’on avait des opérateurs spéciaux et un équipement spécial à bord, mais c’était tellement secret, ils ne nous ont même pas dit, ce qui vous conduisait à vous demander : bon sang, ils sont en train de me tirer dessus, mais qu’est-ce que je fais ici ?

En fait mes mitrailleurs ont descendu un Focke-Wulf 190 pendant un de nos vols. Et je devrais vous raconter ce voyage. On transportait du matériel radar allemand à bord, qu’on testait. Ça venait de l’épave d’un avion allemand. On le testait pour ses capacités d’interception. Et ce qui s’est passé c’est que mon opérateur spécial, en se servant de ce matériel allemand, a repéré cet avion qui arrivait au dessus de nous et il a alerté nos mitrailleurs, comme ça nos mitrailleurs ont pu ouvrir le feu avant même que le Focke-Wulf 190 sache qu’on était là. Maintenant, je dois dire, rappelez-vous, on était complètement dans le noir à ce moment-là, donc le chasseur ne savait pas qu’il était virtuellement au dessus de nous jusqu’à ce qu’il se fasse descendre. Alors celle-là c’en était une bonne.

Il y a eu un autre événement quand… Le Bomber Command avait l’habitude de voler en groupes. Il pouvait y avoir jusqu’à 1000 appareils qui volaient, chacun dans leur propre dans ce qu’ils appelaient un troupeau. Vous essayiez tous d’avoir les mêmes contraintes de navigation, vous savez, pour être à un certain endroit à un certain moment. Et ça se passe sans lumières pour votre protection, et il fait nuit noire. Alors vous pouvez imaginer à quel point ça peut vous donner pas mal de sueurs froides. Les règles du Bomber Command étaient telles qu’il n’y a jamais vraiment eu beaucoup de collisions en plein ciel, mais on en voyait de temps en temps, ça arrivait.

Alors je n’oublierai jamais un raid en particulier alors qu’il faisait nuit noire. Je regarde vers la gauche par le hublot de mon Halifax ; et j’ai vu le tableau des instruments allumé dans un chasseur allemand alors qu’il filait. Maintenant vous pouvez imaginer à quel point il devait être proche, je pouvais voir ses lumières dans le cockpit. C’est le plus près que j’ai été en plein ciel.

L’habitude dans le Bomber Command c’était de faire une trentaine de vols opératoires. Il y avait une période sans pendant que vous alliez servir d’instructeur ou quelque chose d’autre, vous reveniez et faisiez une deuxième série de vols, et ainsi de suite après ça. Mais à ce moment-là de la guerre, les équipages remplaçants arrivaient du Canada en si grand nombre qu’ils ne s’embêtaient pas à nous garder pour une deuxième série, ils prenaient les nouveaux arrivants pour qu’ils fassent leur première série. Ça a pris un moment pour me reprendre. C’est vraiment différent comme existence quand vous sortez de l’expérience de la guerre comme ça pour aller travailler dans un bureau. Vos souvenirs vous renvoient à des événements que vous aimeriez mieux oublier, mais ça prend un moment pour s’acclimater. Quand vous passez des vols en opérations à l’édition, ça n’a vraiment rien à voir. Faut-il que je mette une virgule ici ou devrais-je mettre un point-virgule ?

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