Témoignages d'anciens combattants:
Walter Joseph LaPierre

Armée

  • Formulaire d'attestation de qualification du soldat Walter LaPierre en service dans l'armée canadienne, l'identifiant en tant que conducteur-mécanicien dans le Corps Blindé Canadien.

    Walter LaPierre
  • Certificat de conducteur reçu par le soldat Walter LaPierre pendant qu'il servait avec The Halifax Rifles, le 10 décembre 1942.

    Walter LaPierre
  • Page d'ouverture du livret de service du soldat Walter LaPierre, 1943.

    Walter LaPierre
  • Walter LaPierre à Halifax, Nouvelle-Écosse, le 27 septembre 2010.

    Historica Canada
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"Quand ils m’ont finalement retrouvé, je saignais par les oreilles, les yeux, le nez et par tous les orifices de mon corps."

Transcription

À cette époque tout le monde partait dans l’armée. Tous vos amis, tout le monde. Et bien sûr, c’était pendant la Dépression et je n’allais plus à l’école. Alors j’ai décidé d’aller m’engager dans l’armée, ce que je n’ai pas fait, j’ai rejoint les Halifax Rifles. Je me suis engagé à l’âge de 17 ans, trois semaines avant mon dix-huitième anniversaire. Et on nous a dit que le régiment allait être transformé en blindés. Ceux qui avaient fait des études on les gardait pour aller dans les régiments blindés, ceux qui n’en avaient pas fait assez, ils avaient la possibilité de rester dans l’infanterie. De là, on nous a envoyés à Camp Borden (Ontario), où nous avons commencé l’entrainement sur les chars. Je suis allé à un endroit qui s’appelait Hedley en Angleterre et après être arrivé là-bas, on y a passé une semaine environ, on nous a annoncé que le régiment allait être dispersé pour servir de réserve aux autres brigades et régiments, parce qu’on était un régiment parfaitement entrainé. Et on m’a informé que j’allais partir cette nuit même à 11 heures du soir pour aller à Aldershot, moi et un autre gars du nom de Reed ; qu’on allait partir pour l’Italie comme renforts du 12ème régiment blindé canadien, qui était celui de Trois-Rivières. On m’a envoyé dans le 273ème service de livraison (de chars britanniques), anglais. Mon travail consistait à livrer des chars aux hommes du front quand ils avaient (besoin) de véhicules quels qu’ils soient, parce que j’avais les qualifications nécessaires pour conduire n’importe quel type de véhicule fabriqués pendant la guerre. Je suis resté avec eux à la Bataille de Cassino, c’est là que j’ai commencé avec eux. Me suis fait copieusement tirer dessus à la Bataille de Cassino – pas avec des blessures mais je me suis retrouvé pris entre deux feux la nuit de l’attaque elle-même, une attaque victorieuse – alors que je livrais une voiture blindée aux ANZACS (Corps de l’armée australienne et de l’armée néo-zélandaise de la Première Guerre mondiale) ou néo-zélandais comme vous les appelez. Et j’ai fait l’erreur de quitter la voie ferrée où j’étais protégé pour aller sur la route pour retrouver mon chemin de retour et le barrage s’est ouvert. Quand ils m’ont finalement retrouvé, je saignais par les oreilles, les yeux, le nez et par tous les orifices de mon corps. Quand je suis rentré, notre petit commandant qu’on avait là-bas a dit, oh, ça va passer, allez vous reposer. C’est ce qu’on nous disait. Donc je n’ai même jamais reçu le moindre traitement pour soigner ça. Je suis resté avec eux jusqu’à qu’on arrive à la rivière Arno à Florence. Ensuite on m’a envoyé dans les montagnes rejoindre mon régiment, le Régiment de Trois-Rivières, qui surplombait les plaines de Bologne. Les allemands se baladaient avec des chemises à manches courtes et les canadiens étaient là-haut à mourir de froid avec de la neige jusqu’aux fesses. Et ils ne nous ont pas laissés tirer un seul coup de canon sur eux. Ensuite ils nous ont avisés qu’on partait : enlevez tous les écussons, enlevez tout, supprimez tous les signes distinctifs sur les chars, et on descend de la montagne et ça faisait 120 kilomètres par la route ; cinq kilomètres à vol d’oiseau. Et de la glace, les chars avec des filets de glace sur eux. Une nuit à vous faire dresser les cheveux sur la tête cette nuit-là. Ensuite on a traversé, on a dépassé la tour penchée de Pise jusqu’à une ville connue sous le nom de Livourne en Italie mais qu’on connaît sous le nom de Leghorn en anglais. De là, ils nous ont expédiés à Marseille en France en traversant la mer de Sardaigne, il nous a fallu charger nos chars sur des wagons plats, 30 wagons par train, et ils nous ont éparpillés en France sans endroit pour dormir à part sous les chars, alors qu’ils rebondissaient, jusqu’à une ville belge appelée Ménin. Et quand on est arrivés là-bas, là on a dû s’équiper pour l’attaque de la Meuse. Et à partir de là, on allait d’un endroit à l’autre, jusqu’à ce qu’on ait atteint la ville d’Amersfoort en Hollande, où on s’est pris une bonne raclée de la part des allemands qui disaient qu’on allait laisser tomber et qui nous ont pris au piège contre un barrage routier. Perdu quelques hommes là-bas. Et puis ils ont fait demi-tour et le jour suivant on allait faire sauter la tour d’Amersfoort, elle avait 500 ans et on nous a fait passer le mot, cessez le feu, déchargez, la guerre est finie.
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