Témoignages d'anciens combattants:
John Loudon

Forces aériennes

  • John Loudon (à droit) et ses camarades à Hartford Bridge, Royaume-Uni, en juillet 1944. Cette photographie de l'équipage a été prise quand ils ont servi dans une piscine de plein air locale près de la base de leur escadron.

    John Loudon
  • Médailles de service de John Loudon (de gauche à droite): Étoile 1939-45; Étoile France-Allemagne; Médaille de la Défense; Médaille du Service des Volontaires Canadiens avec fermoir (manquante sur la photo); Médaille de guerre (1939-45).

    John Loudon
Agrandir l’image
Écoutez ce témoignage

"... ils ont mis une armoire devant la porte comme ça personne pouvait savoir qu’il y avait une pièce à cet endroit là. Les allemands sont venus plusieurs fois en nous cherchant mais heureusement, on ne nous a jamais trouvés."

Transcription

On est devenus très bons amis évidemment, à la suite de… Trois d’entre nous étaient canadiens et notre mitrailleur opérateur radio était néo-zélandais. Mais ça se passait bien, on aimait bien être ensemble et on a appris, je pense, à compter les uns sur les autres. L’équipage dans l’escadron 226 de la RAF quand je suis arrivé là-bas au mois de juin 1940… quand c’était, je suis arrivé là-bas le jour précédant le jour J (1944). Et la RAF, cet escadron, avait perdu beaucoup de personnel navigant parce que c’était un escadron permanent de l’armée et il avait été dans les combats depuis le début de la guerre, quatre-vingt-quinze pour cent des membres d’équipage étaient canadiens.

On était une centaine d’avion à effectuer la première mission et c’était l’attaque d’un bâtiment à Caen (France) où les allemands se terraient et l’armée avait du mal à progresser. Et on bombardait dans un périmètre de 100 mètres autour de nos propres troupes alors ils attendaient de nous qu’on soit précis. C’était mon premier vol en mission. On est rentrés ; l’appareil était bourré de trous provenant des tirs de DCA et l’équipe au sol a mis pas mal de temps à rafistoler tout ça. Un de nos équipages avait dû sauter en parachute au dessus de la Manche. C’est un des appareils, ils ont sauté au dessus de la Manche et on les a entourés et on leur a lancé nos gilets de sauvetage et ainsi de suite, pour qu’ils, on ne savait pas s’ils étaient sortis avec tout leur matériel ou pas.

Alors après ça on avait les réservoirs presque vides donc on a atterri à B-5, qui était un terrain d’atterrissage sur la tête de pont de Normandie. On était le premier bombardier à atterrir là-bas et alors qu’on arrivait en fin d’après-midi ou début de soirée, on s’est fait tirer dessus par les deux camps. Parce qu’ils n’avaient, bon, les forces canadiennes et les forces alliées n’ont pas reconnu qu’on était des avions amis je suppose.

Mon équipage a fait une trentaine de vols et j’en ai fait six de plus avec d’autres équipages en opérations de nuit. Les opérations de nuit qu’on faisait conjointement avec le commandement des avions de chasse et notre mission c’était de larguer des fusées éclairantes et éclairer les routes comme ça ils pouvaient les mitrailler. Ça n’a pas l’air très sympa pour les autres gars.

Ce matin-là, on a été touchés par des tirs de DCA et ça a bousillé une des empennages sur le B-25 (Mitchell). À la suite de quoi, l’appareil n’était plus très stable et c’est là qu’on a décidé qu’il allait falloir sauter. On en avait discuté des tas de fois avant pour savoir qui passerait en premier et ainsi de suite. Personne n’avait particulièrement envie de sauter alors je me suis proposé pour passer le premier. J’ai sauté, le mitrailleur de bord a sauté juste après moi et on a tous les deux atterri dans le même champ, dans le champ d’un fermier en Belgique. Les autres membres de l’équipage ont sauté à la suite du pilote et du mitrailleur de bord et ils ont été faits prisonniers ce matin-là et exécutés. Je ne savais pas qu’ils avaient été tués, je ne l’ai appris qu’après la guerre.

On a rencontré l’homme le plus courageux en Belgique. C’était un fermier ; ils ont enterré nos parachutes et harnais pour qu’ils ne puissent pas être trouvés. Ils nous ont cachés. En premier on se cachait dans une grange et puis il a dit, je ne pense pas que ce soit sûr alors ils nous ont logés, le mitrailleur et moi-même, dans une chambre dans leur maison et ils ont mis une armoire devant la porte comme ça personne pouvait savoir qu’il y avait une pièce à cet endroit là. Les allemands sont venus plusieurs fois en nous cherchant mais heureusement, on ne nous a jamais trouvés.

Après avoir passé là une dizaine de jours, l’armée canadienne s’était déplacée plus loin et il nous a conduit jusqu’à une grande route où on a retrouvé un bataillon du Génie canadien qui voyageaient avec un groupe de chars. Leur travail c’était la maintenance des chars pour qu’ils soient prêts pour la bataille. Et on a avancé avec eux pendant trois jours. Et puis on nous a tous les deux ramenés au B-5, retour à la tête de pont de Normandie et ensuite on est reparti en Angleterre en avion.

Je n’ai plus fait de missions après ça, on m’a donné l’autorisation de rentrer au Canada et la guerre se passait extrêmement bien à ce moment-là et c’est par la suite que le Japon a capitulé.

Follow us