Témoignages d'anciens combattants:
Ernest Hayward Winter

Marine

  • Conséquences de l'explosition de l'arsenal de Bedford le 18-19 juillet 1945, amorcée lorsqu'un chaland de munitions a fait sauter le débaracadère où se trouvait l'arsenal de la marine à Bedford Basin, port d'Halifax, Nouvelle-Écosse.

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  • Explosion de l'arsenal de Bedford le 18-19 juillet 1945, amorcée lorsqu'un chaland de munitions a fait sauter le débarcadère où se trouvait l'arsenal de la marine à Bedford Basin, port d'Halifax, Nouvelle-Écosse.

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  • Ernest Winter debout avec ses soeurs sur le pont d'observation du Rockefeller Centre pendant qu'ils étaient en permission à New York, le 12 novembre 1944.

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  • Ernest Winter (au centre, au dessus du canon) avec l'équipage du NCSM Fort Frances.

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  • Ernest Winter (rangée du fond à droite) avec sa division, recevant un entrainement au NCMS Montcalm à la Ville de Québec, Québec, en février 1944.

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"On savait que la guerre était terminée, mais on n’a pas pris le risque de supprimer les mesures de sécurité parce qu’il pouvait toujours y avoir un imbécile jusqu’au-boutiste dans la marine allemande pour vous torpiller"

Transcription

Je suis allé à Halifax et je me suis engagé dans la Marine canadienne. La plupart des terre-neuviens s’engageaient dans la Marine royale. Dans la Marine royale on ne recevait que 48 cents de solde par jour et la Marine canadienne payait 1,25 dollars par jour, alors c’était très motivant, vous savez, pour aller s’engager dans cette Marine là. Quand on est allés à la base NCSM Montcalm à Québec, c’était l’entraînement de base. On vous montrait comment marcher au pas et courir et tenir une arme, et quelques autres choses comme ça. Ça a pris entre six et huit semaines environ ; et puis quand on a terminé là-bas, on nous a envoyés à la base NCSM Cornwallis pour l’instruction avancée, ce qui vous plongeait dans le tir au canon et tout ce qui concernait les trucs plus gros. Quand vous en aviez terminé avec ça, vous alliez trouver un officier de sélection pour voir dans vers quelle branche vous vouliez vous diriger.

J’ai choisi le radar ; et puis on nous a envoyés à la NCSM Hyacinthe au Québec, et on a suivi une formation de trois semaines sur les radars. À partir de là, je suis monté à bord du NCSM Galt pour un seul voyage et, ça terminait la formation radar. Puis je suis parti sur le NCSM Fort Frances deux jours plus tard ; et je n’ai plus remis les pieds sur la terre ferme après ça. Vous savez, on était des nouveaux et on avait l’équipement radar le plus récent connu à cette époque, c’était le 20271 (Type 271 : surveillance air/surface), qui avait une capacité de 35, 40 milles, alors on pouvait capter un écho, ça dépendait de la taille de l’écho, évidemment. On était sûrs de détenir des pièces secrètes du radar ; on ne savait même pas ce que c’était, mais personne n’était autorisé à être dans le local radar, seulement les opérateurs, nous et on était seulement six à bord du navire. Notre équipage au grand complet comptait 125 personnes environ.

Quand vous travailliez sur le radar, vous alterniez quatre heures de travail et huit heures de pose, c’était la période de travail. Et puis on faisait une demi-heure sur le radar et une demi-heure de pose. Quand vous aviez terminé la demi-heure de travail, vous vous glissiez sous, parce que le local faisait seulement trois par trois, presque, non ce n’était pas si grand, deux par deux ; et il y avait assez de place pour s’allonger sous la chaise et faire une sieste. Parce qu’une demi-heure sur le radar c’était comme ça qu’on devait faire à cause des yeux.

Comme on était le navire de tête dans le convoi, on faisait des zigzags et des mouvements de va-et-vient. La plupart du temps, nos convois, qu’on prenait faisaient du huit nœuds, et il y avait entre 50 et 80 navires dedans. Mais notre marche en zigzag, bon, dans notre jargon, faire un cut on droite gauche face au convoi. On faisait un mouvement de va-et-vient en zigzag et parfois ils nous utilisaient pour le maintien de position (maintenir la position en relation avec les autres vaisseaux) et vous savez, le navire le plus proche et tout, tous les rapports qu’on devait leur donner.

Mais simplement, vous preniez l’habitude de faire beaucoup de navigation avec votre radar aussi, parce qu’ils, comme je l’ai dit, faisaient un cut on droite gauche ; et surtout ça faisait dans les 18 000 mètres et ensuite on modifiait la route et on retournait de l’autre côté jusqu’à ce qu’on soit dans la partie gauche du cut on ce qui faisait une autre distance de 18 000 mètres et faire le mouvement de va-et-vient en zigzag. Et il savaient exactement quelle était la position parce qu’on faisait le maintien en position avec le radar. On savait que la guerre était terminée, mais on n’a pas pris le risque de supprimer les mesures de sécurité parce qu’il pouvait toujours y avoir un imbécile jusqu’au-boutiste dans la marine allemande pour vous torpiller, alors, mais onze jours plus tard on était à New York et on a fait la fête pendant plusieurs jours ; et puis on a refait le plein de carburant et on est retournés à Halifax.

Mais pendant ce séjour, l’explosion d’Halifax, dont un grand nombre de gens ne parlent jamais, et dont vous avez quelques photos là-bas, mais si ces 50 000 tonnes de TNT qui étaient censées être là-dedans, c’était surtout des grenades sous-marines, il ne resterait pas grand-chose de nous aujourd’hui. Je ne veux pas qu’on confonde avec celle de la Première Guerre mondiale, qui était connue comme étant l’explosion d’Halifax. C’était l’explosion du dépôt de munitions de Bedford à Dartmouth et, bon, l’explosion qui, les photos que j’ai là-bas, j’étais sous le pont et je me suis étalé à la renverse ; et j’étais sous l’eau. Ça a fait un sacré boum. Il a fallu qu’on bouge jusqu’à l’embouchure du port d’Halifax pour nous en éloigner autant qu’on pouvait. Mais on était assez loin, et pas tant que ça. Mais si ça avait tout sauté, que Dieu nous vienne en aide.

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