Témoignages d'anciens combattants:
Kenneth Lionel Farquharson

Marine

  • L'hélice principale du NCSM New Glasgow après qu'il ait enfoncé et coulé le U-boot 1003 le 23 mars 1945. Vous pouvez voir les éraflures sur l'hélice à l'endroit où elle a accroché la coque du sous-marin.

    Kenneth Farquharson
  • Kenneth Farquharson en 2010.

    Historica Canada
  • L'équipage du NCSM New Glasgow.

    Kenneth Farquharson
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"j’étais sur le point de m’endormir quand il y a eu un bruit sourd épouvantable. Suivi par d’autres bruits sourds de même nature. Ça m’a flanqué une trouille d’enfer."

Transcription

En premier quand j’ai rejoint le bateau, on a quitté Londonderry et traversé par la mer d’Irlande pour aller dans la Manche. Et ma première nuit à bord, après m’être bagarré avec mon hamac et m’être organisé, j’étais sur le point de m’endormir quand il y a eu un bruit sourd épouvantable. Suivi par d’autres bruits sourds de même nature. Ça m’a flanqué une trouille d’enfer. Alors j’ai sauté hors de mon hamac et j’attrapais mon gilet de sauvetage pour monter sur le pont supérieur, en attendant de sauter dans l’eau ; un de mes compagnons du poste d’équipage m’a arrêté, et il a dit, oh, ne t’en fait pas pour ça. C’était, quand les allemands se sont aperçus qu’ils ne pouvaient pas bombarder Londres, ils se faisaient descendre trop rapidement, ils ont commencé à fabriquer ces bombes volantes, les V1 et les V2. Ces choses-là, elles manquaient terriblement de précision et certaines atterrissaient dans la Manche ; et elles explosaient dans la Manche. Bon, sous l’eau le son se propage facilement. Alors vous auriez jurer que la chose était en train d’exploser à côté de votre coque. Donc ça c’était une chose excitante. C’était mes débuts. Mais je pense que la chose la plus tragique, je suppose, c’était quand j’étais au lycée. La guerre avait commencé, et j’ai écrit une histoire pour notre yearbook (NDT : almanach annuel du lycée). C’était dans un petit endroit qui s’appelait Mimico en dehors de Toronto. J’écrivais une histoire et la marine m’a fait une forte impression, évidemment, alors j’ai écrit une histoire sur un paquebot qui avait été repéré par un U-boot dans l’Atlantique. Ils étaient sur le point de couler le paquebot quand un croiseur britannique est arrivé sur les lieux et a tiré sur le U-boot et l’a fait couler. Tout le monde a été sauvé et tout le monde était heureux. Et pour ajouter une touche sinistre, j’avais appelé le U-Boot, le U-13. Ça donnait un nom vraiment triste au U-boot. Quoi qu’il en soit, en repensant à la guerre maintenant, un jour on était en train de roder un nouveau bateau et on faisait des exercices au large de Londonderry avant que le groupe tout entier se rende dans la Manche à nouveau. Ça se passait vers la fin de la guerre. On est sortis cette nuit-là ; et aux alentours de minuit, j’étais en train d’écrire une lettre à ma femme avant de prendre mon quart à minuit. Et tout à coup, il y a eu un terrible bruit sourd. Je n’avais pas la moindre idée de ce que c’était. Mais en fait ce qui s’était passé c’était que l’officier de garde avait remarqué de la fumée qui sortait de l’eau. Et il ne savait pas ce que c’était. Alors il s’est rendu dans cet endroit ; et ils ont compris alors que ce qu’il voyait c’était un U-boot en plongée. Donc il a forcé l’allure et je pouvais m’en apercevoir en écrivant ma lettre parce que pendant que j’écrivais, je pouvais sentir les moteurs, les vibrations qui s’accéléraient. Vous pouvez vous en rendre compte quand vous êtes sur un bateau à pleine vitesse, comme vous le savez. En tout cas, ce qui s’est passé c’était, on a éperonné le U-boot qui se tenait dans les environs de Londonderry et on l’a coulé. En faisant ça on a fendu notre propre coque. Alors il a fallu se dépêcher de rentrer avant qu’on coule. Heureusement, il y avait un bassin de radoub qui était vide à Londonderry et on a réussi à entrer et à faire fermer le bassin et c’était bon. Deux choses. L’une c’est qu’un de mes amis, qui avait fait la formation avec moi, venait juste d’arriver à Londonderry avec son bateau et ils étaient à quai juste derrière nous. Alors je suis allé le voir et il m’a dit, cet endroit ne lui était pas familier ; et il m’a dit, bon sang, comment ça se passe ici, Ken, ça doit chauffer plus fort qu’en l’enfer, hein ? J’ai répondu, non, en fait, c’est plutôt ennuyeux à mourir. On reçoit le contact, on largue les grenades sous-marines ou les roquettes ; et elles explosent et il ne se passe rien. C’est sacrément ennuyeux. Mais c’était la même nuit pendant laquelle on est sortis et qu’on a enfoncé le U-boot, alors il a fallu rentrer tant bien que mal à Londonderry et aller en cale sèche rapidement. Il est venu me voir cette fois-ci. Il m’a dit, ouais, ennuyeux à mourir, hein ? (rire) Alors ça a été quelque chose d’autre d’intéressant. Mais le U-boot, quand on en a su davantage à son propos, j’ai découvert qu’il s’agissait du U-1003. Alors c’était une coïncidence tragique. Je crois qu’il y avait 35 personnes à bord et je pense que 13 ont disparu. Et 23 autres sont arrivés ici en s’échappant.
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