Témoignages d'anciens combattants:
Ivan Deldon “ID” Smith

Armée

  • Le sergent Ivan Smith du Cape Breton Highlanders (à droite) posant avec une famille néerlandaise de Baal aux Pays-Bas en 1945. La famille logea une jeune juive pendant l'Occupation nazie.

    Ivan Smith
  • Le sergent Ivan Smith des Cape Breton Highlanders(à gauche) et son camarade en permission à Rome, Italie le 10 février 1945.

    Ivan Smith
  • Insigne d'épaule du Régiment des Cape Breton Highlanders.

    Ivan Smith
  • The Bay News (Le bulletin de nouvelles du Cape Breton Highlanders) numéro 5, datant du 22 septembre 1945. L'article parle de la Ligne Gothique dont Monsieur Smith se souvient très bien 66 ans plus tard.

    Ivan Smith
  • M. Ivan Smith à Halifax, Nouvelle-Écosse, le 27 septembre 2010.

    Historica Canada
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"Mais pourquoi ne m’ont-ils pas tiré dessus en même temps ? Pourquoi ne m’ont-ils pas eu moi ? Jamais pu découvrir pourquoi."

Transcription

On a débarqué à Naples. On est partis d’Écosse sur un vieux navire allemand qu’on avait capturé. Quitté Naples et avions une unité de dépôt en Italie, qui s’appelait Avellino. De là, ils expédiaient dans différentes unités. J’étais avec les Cape Breton Highlanders à ce moment-là. Et puis on a eu deux petites escarmouches avant (Monte) Cassino. C’était la première grande que j’ai faite.

J’ai reçu deux minuscules éclats d’obus dans la jambe là-haut, mais je me suis levé et j’ai marché jusqu’à Cassino ; et ils avaient des mannequins dans les arbres tout habillés avec du fil sur eux. Le fil était relié au bâtiment principal et on était déjà bien dedans, puis de temps en temps ils en faisaient tomber un ici, un là, et les faisaient tomber partout, juste à gaspiller des munitions parce qu’ils devaient tout monter en haut de cette grosse montagne.

On est arrivés là-haut et j’avais un gars à ma droite, et un gars à ma gauche, tous très proches les uns des autres. Quelqu’un les a tués et je ne sais pas quoi, de chaque côté de moi. Je n’ai pas entendu de tirs d’artillerie, mais je crois que tout s’est illuminé, les meules de foin qui brulaient et l’extérieur des bâtiments, et un tireur isolé les a eus. C’est tout ce que je peux en penser. Mais pourquoi ne m’ont-ils pas tiré dessus en même temps ? Pourquoi ne m’ont-ils pas eu moi ? Jamais pu découvrir pourquoi. Donc j’étais là debout tout seul…

La crête de Coriano, il y a eu une rude bataille là-bas ; et je vais vous dire, il y a une bonne histoire ici. On était juste en train de creuser. Alfred et moi on creusait notre tranchée. On avait creusé une trentaine de centimètres et j’ai entendu cet obus de mortier qui arrivait. La crête de Coriano c’était la colline sur laquelle on se trouvait et la vallée au milieu, et les allemands de l’autre côté, et une autre colline. J’ai entendu l’obus arriver ; et c’était de plus en plus proche. Je lui faisais face. Alors je lui ai crié de se baisser, juste avant qu’il frappe. Mais on n’avait pas de quoi se mettre à l’abri, s’agenouiller dans trente centimètres de profondeur, on a en général un mètre, un mètre vingt pour descendre.

J’ai senti cet éclat d’obus passer tout près de mon oreille, sa chaleur et l’air qu’il déplace, c’était à ce point-là. Quand on s’est baissé, on était dos à dos et quand il m’a dépassé, il l’a frappé juste là derrière. Alors il a fallu que je le rafistole et que je le relève, que je l’allonge sur le sol pendant que je continuais à creuser. Il est resté allongé là pendant une heure environ avant que les brancardiers fassent le tour pour venir le chercher parce que bombardement était tellement intense qu’ils ne pouvaient pas sortir des tranchées. Mais ils ont finalement réussi et ils l’ont sorti de là, mais j’étais toujours en train de creuser, et ils étaient toujours en train de bombarder. C’était des bombardements violents et ça a semblé très long.

