Témoignages d'anciens combattants:
Frank Henry “Brownie” Cramp

Marine

  • Photo prise en 1939 à la caserne de Portsmouth. Frank Cramp, 18 ans, a fait à peu près un mois d'entraînement avec le régiment royal de fusiliers marins.

    Frank Cramp
  • Frank Cramp avec le Commando 45, quelque part en Angleterre (peut-être à Eastbourne) avant le jour J.

    Frank Cramp
  • Frank Cramp, âgé de 18 ans, après un mois d'entrainement avec la Marine Royale, casernes de Portsmouth, 1939.

    Frank Cramp
  • Frank Cramp à Olds en Alberta pendant un événement organisé par le Projet Mémoire : Histoires de la Deuxième Guerre mondiale le 29 juin 2010.

    Historica Canada
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"Et chacune des balles qui le frappait le faisait reculer d’une quinzaine de centimètres environ, avec son arme qui se balançait toujours dans sa main et il reculait, reculait, reculait, et il y avait du sang qui sortait de partout."

Transcription

C’est l’histoire que j’ai dans la tête pour toujours. Pour faire machine arrière, il leur fallait une protection alors ils m’ont choisi moi et le gars en tandem avec moi, mon numéro deux sur la mitrailleuse Bren pour les défendre pendant leur retraite. Donc ils se sont repliés, je ne les ai plus vus pendant un moment mais tous les deux on n’arrêtait pas de se dépasser à reculons, en tirant sur l’ennemi, on les ralentissait, on reculait d’une quinzaine de mètres en plus et on tirait encore et on reculait, tirait encore. Voilà ce qu’on faisait. Et puis j’ai perdu mon numéro deux pendant ce temps. Il… pas perdu là-bas, il s’est perdu, je n’arrivais pas à le trouver. Alors je me suis retrouvé tout seul et je me rapprochais de ma base là-bas et j’ai pensé, bon sang, je vais prendre mes jambes à mon cou et je serai de retour dans cette petite cour d’école ou bureau de poste, d’où on était partis. Alors j’ai envoyé une bonne salve avec ma mitrailleuse Bren, j’ai mis un nouveau magasin dedans, heureusement – ce qu’on m’avait enseigné à faire toujours, j’ai fait volte face et je me suis mis à courir, comme un dératé. Courir jusque là-bas avec la Bren là-bas. Je suis arrivé à, à ma gauche il y avait une barrière, une barrière en pierre et en métal comme vous trouvez entre les jardins aujourd’hui, vous savez en fil de fer très épais ? Alors je détale comme un fou et j’ai trébuché et je suis tombé, en arrière en quelque sorte et sur le dos avec les jambes faces à la barrière et je me suis cogné par terre, avec ma Bren au dessus à travers la poitrine, j’étais sur le dos et la tête face à la barrière. Au moment où j’ai touché le sol et quand j’ai ouvert les yeux, il y avait un allemand qui m’a paru immense. J’ai compris qu’il me paraissait immense parce que je regardais depuis le sol vers le haut. Et il se trouve derrière la clôture, approchant de la clôture, il était à une dizaine de mètres de moi je dirais. Et il est arrivé, il avait une mitraillette, il s’est approché de la barrière et a placé la mitraillette sur son épaule et il a vidé tout un magasin sur moi à une dizaine de mètres seulement, et il ne m’a pas touché. Or, j’étais allongé… Je suis toujours couché sur le dos. Dès que je l’ai vu et qu’il a commencé à tirer, je, c’est assez drôle, j’ai automatiquement pensé à croisé les jambes pour me protéger à partir de l’aine jusqu’en bas, vous voyez ce que je veux dire. Ça m’est venu tout seul, je ne veux pas me faire toucher à cet endroit-là ! Alors j’ai croisé les jambes, oui. Et j’avais le corps qui tremblait à chaque coup, j’ai tremblé comme ça, tremblé, tremblé, tremblé, en attendant qu’une volée de balles me rentre dedans. La terre se soulevait tout autour de moi et ça me faisait des éclairs dans la tête, je suis foutu, je suis foutu, comme vous savez. Et puis il s’est arrêté de tirer. Et il a cessé de tirer et je l’ai regardé, il a levé sa main et a éjecté le magasin qui était vide et puis il a mis sa main en arrière pour prendre un autre magasin à installer. Mais il n’arrivait pas à ouvrir son rabat. Il n’est pas arrivé à l’ouvrir, pour quelque raison que ce soit, il a tripoté de ce côté là. Et pendant qu’il tripotait ça, j’ai pris mon arme et j’ai écarté les jambes et j’ai tiré en position allongée et j’ai tiré au moins une vingtaine de coups – je n’ai pas utilisé toutes les cartouches – j’ai tiré une vingtaine de fois. Et chaque balle l’a atteint dans la poitrine et sa poitrine toute entière était inondée de rouge, une vision terrible. Et chacune des balles qui le frappait le faisait reculer d’une quinzaine de centimètres environ, avec son arme qui se balançait toujours dans sa main et il reculait, reculait, reculait, et il y avait du sang qui sortait de partout. Et puis j’ai remarqué qu’il y avait deux autres allemands qui arrivaient sur sa droite, deux gars, l’un derrière l’autre. Ils ont vu ce qui se passait. Ils se sont arrêtés. L’un a mis son fusil en position pour me tirer dessus, donc il m’a fallu, c’est là que j’ai arrêté de tirer sur ce gars, j’ai visé l’autre, lui ai tiré dessus et heureusement je l’ai touché. Il est tombé. L’autre gars a été pris de panique, a laissé tomber son fusil, a fait demi tour et s’est mis à courir comme un dératé en arrière pour passer autour d’un bâtiment en briques. Il a disparu. Je me suis relevé d’un bond, naturellement, et j’ai couru comme un fou. Et j’ai atteint le bureau de poste ou l’école peu importe ce que c’était, et il y avait un mur à cet endroit-là, il faisait environ 1,50 mètre de haut et je crois que je suis passé par dessus en tenant la mitrailleuse dans une main et je crois que j’ai sauté par dessus en un seul bond. Il y avait un commando qui regardait au dessus de ça. Il a dit, Jésus, il a dit, j’ai tout vu Crampy – c’est comme ça qu’ils m’appelaient, Crampy – J’ai tout vu Crampy, il a dit, bon sang de bonsoir, qu’est-ce qui s’est passé là-bas ? J’ai dit, ne me demande rien, j’ai dit, mais il a essayé de m’avoir et il n’a pas réussi. Et à partir de là, on est partis de là et retourné dans nos lignes et ça c’est une toute autre histoire.
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