Témoignages d'anciens combattants:
Henry John “Hank” Killham

Armée

  • Certificat de licenciement d'Henry Kilham, le 12 octobre 1945.

    Henry Killham
  • Henry Kilham posant sur le pont de Westminster, Londres, Angleterre, mai 1942.

    Henry Killham
  • Bill Mcready, Henry Killham, and Charles EdhouseLes trois hommes se sont enrôlés dans l'armée ensemble en 1940.

    Henry Killham
  • Médailles de Henry Kilham (de gauche à droite): Étoile 1939-45; Étoile France-Allemagne; Médaille de la Défense; Médaille du Service des Volontaires Canadiens; Médaille de guerre (1939-45).

    Henry Killham
  • Conducteur d'estafette non indentifié allant à sa moto à travers l'eau pendant un cours d'entrainement, Bordon, Angleterre, le 1er mai 1942. Henry Kilham a servi en tant que conducteur d'estafette de 1940 à 1945.

    Bibliothèque et Archives du Canada- Exposition des visages de la guerre
Agrandir l’image
Écoutez ce témoignage

"Et, on m’a donné l’ordre de ne jamais m’arrêter, pour aucune raison, même pour un frère, il ne faut pas arrêter, il faut continuer et que j’arriverais probablement à la côte."

Transcription

… j’étais au travail et je racontais à un collègue que je n’avais pas été accepté par le régiment des 48th Highlanders. Il était officier avec le Queen’s Own Rifles of Canada et il m’a suggéré de me joindre à eux puisqu’il serait mobilisé d’un jour à l’autre. Alors, j’ai accepté et ce fut une bonne chose. Alors je suis allé à la caserne avec deux copains et on s’est enrôlés dans la réserve ou je ne sais plus trop comment ça s’appelait à l’époque.

J’ai eu un gros choc quand le préposé à l’inscription m’a demandé ma nationalité. Je lui ai dit que j’étais Canadien et il m’a répondu que la nationalité canadienne n’existait pas. Je lui ai demandé ce qu’il entendait par là et je lui ai expliqué que j’étais né ici et que … et le préposé a compléter avec, ‘’ tes parents sont Britanniques ?’’. J’ai répondu que oui. Alors, il m’a dit, ‘’Tu es Britannique et c’est tout.’’ J’étais sous l’effet du choc. Je suis très heureux que cette question a été réglée après la guerre.

Lorsqu’est venu le jour J, on n’avait aucune idée de ce qui nous attendait. Ça faisait des années qu’on sortait à toutes les quelques semaines. On était en fourgonnette et on s’en allait à Portsmouth, au quai. Il y avait des civils tout le long, des deux côtés de la chaussée. Mais, que ce passait-il donc ? Ils nous envoyaient la main et on se demandait bien ce qu’il se passait. Je me disais qu’ils ne pouvaient pas être au courant du débarquement puisque c’était secret. Ils n’en sauraient rien. Mais, au contraire, ils savaient tout. Et, ce fut, encore une fois, toute une surprise pour moi. Nous sommes montés à bord d’un navire et nous croyions que ce serait une sortie comme les autres ; on débarquerait en quelque part comme d’habitude. Mais, il y avait une chose. Il y avait un gros monsieur qui faisait un signe avec les doigts. ‘’Mon Dieu, c’est Churchill. Ce doit être sérieux !’’ Un peu plus tard, le Roi est venu et nous avons échangé des saluts. Ça démontre comment on était ignorant. On n’avait aucune idée.

À l’approche de la côte, on est monté sur le pont du navire et on pouvait voir à travers la grisaille, les côtes au loin. Et tout d’un coup, ces gros navires de guerre, avec leurs armes pointant vers la côte, ont ouvert le feu. Et puis, des milliers de canons ont ouvert le feu dans tous les sens. Mon Dieu, quelle scène saisissante !

Mais il fallait maintenant embarquer dans des bateaux. Je me suis retrouvé assis dans notre bateau, au dernier siège de la troisième rangée. Je ne me suis pas tout de suite rendu compte que je serais le dernier à débarquer et que je serais vulnérable. Je me suis dit, ‘’Mon Dieu, je suis une cible facile.’’ Et, on m’a donné l’ordre de ne jamais m’arrêter, pour aucune raison, même pour un frère, il ne faut pas arrêter, il faut continuer et que j’arriverais probablement à la côte. Disons qu’ils étaient un peu plus confiants que moi…

Devant mon bateau s’éleva une vague d’étrave et comme un navire j’ai foncé dedans et je me suis retrouvé de l’autre côté, sur la plage. Les officiers nous ont dit qu’il fallait maintenant savoir quelles brigades étaient de chaque côté de nous. Il m’a dit, ‘’Je veux que tu ailles là-bas jusqu’à ce que tu arrives à la rencontre de la division ou de la brigade qui a débarqué à côté.’’ Et, j’ai marché longtemps, en me frôlant le long d’un mur. Je ne m’étais pas rendu compte que je marchais le long d’un gros bunker, un bunker allemand. Ce bunker était un gros obstacle pour la compagnie C qui tentait de faire le tour de la ville. Et, ils ont eu beaucoup de….ce qui a causé plusieurs pertes. Mais je n’étais au courant de rien.

Ensuite, je me suis mis à penser que peut-être personne ne s’était rendu jusqu’aux plages. J’avais entendu que quelques unités avaient débarqué aux mauvais endroits et tout ça. Alors, je me suis retourné et j’ai rebroussé chemin. Un gars m’a appelé, il était assis sur un transporteur de troupes qui accostait. Il s’est mis à crier. C’était un gars de mon peloton. Alors je suis allé lui donner la main. On s’est dit qu’on était heureux de se revoir et on se félicitait d’avoir survécu jusque là. Ensuite, j’ai repris mon chemin et j’ai entendu une explosion terrible. Le transporteur avait frappé une mine. Et, ils ont tous évacué le navire. Et, j’ai vu un corps qui volait dans les airs et c’était mon copain. Il est atterrit dans l’eau froide. Il s’en est remis sans problème. Mais, moi, je devais continuer…

Je suis retourné au près de mes officiers et je leur ai dit qu’il n’y avait plus rien de ce côté-là, qu’ils pouvaient bien y aller pour voir mais qu’ils n’y trouveraient rien. La marée emportait les cadavres sur les plages. C’était très pénible de se promener comme ça, les pieds dans l’eau, parmi les copains.

Mais…et la seule raison pour laquelle je suis rentré c’est la réduction des vivres. On a donné notre nourriture aux pauvres citoyens hollandais, pour améliorer leur santé. Nos rations furent réduites. Quelqu’un m’a demandé si je songeais à rentrer. Je lui ai répondu que jusque là, non, mais que maintenant, oui. Alors, ils m’ont préparé une permission individuelle pour rentrer. Habituellement, ils préparaient des permissions collectives pour entre 50 à 60 gars. Mais, je suis rentré seul. J’ai fait un bon voyage de retour.

Mais je n’ai rien de vraiment héroïque à dire sur la guerre. J’ai simplement obéit aux officiers. J’ai bougé lorsqu’ils m’ont dit de bouger. Et, je suis passé à travers…..

Follow us