Témoignages d'anciens combattants:
Joseph Frank “Tex” Wilson

Marine

  • Joe Wilson (au fond) sur le NCSM New Westminster.

    Joe Wilson
  • Article du Navy News datant du 3 février 1966, rapportant la retraite de Joe Wilson de la Marine.

    Joe Wilson
  • Joe Wilson à Portsmouth attendant un train pour aller à Dunstable pendant une permission au Royaume-Uni, 1948.

    Joe Wilson
  • NCSM Esquimalt.

    Marine Royale Canadienne
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Écoutez ce témoignage

"Le capitaine est monté ; et a dit très brièvement, abandonnez le navire et c’est ce que j’ai fait. J’ai traversé le pont supérieur, du côté de la cheminée et j’ai sauté dans l’eau."

Transcription

Je suis né à Dunstable dans le Bedfordshire en Angleterre. J’ai immigré au Canada en 1927, j’ai débarqué à Halifax, Quai N°1 (Quai 21) le, croyez le ou non, le 16 avril 1927. Il m’est arrivé beaucoup de choses en avril, on dirait.

J’étais un matelot asdic (sonar), un détecteur de sous-marins. Ils émettaient des ondes sonores et ça vous renvoyait un écho, écho renvoyé par un soi-disant sous-marin, où quoi que ce soit que vous atteigniez. Très souvent, il s’agissait d’une baleine ou d’un banc de poissons. C’est comme si vous frappiez avec un marteau à l’intérieur de votre tête, fermée, clonk (bruit sourd), clonk (bruit sourd), ping (cliquetis), ping (cliquetis). C’est juste comme ça, le renvoi direct de l’écho. Parfois les sons sont bon, pratiquement identiques, mais comme vous pouvez le comprendre, c’est pour ça que vous êtes formé et c’est ça que vous écoutez.

On était partis en patrouille ce matin-là, ou le jour précédent ; et tout avait l’air d’aller à part le 16 avril (1945) au matin, aux environs de 6h30 du matin, je travaillais sur l’appareil ASDIC, mais je n’ai rien entendu. Je n’ai pas entendu le moindre écho ou quelque chose du même genre provenant d’un sous-marin. Mais j’ai bien évidemment entendu la torpille qui a frappé. Le navire s’est immobilisé. C’était juste comme un bruit sourd, comme quand vous êtes assis quelque part et qu’il y a un bruit sourd. C’est l’impression que ça donnait. Il n’y a pas eu de grand choc ou quoi que ce soit de ce genre, mais juste un bruit sourd. On savait qu’il s’était passé quelque chose. On n’a pas fait d’appel parce qu’on n’a pas eu assez de temps. On n’a rien envoyé, pas de SOS ou quoi que ce soit n’a été envoyé du navire. Il a commencé à basculer par tribord et en sombrant en même temps. La poupe s’enfonçait. Le capitaine est monté ; et a dit très brièvement, abandonnez le navire et c’est ce que j’ai fait. J’ai traversé le pont supérieur, du côté de la cheminée et j’ai sauté dans l’eau.

Je n’étais pas plutôt dans l’eau que le mât arrière de la poupe alors qu’elle s’enfonçait, est tombé et m’a frappé dans le dos ; et il m’a entrainé avec le radeau Carley vers le bas. Je me suis bagarré pour remonter, remonter dans le radeau et c’est là que j’ai passé les six heures et demie qui ont suivi.

J’étais en fait assis à l’intérieur du radeau Carley. Mes pieds et la moitié de mon corps étaient dedans, mais les vagues dans l’eau… Mais être assis dans le radeau est une des raisons pour lesquelles j’ai eu la vie sauve. Vous voyez la température de l’eau était glaciale à la limite du gel. Dans l’Atlantique Nord, c’est toujours comme ça. Si je me souviens bien, au début on était 17 dans le radeau et autour du radeau. À la fin, on n’était plus que sept. Le plus souvent ils s’écartaient du radeau. Ils laissaient juste filer, si on peut dire.

On était un peu en rogne après tout le système parce qu’on n’était pas plutôt dans l’eau que le navire s’est enfoncé, mais deux avions sont passés au-dessus de nos têtes. Ils étaient en chemin pour leur patrouille du matin, je suppose. Mais on a fait des signes et on a hurlé, et ainsi de suite, mais ils nous ont ignorés. Ils nous ont ignorés jusqu’à ce qu’ils rentrent au port et qu’ils aient vu les photos qu’ils avaient prises avec leurs appareils photo, et qui nous montraient nous les gens là en dessous. On n’était pas des petits bateaux de pêche. On était vraiment malades dans les radeaux, en essayant d’être sauvés. Assez dur à décrire… Mais on espérait toujours être repêchés, évidemment. Une chose, on arrivait à voir le Sambro (vaisseau amarré de manière permanente qui sert de phare lumineux) à l’horizon. Un gars du nom de Jack Ware, il était tout près, sur le radeau près de moi. On a décidé d’essayer de pagayer avec nos mains parce qu’on n’avait pas de rames à bord. Alors on s’est servi de nos mains et on a réussi à faire en sorte que les autres nous aident et on a ramé ; et on a été le seul radeau à atteindre le Sambro. On est arrivé là-bas au même moment où le (NCSM) Sarnia repêchait les survivants.

Je ne le savais pas à ce moment-là, mais après en être sorti, j’ai regardé ma montre, quand elle est entrée en contact avec l’eau salée, elle s’est arrêtée sur 6h28. De là, je suis allé à Halifax. On m’a envoyé à l’hôpital où j’ai passé les deux ou trois semaines suivantes. Les pieds et les jambes en mauvais état, et le bas en mauvais état. Quoiqu’il en soit j’ai survécu et je suis assis là maintenant en train de vous parler.

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