Et oui, je l’ai échappé belle quand j’ai senti ça. S’il m’avait attrapé l’oreille, je me serais vidé de mon sang. Je vais vous en raconter une qui s’est passée en Hollande. On a quitté notre position, notre section, juste aux alentours de midi. En plein jour. Ils nous ont bombardé pendant toute la montée. Il y avait une grande grange rouge ; il fallait qu’on arrive là-bas avant la nuit. Plus on approchait plus le pilonnage était intense, évidemment. Il y avait une maison en haut juste devant nous, sur la droite, pleine de tireurs embusqués, vous voyez. J’ai ramassé un vieil imperméable. J’ai dit, je vais rester sec ce soir. Il tombait des cordes et il y avait du tonnerre ce soir-là. Alors ça donnait l’impression que les bombardements étaient plus fournis, alors j’ai jeté l’imperméable, mais ça ne faisait aucune différence.

Donc on est monté jusqu’à cette grange, c’était tout plat, à part un canal sur le côté gauche en dessous de la route en terre battue. Donc le pilonnage est devenu plus intense, de plus en plus. Alors j’ai dit, il va falloir qu’on descende dans ce canal. Et c’était dégoûtant, oh bon sang, c’était tus les écoulements provenant des vaches, depuis des années. Un peu comme de la soupe de pois, juste un peu plus épais.

Alors je suis descendu là-dedans. J’ai dit, vous les gars vous pouvez rester là-haut si vous voulez, mais moi je descends. Alors je suis descendu là-dedans. Je ne savais pas quelle profondeur ça faisait, mais je savais que ça allait être dégoûtant. Et qu’on allait être dans ce magma infâme qui gisait au fond, que ça allait être dur de sortir vos chaussures de là-dedans. Alors je suis descendu, jusqu’à la ceinture, et je marchais le long, et j’ai entendu cet obus de mortier qui arrivait. Je savais qu’il allait arriver tout près, vraiment tout près. Et juste avant qu’il atterrisse, j’ai su qu’il allait atterrir, je leur ai beuglé, vous feriez mieux de descendre. Ils ont tous couru jusqu’à ce canal, sont descendus dedans. Une bonne chose qu’ils aient fait ça, c’était en plein sur la route sur laquelle ils se trouvaient, alors ça leur ai passé au-dessus de la tête.

Alors on est allés aussi loin qu’on a pu et on a commencé à grimper la colline. Et puis il fallait qu’on arrive en haut de la colline pour accéder à la grange. Ça faisait un bon bout de chemin. Mais on y est parvenus. Puis après ça, la pluie et le tonnerre ont commencé à se déchainer. Bon, là-bas pendant un moment, je ne pouvais pas faire la différence entre le tonnerre et l’artillerie lourde. Une grande détonation dans les deux cas. Donc il y avait deux vaches dans la grange là-bas. J’ai dit, on va se mettre avec les vaches. J’ai dit, elles se prendront une bonne partie des éclats d’obus. Alors il est entré dans une stalle avec une vache, je suis allé dans l’autre. Juste après, il y a eu cette grande détonation et ensuite un obus d’artillerie là-bas. Sans doute un 88 (mm, un mortier antichar allemand). Il a touché la poutre au-dessus de nous, une grosse poutre. Pas une de ces poutres bien calibrées qu’on fait de nos jours. Et il est tombé sur sa partie, mais j’étais accroupi, avec mon casque sur la tête, et tous les éclats de bois volaient autour de moi. J’étais trempé, évidemment, depuis le canal, et il a fait éclater les planches de bois et la paille me tombait dessus. J’avais l’air d’une meule de foin à cause de toute cette laine – je portais mon pantalon de laine et ça se collait dessus.

Alors j’ai hurlé son nom, pour voir s’il allait bien, je n’ai reçu aucune réponse. J’ai appelé deux fois, pas de réponse. J’ai sauté sur mes pieds, ai regardé par-dessus les planches qui séparaient les stalles. Sa vache était morte et elle était tombée sur lui, et ça l’avait tué. Alors je suis sorti de là et j’ai essayé de trouver les brancardiers, pour qu’ils voient s’ils arrivaient à le sortir. C’était une grosse vache Holstein, dans les 450 kilos. Donc j’ai trouvé un brancardier, mais je ne suis pas remonté là-haut… Ensuite j’ai essayé de trouver un endroit pour surveiller les portes et la fenêtre parce que je savais que quand ils pilonnaient comme ça, ils contrattaquaient ensuite. Je suppose qu’il pleuvait tellement fort et tout, ils n’ont pas fait ça. S’ils avaient fait ça, ils auraient jeté des grenades à travers les fenêtres et les portes, et ils seraient venus pour nous après. Mais ils n’ont pas fait ça. Et encore aujourd’hui, j’ai peur du tonnerre et des éclairs.

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