Témoignages d'anciens combattants:
Leslie Garayt

Marine

  • Leslie Garayt dans le port de Halifax, en 1942, attendant une mission d’escorte de convoi. Le tampon de la censure maritime figure au dos de la photo.

  • Le Navire canadien de sa Majesté (NCSM) Scatari, un bateau patrouilleur de la GRC, saisissait des navires contrebandiers au large des côtes de la Nouvelle-Écosse. Photo nº PA104451 des Archives nationales du Canada.

  • Bateau torpillé remorqué vers le port de Halifax. Les navires de convoi canadiens veillaient sans cesse à éviter les mines et les U-boats allemands.

  • Autre bateau canadien torpillé retournant à Halifax.

  • L’ancien combattant canadien Leslie Garayt en 2001. Cette photo publiée dans le Vancouver Sun s’accompagnait des commentaires de M. Garayt sur les attentats du World Trade Center du 11 septembre 2001.

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"Nous portions le nom de « hunter-killer » (groupe anti-sous-marin avec porte-avions)… En somme, notre tâche consistait à faire la chasse aux sous-marins."

Transcription

Je m’appelle Leslie Garayt. Je me suis enrôlé dans la Marine en 1941, à Montréal, et j’aimerais dire ceci pour nos auditeurs francophones : « Mon nom est Leslie Garayt. J’étais dans la Marine royale du Canada, l’année 1941 jusqu’à la fin de la guerre 1945. » Voilà essentiellement ce que je voulais dire en français.

Je me suis retrouvé à bord de trois navires, dont le NCSM Dawson. On m’a transféré en Ontario pour suivre un cours, et de là je suis allé à Halifax. J’y suis resté environ deux ans à bord d’un bateau de service appelé le NCSM Scatari.

Au début 1944, nous sommes embarqués à bord d’un destroyer américain donné à la Marine royale de l’Angleterre, puis j’ai été transféré sur le NCSM Loch Morlich, qui était une frégate, sur lequel j’ai servi jusqu’à la fin de la guerre pour des missions d’escorte, de chasse aux sous-marins et autres. Nous portions le nom de « hunter-killer » (groupe anti-sous-marin avec porte-avions). Et notre tâche consistait à patrouiller l’Atlantique, la Manche, la mer d’Irlande et ailleurs. De la chasse aux sous-marins en quelque sorte…

Comme on le sait, de nombreux bateaux ont été torpillés pendant la guerre et par un beau Noël, nous nous sommes arrêtés à notre base de Londonderry, où du courrier nous attendait. Ma mère m’avait envoyé un gâteau de Noël et de retour sur le pont, ça n’a pas tardé… il n’en restait plus une miette. Et je me suis dit que c’était tout de même incroyable, que nous escortions la marine marchande à travers l’océan et que le gâteau de ma mère avait fait le voyage sans encombre.

Nous restions surtout dans l’Atlantique Nord. Il y faisait froid mais c’était évidemment plus agréable en été. Mais ça pouvait être long car lorsqu’on n’escortait pas de cargo ou d’autres navires, nous patrouillons à la recherche de sous-marins. Nous avons mené une foule d’attaques, tirant parfois sur des rochers, et c’était au capitaine de décider s’il s’agissait d’un rocher ou d’un U-boat. Nous étions un jour en poste de combat… car nous avions un très bon contact disant qu’il y avait un U-boat au loin, et j’étais alors ce qu’on appelle un « squid », c’est-à-dire le lanceur de grenades anti-sous-marines. Et nous sommes restés en poste pendant six heures environ. Le contact était donc très sûr et en pareil cas, d’autres bateaux et un avion patrouillaient aussi pour que le sous-marin ne prenne pas la fuite. Mais le capitaine a ordonné de protéger les postes de combat, et quand je suis retourné à la timonerie, le barreur était sidéré car il disait qu’il y avait un sous-marin alors que le maître à bord affirmait qu’il s’agissait d’un rocher. Mais il y avait un échosondeur dans la timonerie, ou un sondeur acoustique si vous voulez, qui montrait la silhouette d’un U-boat avec huit mètres d’eau en dessous. Alors, ce n’était sûrement pas un rocher… Et le barreur était prêt à s’emparer du bateau, ce qui aurait évidemment tourné à la mutinerie. Mais bon, il s’est retenu... Quelques jours plus tard, nous avons lu dans les journaux que l’Aviation royale du Canada avait coulé en surface un U-boat près des côtes françaises et qu’on croyait qu’il avait été endommagé auparavant par la Marine royale canadienne. Au fil des années, qui s’envolent d’ailleurs si rapidement… j’ai toujours voulu en avoir le cœur net. J’ai fait beaucoup de recherches sur la période de mon service dans la Marine, me rendant à Ottawa pour consulter les archives, où l’on semble avoir changé de méthode depuis quelques années. Car je n’avais plus accès aux mêmes informations. En fait, je ne voudrais pas découvrir la preuve qu’un U-boat nous avait échappé, car j’en serais vraiment furieux.

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