Témoignages d'anciens combattants:
Bruce Frederick Rutter

Armée

  • Télégramme envoyé à la famille de Bruce Rutter les informant qu'il a été blessé.

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  • Arme à feu de terrain envoyant un obus de 25 livres.

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  • De gauche à droite: Albert (Bud) Coe, force aérienne; Bruce Rutter, armée; Bill Rogers, marine, 1945.

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  • Portrait de Bruce Rutter en uniforme.

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  • Spectacle des filles de l'armée, C.W.A.C., 1943. Molly Rodgers porte une fleur blanche dans les cheveux, Marylynn Maxwell est à sa droite.

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"Mais pendant que je suis allongé là, j’ai senti une piqûre dans mon pied. J’ai crié à mon cousin. J’ai dit, "Newt, Newt, j’ai été touché, j’ai été touché.""

Transcription

Je me suis engagé en 1942, les Sapeurs de Génie (Corps royal du Génie canadien), et ils m’ont mis dans l’artillerie. Alors je me suis retrouvé à Petawana (Centre d’entrainement de l’artillerie canadienne A1) après (camp) Borden. Oh, je suis rentré chez moi pour Noël à la fin de l’année 42, on a eu une réunion familiale Rutter. Là mon oncle m’a demandé si je voulais rejoindre The Army Show. J’étais ensemblier. Je m’occupais des accessoires. Est-ce que vous vous souvenez de (Johnny) Wayne et (Frank) Shuster (comiques canadiens) ? Ils étaient sergents dans le spectacle. En fait, l’armée avait récupéré le dessus du panier dans tout le Canada. Quand c’est devenu cinq petits spectacles, ils n’ont plus eu besoin de moi, alors retour à l’entrainement dans l’artillerie, retour là où je suppose qu’ils voulaient que je sois. Et j’ai pensé en fait à partir au combat avec l’artillerie, à faire ce pour quoi on m’avait entrainé. Quand je suis monté dans l’antiaérien léger, le canon était autotracté, alors on a couvert pas mal de surface en Allemagne ; et finalement, quand cet avion est arrivé, c’était un avion de reconnaissance on a pensé. En tout cas, on savait qu’il était allemand, alors on l’a descendu. C’était plus de la chance peut-être, mais c’était palpitant rien que de faire ça. Le lendemain au milieu de la matinée les restes de l’aviateur étaient là. Alors c’était la preuve qu’on l’avait eu. Je crois qu’on venait juste de sortir de l’artillerie, il y avait un certain nombre d’entre nous et il fallait qu’on se creuse des abris parce qu’on arrivait là où on pensait qu’on allait se faire bombarder ; et on s’est bien faits bombarder, mais c’était une triste chose car ça ne venait pas de l’ennemi, c’était les nôtres. C’était (maréchal de l’armée de l’air) Sir Arthur Tedder, armée de l’air, qui nous a bombardés parce que, hé, on pouvait presque les toucher. Ils nous ont bombardés toute la nuit. Alors le lendemain matin, on est sortis de notre abri et voici un gros morceau de métal, juste à côté de notre abri. Ça n’était pas passé loin. Je ne sais pas si vous voulez écrire ça ou pas, mais les hommes marchaient sur la route. Ils étaient tout simplement tellement dégoûtés qu’ils partaient. C’était la fin de ça parce qu’on a laissé tout ça derrière nous. Mais c’était un sacré incident de parcours que de réaliser que c’était vos propres avions qui étaient au dessus de vous. On nous a envoyés à Nimègue, en Hollande, rejoindre les Queen’s Own Rifles (of Canada) là-bas. C’était vers la fin de 1944. On nous a envoyés en Allemagne et dans la forêt de Hochwald. Je suis avec les Queen’s Own Rifles maintenant, fantassin ; et là-bas j’ai retrouvé mon cousin. Alors on était ensemble là-bas et de temps en temps, on était bombardé par les allemands. Les obus atteignaient les arbres, les très grands arbres de la forêt, et les éclats volaient de partout et j’ai eu la malchance d’avoir quitté mon trou d’artilleur à un moment de calme, mais ils ont recommencé à bombarder avant que j’aie le temps de rejoindre mon abri. Alors le résultat, je me suis mis derrière un petit arbre, aussi près que j’ai pu, mais pendant que je suis allongé là, j’ai senti une piqûre dans mon pied. J’ai crié à mon cousin. J’ai dit, "Newt, Newt, j’ai été touché, j’ai été touché." Ils sont venus dès qu’il y a eu une accalmie et ils m’ont enlevé ma chaussure, et c’est là que j’ai découvert que je ne pouvais pas aller plus loin. Ils m’ont mis dans un abri, qui était fantastique, des rondins de bois au dessus du petit trou dans le sol ; et je suis resté là pendant toute la nuit. Pour moi, c’était fini, c’était la fin, en quelque sorte. J’étais très heureux de ça. J’ai été traité, ce qui m’est vraiment resté en fait c’est comment ils m’ont sorti de la forêt de Hochwald, tous ces différents moyens pour repartir : navire hôpital, avion hôpital ; la traversée de la Manche, et bon sang, ils se sont vraiment occupés de moi. J’étais comme un roi (rire) parce que je n’étais pas avec beaucoup de gens à part dans l’avion et le bateau, et le train. Alors en fait, je ne me sentais pas mal. J’ai vu un tas d’autres gars dans le même état, la même position, vous savez, et je crois que j’ai senti encore plus que j’avais de la chance parce que ça aurait pu être bien pire. Par dessus tout ça a été une sacrée expérience. Quand j’y repense, j’ai rencontré tellement de gens, mais mon cousin avec qui j’étais dans la forêt de Hochwald, ça ne s’est pas bien terminé pour lui, à la fin il s’est fait avoir par un tireur embusqué. J’ai juste entendu dire, mais on a attendu pour savoir, sa femme était enceinte, on n’a jamais su, mais ça c’est une autre histoire.
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